L’Europe veut imposer le contrôle technique moto à tout prix, mais les chiffres prouvent que ça ne sauve presque aucune vie
Le contrôle technique des motos suscite de vifs débats à l’échelle européenne.

Entre volonté d’harmonisation, enjeux de sécurité routière et préoccupations des usagers, la question divise institutions, experts et associations.
Alors que de nouvelles propositions émergent pour étendre les obligations à l’ensemble des deux-roues motorisés, les arguments s’affrontent sur l’efficacité réelle de cette mesure.
Coûts, bénéfices attendus, impact sur la sécurité : tour d’horizon d’un sujet qui mobilise autant les décideurs politiques que les passionnés de moto, à l’heure où l’Union européenne s’apprête à trancher.
Les arguments en faveur de l’extension du contrôle technique aux motos
La Commission européenne et le Conseil européen de la sécurité des transports (ETSC) militent pour l’intégration de toutes les motos, y compris celles de 50 cm³, dans le contrôle technique périodique.
Leur objectif affiché est de renforcer la sécurité routière, alors que les deux-roues motorisés représentent plus de 20 % des décès sur les routes de l’UE.
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L’ETSC met en avant des études signalant des défauts mécaniques et des cas de falsification, notamment sur les cyclomoteurs, pour justifier des contrôles plus stricts.
La Commission propose un contrôle obligatoire dès 125 cm³, certains eurodéputés souhaitant l’étendre à partir de 50 cm³, avec une fréquence tous les deux ans, puis annuelle pour les véhicules plus anciens.
L’Italie et la Suède soutiennent cette mesure, déjà appliquée en Espagne.
Les objections des associations de motards et des États membres
La FEMA, la FIM et plusieurs associations de motards dénoncent l’extension du contrôle technique, estimant qu’aucun lien significatif n’existe entre ces inspections et la baisse des accidents.
Selon les études européennes, les défaillances techniques ne seraient responsables que de 0,7 à 3 % des accidents, loin derrière les facteurs humains, qui en expliquent près de 87 %.
Ces organisations pointent également l’absence de corrélation entre contrôle technique obligatoire et diminution de la mortalité dans les pays européens.
Plusieurs États membres, dont la Finlande, le Portugal et les Pays-Bas, s’opposent à une généralisation, préférant des mesures ciblées, une meilleure formation et l’amélioration des infrastructures pour renforcer la sécurité des motards.
Défaillances techniques vs facteurs humains : que disent les chiffres ?
L’analyse des principales études, dont MAIDS et GIDAS, confirme que les défaillances techniques ne sont à l’origine que d’une infime minorité des accidents de moto en Europe : 0,7 % selon MAIDS, 3 % d’après GIDAS.
À l’inverse, les facteurs humains (erreurs de conduite, manque de visibilité ou comportements à risque) expliquent jusqu’à 87 % des sinistres.
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Par ailleurs, la comparaison entre pays avec ou sans contrôle technique obligatoire ne révèle aucune baisse significative de la mortalité là où il est imposé.
Certains États sans contrôle affichent même de meilleurs résultats. Ces données interrogent donc l’efficacité réelle du contrôle technique sur la sécurité des motards.
Alternatives et recommandations pour améliorer la sécurité des motocyclistes
Face à l’absence d’impact démontré du contrôle technique sur la sécurité des motards, la FEMA et plusieurs États membres préconisent des solutions plus ciblées.
Parmi les mesures recommandées figurent des inspections ponctuelles axées sur les points à risque identifiés localement, le renforcement de la formation des conducteurs, des campagnes de sensibilisation adaptées et l’amélioration des infrastructures routières (revêtements, glissières, signalisation).
Ces alternatives, déjà appliquées avec succès dans certains pays, s’attaquent directement aux causes majeures d’accidents, principalement humaines, et sont jugées plus efficaces et moins coûteuses.
Elles permettent également de préserver la flexibilité nationale, conformément au principe de subsidiarité inscrit dans la législation européenne.
