Moins de 10 millions pour une superbike électrique ? Le pari audacieux pour l’HyperSport Race de Damon
Un constructeur canadien, une légende italienne de l’ingénierie moto, et une machine électrique qui vise les chronos : voilà ce qu’il fallait pour réveiller un marché encore engourdi par l’idée que l’électrique est synonyme d’ennui. Damon frappe fort et vite avec l’annonce de sa collaboration stratégique avec Engines Engineering. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais c’est celui que les paddocks de MotoGP prononcent avec respect.
Une validation technologique… à pleine charge
Le programme HyperSport Race n’est pas une moto de plus. C’est un démonstrateur, un banc d’essai à 300 km/h pour des technologies maison : motorisation électrique modulaire, gestion de batterie avancée et systèmes de sécurité pilotés par intelligence artificielle. Pas de compromis sur la performance. Tout est pensé pour un usage circuit, sans feinte marketing.
Pourquoi cette approche ? Parce que tester une architecture électrique et des assistances embarquées sur route ouverte est lent, contraint et juridiquement lourd. Damon choisit la voie rapide, celle du circuit, pour recueillir un volume massif de données en conditions extrêmes. Chaleur, vibrations, pics de puissance : le cauchemar des ingénieurs est ici une mine d’or.
Engines Engineering, l’artisan caché des paddocks
Pour faire tenir tout cela dans une moto qui ne s’éparpille pas dans les virages, Damon fait appel à un acteur discret mais redoutable. Engines Engineering, c’est 45 ans de développement pour des marques comme Ducati, MV Agusta, Aprilia ou plus récemment Moto Morini. Leur obsession du détail mécanique, leur connaissance des contraintes de la compétition et leur capacité à livrer vite font d’eux un partenaire idéal pour une start-up qui joue sa crédibilité sur l’efficacité.
Ce n’est pas un contrat de sous-traitance, c’est un jeu d’échecs à deux cerveaux. Damon apporte l’électricité intelligente, Engines Engineering impose les lois de la gravité et de la cinématique. Résultat : une HyperSport Race qui ne flotte pas dans les lignes droites et ne tremble pas dans les courbes.
Moins de 10 millions pour faire une bête de piste
Là où d’autres engloutissent 25 à 70 millions pour sortir un roadster homologué, Damon taille dans le gras. Budget visé : moins de 10 millions pour sortir un prototype roulant, exploitable, et optimisé pour la piste. Cela veut dire : pas de rétros, pas de clignos, mais une avalanche de capteurs et d’algorithmes embarqués pour analyser chaque tour, chaque courbe, chaque freinage.
Le pari est simple : prouver que la techno Damon tient le choc sur piste, avant même de penser à la route. Et surtout, attirer les partenaires, investisseurs ou équipementiers qui n’attendent qu’un signal clair pour basculer du thermique à l’électrique… à condition que cela envoie du couple.
Une architecture modulaire au cœur de la stratégie
L’intelligence de Damon ne réside pas dans une fiche technique à rallonge. Elle est dans la structure. Une plateforme modulaire, pensée dès l’origine pour accueillir différents types de moteurs, batteries et logiciels, selon les usages. C’est cette modularité qui permet à l’entreprise d’attaquer rapidement un segment spécifique comme la piste sans tout réinventer.
À terme, cette même base technique pourra évoluer vers un produit homologué route, voire décliner une gamme complète. Mais pour l’heure, c’est la performance pure qui dicte la loi. Un retour aux sources, en somme, pour une industrie qui s’est trop longtemps crue dispensée de faire rêver.
Quatre axes pour s’imposer sur un marché saturé
Derrière cette démonstration technologique, Damon prépare un modèle d’affaires en quatre volets :
- Mobilité personnelle : motos de route et urbaines électriques.
- Licensing et services d’ingénierie : vendre ou adapter sa techno à d’autres constructeurs.
- Data Intelligence : exploitation des données embarquées pour affiner la conduite, la maintenance et la sécurité.
- Projets spéciaux : véhicules spécifiques, prototypes, ou demandes sur-mesure.
Cette diversification minimise les risques de dépendance à un seul canal commercial, tout en maximisant les synergies internes. Damon ne veut pas juste vendre des motos. Il veut vendre un écosystème de mobilité électrique intelligent.
Une ambition sérieuse, sans discours fumeux
Il y a une vraie fatigue des communiqués où chaque startup se prend pour Tesla et chaque vélo électrique se veut “révolutionnaire”. Ce que propose Damon, c’est une approche chirurgicale : réduire les coûts, accélérer la validation, capitaliser sur les données. Pas de storytelling à rallonge. Du concret. Une bécane. Des capteurs. Un chrono. Et une équipe d’ingénieurs italiens qui savent ce que veut dire “tenir la corde”.
La suite ? Elle se joue dans les 12 mois. Soit la HyperSport Race tient ses promesses en piste, et Damon passera du stade de l’hypothèse à celui d’acteur sérieux. Soit le projet se noie dans le silence et les chiffres rouges, comme tant d’autres.
Mais au vu du pedigree d’Engines Engineering et du pragmatisme affiché par Damon, on serait bien inspiré de ne pas les enterrer trop vite.
