Seconde partie d'un texte portant sur le livre «Target Risk» de Gerald J.S. Wilde
Nous avons vu dans la première partie que chaque personne possède ses propres limites lorsqu'il est question de prendre des risques, mais en tant que motard et usagé de la route, nous avons aussi affaire à tous les autres utilisateurs de la route, et à ceux, ingénieurs et législateurs qui érigent et gèrent ces mêmes tronçons routiers. L'ingénierie en ce domaine a fait d'immenses progrès ces 50 dernières années, et les routes plus récentes coexistent avec celles datant d'une autre époque. Ainsi, lors d'un même périple, l'on peut emprunter un tracé rectiligne à la surface impeccable avec des zones de dégagement, à une route toute en courbe, étroite, au revêtement disons, d'une autre époque, et bordée d'arbres.
Notre comportement sera différent sur ces deux types de routes, et les risques que nous y encourrons le sont également. À première vue, l'autoroute semble plus sécuritaire, mais plus d'usagers l'emprunte, on y roule plus vite, et l'on y est moins attentif, car ennuyante. La petite route de l'arrière-pays avec ses courbes à l'aveugle semble être une faiseuse de veuves, pour reprendre une ancienne expression qui sied bien à ce type de route, mais l'usager qui s'y engage ne risque pas de s'y endormir d'ennui, car chaque tronçon recèle son lot de défi qui requière toute l'attention du conducteur. Ce dernier roulera donc moins vite, y rencontrera moins de véhicules, et pourra même faire des pauses pour admirer le bucolique paysage. Alors que l'autre conducteur ou pilote sur l'autoroute n'a qu'une idée en tête, se rendre à destination le plus rapidement possible pour échapper à cet ennui. Si la petite route tortueuse est a priori moins sécuritaire, nos comportements eux le sont, puisque nous cherchons continuellement cet équilibre entre les bénéfices reliés à un comportement donné et ses coûts si le malheur venait à frapper.
La route que nous empruntons dicte en quelque sorte ses règles, mais ce n'est pas suffisant. Nos sociétés ont aussi leurs règles et règlements, et elles s'appliquent aux routes et ses usagers. Des limites de vitesse, maximale et minimale sont édictés, les comportements des usagers codifiés, comme l'interdiction de l'alcool au volant et les restrictions dans l'utilisation d'un téléphone par exemple, jusqu'aux agissements qui pourraient mettre en danger les autres usagers. C'est pourquoi les législateurs disposent et renouvellent sans cesse les moyens servant à policer ce système. La métaphore de la carotte et du bâton sied bien ici, même si la carotte semble bien petite, et le bâton imposant. Politiquement parlant, le bâton est plus «payant» que la carotte. Il est toujours plus difficile pour un politicien de justifier une dépense qu'un revenu. La carotte étant une dépense, comme récompenser une bonne attitude par des rabais sur le permis par exemple, ce que l'on voit à peu près jamais. D'un autre côté, le bâton est fort occupé par toute une brochette de pénalités et de restrictions coûteuses pour tous. Les coûts pour la société reliés aux infractions, ici pris au sens le plus large possible, sont parfois très élevés, et la logique administrative cherche l'équilibre. Lorsqu'il y a une sortie par un canal, il doit y avoir une entrée par un autre. Les accidents coûtent cher, alors on demande plus d'argent à ceux qui, potentiellement, sont plus à risque d'être impliqué dans un accident, que ce soit par l'âge, le type de véhicule choisi, l'utilisation qu'il en ait faite. C'est logique, mais cette logique ne penche que d'un seul côté, celui du bâton. On punit les mauvais comportements, mais on ne récompense pas les bons, ou si peu. La gratitude devient une denrée rare, et pourtant, qui n'aime pas se sentir appréciée pour ses agissements? L'héroïsme a ses médailles, mais le citoyen honnête et respectueux des lois n'a que les taxes. Il serait peut-être temps que nos gouvernements revisitent la culture de la carotte.
La première version de «Target Risk» par Gerald J.S. Wilde, professeur de psychologie, peut être consultée gratuitement sur ce site.

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