La Chine “fabrique en Europe” mais avec pièces et ouvriers importés : le label Made in Europe vacille et Bruxelles s’inquiète
L’industrie automobile européenne connaît une transformation sans précédent, portée par l’essor fulgurant des marques chinoises de véhicules électriques.

Usines flambant neuves, réseaux de concessionnaires en pleine expansion, innovations technologiques et design audacieux : les constructeurs venus de Chine redéfinissent les codes du marché.
Entre promesses d’emplois, enjeux de souveraineté industrielle et adaptation aux attentes locales, la compétition s’intensifie.
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Face à cette nouvelle donne, les acteurs historiques et les autorités européennes s’interrogent sur l’avenir du label « Fabriqué en Europe » et sur l’équilibre à trouver entre ouverture, innovation et protection économique.
Expansion rapide des constructeurs chinois sur le marché européen
En l’espace de cinq ans, les marques automobiles chinoises ont connu une percée spectaculaire en Europe, bouleversant le paysage du secteur.
En 2024, plus de 110 exposants chinois étaient présents au salon IAA Mobility de Munich, contre 70 l’an passé, illustrant la diversité des acteurs : constructeurs, fabricants de batteries et fournisseurs de solutions de mobilité.
Attirés par un marché européen en pleine transition vers l’électrique et des objectifs ambitieux de décarbonation, des groupes comme BYD, Chery ou SAIC (MG) multiplient les implantations, à l’image de l’usine BYD en Hongrie ou du partenariat Chery-Ebro à Barcelone.
Cette dynamique s’explique par la volonté d’éviter les droits de douane, de se rapprocher des consommateurs et de profiter d’un marché en forte croissance.
Des stratégies industrielles inédites : production locale, assemblage et partenariats
Contrairement à l’approche des constructeurs japonais et coréens, qui ont historiquement favorisé une intégration locale poussée, les marques chinoises privilégient souvent l’assemblage (SKD/CKD) sur des sites stratégiques, tout en important une large part de composants et de main-d’œuvre depuis la Chine.

Si des partenariats, comme celui entre Chery et Ebro à Barcelone, ou l’implantation de BYD en Hongrie, créent des emplois, l’écosystème industriel local reste moins sollicité qu’avec les précédentes vagues asiatiques.
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Cette stratégie limite l’effet d’entraînement sur la sous-traitance européenne et freine la création d’emplois indirects, soulevant des interrogations sur la réelle valeur ajoutée pour la chaîne industrielle et l’emploi en Europe.
Défis d’intégration et adaptation aux attentes européennes
Pour s’imposer durablement en Europe, les marques chinoises doivent relever plusieurs défis majeurs : adapter leurs véhicules aux goûts locaux, bâtir un réseau de concessionnaires fiable et garantir un service après-vente de qualité.
La notoriété reste un enjeu, tout comme le positionnement face à une concurrence européenne bien établie.
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Certaines marques, à l’image de Xpeng, adaptent leurs modèles (ajout de versions quatre roues motrices) et investissent dans des réseaux de distribution traditionnels, tandis que BYD multiplie les concessions.
Le design et l’identité de marque sont également repensés pour séduire une clientèle exigeante, avec des signatures lumineuses distinctives ou des garanties prolongées, inspirées des stratégies coréennes, afin de rassurer et fidéliser les consommateurs européens.
Enjeux réglementaires et négociations en cours : l’Europe face au défi chinois
Face à l’offensive des constructeurs chinois, l’Union européenne renforce ses mesures de protection, notamment par l’augmentation des droits de douane sur les véhicules électriques importés, désormais portés à plus de 45 %.
Bruxelles envisage aussi d’imposer des quotas ou des exigences de contenu local pour garantir un réel ancrage industriel.
Ces mesures, en cours de négociation avec Pékin, visent à préserver la compétitivité des acteurs européens tout en évitant une guerre commerciale.
Toutefois, la coopération reste possible, comme en témoignent les coentreprises et projets communs dans les batteries.
L’enjeu pour l’Europe sera de concilier ouverture du marché, souveraineté industrielle et accélération de la transition vers la mobilité durable.
