BMW rêvait de MotoGP sans l’avouer : ce tricylindre proto développé en cachette à Modène a coûté des millions et offert à la marque sa superbike de légende
BMW Motorrad cache encore bien des secrets, et l’un d’eux intrigue passionnés et curieux depuis plus de vingt ans.
Au début des années 2000, alors que la marque allemande était surtout réputée pour ses motos routières et ses moteurs boxer, un projet mystérieux a vu le jour, loin des projecteurs et des circuits officiels.

Imaginée comme une réponse audacieuse à la domination japonaise sur les circuits, cette moto de compétition, jamais dévoilée au grand public, a bouleversé l’histoire de BMW.
Son héritage, pourtant invisible, continue d’influencer la philosophie sportive de la marque jusqu’à aujourd’hui.
Les origines secrètes du projet MotoGP de BMW
Au début des années 2000, BMW Motorrad se trouve à la croisée des chemins.
Consciente que ses moteurs boxer et ses routières, bien que respectés, ne suffisent plus à rivaliser avec la domination technologique des constructeurs japonais, la marque allemande rêve d’une percée en MotoGP.
Mais, loin des projecteurs et sans validation officielle, un projet clandestin voit le jour.
Pour s’affranchir de ses traditions, BMW confie le développement à Oral Engineering, en Italie, sous la houlette de Mauro Forghieri, ex-génie de Ferrari, et avec l’expertise de Paul Rosche, figure emblématique de BMW.

Cette initiative secrète vise avant tout à acquérir un savoir-faire inédit, loin des dogmes de Munich.
Un laboratoire technologique avant-gardiste
Plutôt que de viser la victoire immédiate, le projet MotoGP de BMW s’impose comme un terrain d’expérimentation inédit.
L’objectif : repousser les limites de l’ingénierie et apprendre à concevoir une sportive moderne, sans contrainte de tradition.
Les ingénieurs imaginent alors un trois-cylindres en ligne de 990 cm³, doté de soupapes pneumatiques, d’une admission à géométrie variable, d’une boîte semi-automatique électro-hydraulique et d’une électronique avancée, digne de la Formule 1.
Même les suspensions à contrôle électronique sont envisagées, une première à l’époque.
Véritable banc d’essai roulant, cette moto préfigure les technologies qui façonneront la S 1000 RR, marquant un tournant décisif pour BMW Motorrad et l’industrie motocycliste.
Essais, défis et abandon du projet
Les premiers essais, menés par Jeremy McWilliams et Luca Cadalora, révèlent une moto aussi puissante qu’exigeante : près de 230 ch à 17 000 tr/min, mais une gestion de la puissance délicate et une électronique encore perfectible.
Malgré des innovations majeures, la maniabilité reste un défi, et l’arrivée de la nouvelle réglementation MotoGP limitant la cylindrée à 800 cm³ impose une refonte coûteuse du moteur.

Le manque de soutien interne, accentué par le départ de Burkhard Göschel, scelle le sort du projet.
Faute d’engagement officiel et de budget suffisant, BMW préfère se retirer, laissant ce prototype sans lendemain en compétition, mais riche d’enseignements pour la future S 1000 RR.
Héritage et influence sur la BMW S 1000 RR
L’expérience acquise lors du projet MotoGP a profondément transformé la philosophie de BMW Motorrad.
Les innovations développées en secret (gestion électronique avancée, châssis aluminium, boîte semi-automatique et optimisation du centre de gravité) ont servi de socle à la conception de la S 1000 RR, lancée en 2009.
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Cette superbike, première quatre cylindres sportive de la marque, incarne la rupture avec le passé et l’adoption d’une approche résolument technologique et compétitive.
En intégrant ces avancées, BMW a non seulement rattrapé son retard face aux références japonaises, mais a aussi forgé une identité sportive nouvelle, désormais indissociable de la gamme Motorrad et reconnue sur les circuits du monde entier.


