470,257 km/h en pointe, 455,737 km/h au record officiel : cette moto française détient des records que personne n’a réussi à battre depuis
Voxan occupe une place singulière dans le patrimoine motocycliste français: née à Issoire en 1995 comme tentative de créer une grande marque tricolore moderne, elle a d’abord marqué les esprits par un gros bicylindre en V de 996 cm3, avant d’être relancée sous pavillon monegasque et d’atteindre des sommets de vitesse électrique jamais revus depuis.
Naissance et premiers modèles: l’ambition d’une marque française
Créée à Issoire par Jacques Gardette, Voxan fut pensée comme la première grande marque moto française contemporaine. La signature mécanique de la maison était un V à 72 degrés de 996 cm3, avec un châssis signé Alain Chevallier et des culasses développées par Sodemo. Les années qui suivirent virent l’apparition de modèles distinctifs, parmi lesquels le Roadster (1999, environ 50 exemplaires produits), le Cafe Racer (2000), le Scrambler (2001) et la Black Magic (2004). Ces machines, peu nombreuses mais soignées, inscrivirent Voxan dans la mémoire des passionnés, loin des chaînes de production de masse.
Crise, liquidation et reprise: passage sous pavillon monegasque
La trajectoire industrielle de Voxan se heurta à la dure réalité du marché. La société fut placée en liquidation en décembre 2009. L’aventure n’était pourtant pas close: en 2010, le groupe Venturi, basé à Monaco et dirigé par Gildo Pallanca Pastor, reprit la marque. Cette acquisition scella un changement d’orientation majeur: Voxan, marque d’origine française, devenait la base d’un projet entièrement électrique piloté depuis Monaco. La filiation patrimoniale française reste évidente, mais l’entité opérationnelle prit un visage et des moyens nouveaux sous l’égide monegasque.

La Wattman: prototype électrique et équipiers techniques
La machine des exploits est un prototype électrique baptisé Wattman. Conçue pour la recherche de performances extrêmes, elle embarque des accumulateurs développés sur mesure par Saft, partenaire technique majeur, ainsi que le soutien d’acteurs comme Michelin et Mercedes dans l’optimisation et la sécurité. Le projet a bénéficié d’un travail d’allègement, d’augmentation de puissance et d’amélioration de la stabilité, qui permit à la Wattman de viser des catégories de records précises définies par la Fédération Internationale de Motocyclisme.
Campagne 2020: premiers frissons à Châteauroux
La phase d’essais et de records commença en France, sur l’aéroport de Châteauroux, à la fin d’octobre et au début de novembre 2020. Lors de cette campagne, la Wattman et son pilote, l’ancien champion du monde Max Biaggi, inscrivirent 11 records mondiaux. Le plus notable de ces résultats fut une moyenne homologuée de 366,94 km/h en catégorie moto électrique semi-carénée de plus de 300 kg, avec une pointe instantanée de 408 km/h. Ces performances servirent de fondation technique et d’expérience pour l’attaque des objectifs ultérieurs sur sol américain.

Campagne 2021 au Kennedy Space Center: 21 records et le sommet historique
Entre le 18 et le 23 novembre 2021, sur la piste d’atterrissage des navettes du Kennedy Space Center, la Wattman menée par Max Biaggi remporta un plateau d’exploits encore plus ample: 21 records du monde de vitesse furent obtenus dans différentes configurations et catégories. Le record le plus convoité, homologué selon le règlement de la FIM, fut établi à 455,737 km/h en catégorie moto électrique partiellement carénée de moins de 300 kg. La mesure a respecté la procédure FIM: départ lancé, 1 km dans un sens puis 1 km retour, la moyenne des deux passages étant retenue et le tout réalisé dans un intervalle de moins de deux heures.
Au-delà de la moyenne homologuée, les instruments embarqués enregistrèrent une vitesse instantanée maximale atteignant 470,257 km/h. En configuration non-carénée, la Wattman établit par ailleurs un record de 369,626 km/h dans la catégorie correspondante. Les 21 accomplissements incluent des références sur 1 mile, 1 km et 1/4 de mile, en départ lancé comme en départ arrêté, pour les classes inférieure et supérieure à 300 kg, dessinant un tableau de domination technique sur les disciplines chronométrées.
Patrimoine, technologie et statut actuel
La trajectoire de Voxan, de la petite industrie française des années 1990 à l’exploit planétaire électrique, illustre un grand écart entre souvenir industriel et prouesse technologique. L’engagement de partenaires pour la batterie, la gomme et l’aérodynamique, associé au pilotage de Max Biaggi, a permis à la Wattman de porter le nom de Voxan aux records du monde. Ces performances sont enregistrées officiellement au nom de Monaco, reflétant la structure de propriété depuis la reprise par Venturi.
Au statut actuel, en 2026, le record de 455,737 km/h reste homologué et n’a pas été battu: la Wattman demeure la moto électrique la plus rapide du monde. Cet état confère à la Wattman un rang de référence dans l’histoire des tentatives de vitesse électrique, et inscrit la marque Voxan, malgré son parcours cahotique, dans la grande Histoire des exploits mécaniques.
Un paradoxe patrimonial
Le récit de Voxan combine mémoire industrielle française et renaissance technologique sous capitaux et direction monegasques: une marque fondée à Issoire, célèbre pour son V de 996 cm3, atteint aujourd’hui son apogée en devenant l’emblème d’une révolution électrique portée depuis Monaco. Le paradoxe n’efface pas l’héritage: les machines thermiques des années 1999-2004 restent des jalons d’une ambition nationale, tandis que la Wattman incarne la capacité de ce nom à se réinventer et à inscrire son logo dans le livre des records mondiaux.
Au-delà des chiffres spectaculaires, l’histoire de Voxan interroge la manière dont le patrimoine industriel et l’innovation se croisent: une entreprise née dans une petite ville d’Auvergne se trouve aujourd’hui au sommet des vitesses électriques, un état qui questionne les frontières entre héritage national et dynamique transnationale de l’industrie automobile et moto.
Sources : Venturi
