Cette décision radicale du Vietnam va bouleverser le marché mondial de la moto menaçant des milliers d’emplois
Hanoï s’apprête à franchir un cap décisif dans la transformation de sa mobilité urbaine et la lutte contre la pollution.
Face à l’essor fulgurant des deux-roues et à l’urgence environnementale, la capitale vietnamienne amorce une transition ambitieuse vers des transports plus propres.
Entre nouvelles réglementations, incitations pour les citoyens et bouleversements pour l’industrie, la métropole se prépare à repenser en profondeur ses modes de déplacement.
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Cette mutation soulève de nombreux enjeux économiques, sociaux et écologiques, tout en dessinant les contours d’une ville plus verte et plus respirable pour les années à venir.
L’essor des motos au Vietnam et ses conséquences environnementales
Au Vietnam, la moto s’impose comme le pilier de la mobilité urbaine, avec près de 77 millions de deux-roues immatriculés en 2024, soit l’un des taux de motorisation les plus élevés au monde.
Une transition inévitable mais complexe
- 77 millions de motos immatriculées en 2024 au Vietnam.
- Près de 7 motos pour 10 habitants dans la capitale.
- 90 % des déplacements urbains effectués à moto.
- Pollution de l’air : les transports représentent près de 70 % des émissions dans la ville.
Ce mode de transport, essentiel pour des millions de Vietnamiens, façonne le quotidien des grandes villes comme Hanoï et Hô Chi Minh-Ville.
Toutefois, cette dépendance massive aux motos, majoritairement à essence, contribue fortement à la pollution atmosphérique urbaine.
Les émissions de particules fines et de gaz polluants générées par ce parc motorisé soulèvent d’importants défis sanitaires et environnementaux, poussant les autorités à envisager des mesures drastiques pour améliorer la qualité de l’air.
Directive n° 20 : vers l’interdiction progressive des motos à essence à Hanoï
Adoptée en juillet 2024, la directive n° 20 marque un tournant dans la politique environnementale de Hanoï.
Dès juillet 2026, toutes les motos à carburant fossile seront bannies du périphérique n° 1, avant une extension progressive de l’interdiction aux autres axes majeurs d’ici 2030.
Comment la moto est devenue indispensable à la vie urbaine ?
- Accessibilité : un moyen abordable pour tous, souvent moins cher qu’un vélo électrique.
- Souplesse : permet de circuler dans des ruelles étroites et d’éviter les embouteillages.
- Usage polyvalent : transport de marchandises, trajets domicile-travail ou activité professionnelle.
- Manque d’alternatives : les réseaux de transport public restent limités, surtout en périphérie.
Cette feuille de route s’inscrit dans l’ambition nationale d’atteindre 22 % de motos et 30 % de voitures électriques d’ici la fin de la décennie.
Pour accompagner cette transition, la ville prévoit le développement massif des transports propres, l’installation de bornes de recharge et des incitations fiscales, telles que l’augmentation des frais d’immatriculation pour les véhicules polluants.
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L’objectif affiché : réduire drastiquement la pollution urbaine et moderniser la mobilité vietnamienne.
Inquiétudes des industriels japonais et risques pour l’emploi
Face à la transition accélérée vers l’électrique, les grands constructeurs japonais (Honda, Yamaha, Suzuki et Kawasaki) expriment de vives préoccupations.
Selon leurs estimations, une interdiction soudaine des motos à essence pourrait menacer près de 2 000 concessionnaires, 200 fournisseurs et des centaines de milliers d’emplois au Vietnam.
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L’ambassade du Japon à Hanoï alerte sur le risque de faillites et de ruptures dans la chaîne d’approvisionnement, plaidant pour une feuille de route progressive.
Les industriels recommandent un délai de deux à trois ans afin d’adapter la production, former les salariés et développer les infrastructures de recharge, condition essentielle pour garantir une transition ordonnée et préserver l’écosystème industriel local.
Accompagnement de la population et gestion des autres sources de pollution
Pour faciliter l’abandon des véhicules à essence, Hanoï prévoit un ensemble de mesures incitatives, incluant des aides financières à l’achat de véhicules électriques et des campagnes de sensibilisation ciblant citoyens et entreprises.
Parallèlement, la ville s’engage à renforcer la lutte contre la pollution de l’eau en modernisant les réseaux d’assainissement et en imposant le traitement des eaux usées domestiques.
La gestion des déchets sera optimisée grâce au développement du recyclage et à la relocalisation des industries polluantes.
Enfin, une interdiction progressive des plastiques à usage unique dans les établissements commerciaux est programmée.
Cette stratégie intégrée vise à garantir la cohérence des politiques environnementales et à accélérer la transition écologique de la capitale.

