Ce carburant que presque tous les motards utilisent abîme les moteurs anciens
L’essence SP95‑E10, devenue le carburant 95 de référence sur les réseaux, contient jusqu’à 10% d’éthanol.
Cette composition, responsable d’un gain écologique modeste d’un point de vue CO2, suscite des inquiétudes chez les propriétaires de motos anciennes. L’éthanol, solvant hygroscopique, présente des propriétés qui peuvent endommager à la longue les circuits d’alimentation non conçus pour lui, en particulier sur les modèles à carburateur.
Pourquoi l’éthanol peut poser problème sur les moteurs anciens
L’éthanol est un alcool, donc un solvant. Les mélanges contenant de l’éthanol peuvent attaquer certains caoutchoucs, plastiques et membranes employés dans les durites, joints et ensembles de carburateur plus anciens. De plus, l’éthanol est hygroscopique, il attire l’eau de l’air: cette eau dissoute dans le carburant favorise la corrosion des parties métalliques internes, notamment quand la moto reste immobilisée.
Effets concrets observés dans les circuits d’alimentation
Plusieurs phénomènes sont rapportés et documentés. L’éthanol dissout des dépôts accumulés dans un circuit ancien et peut, lors de cette décantation, provoquer un colmatage des gicleurs et conduits de carburateur. Les durites et joints non résistants se dégradent plus rapidement, entraînant des fuites. Dans certains carburateurs à flotteur métallique, la soudure peut être attaquée. Enfin, l’eau liée à l’éthanol accélère la corrosion des réservoirs et conduites en acier, surtout lorsque la moto reste longtemps sans mouvement.
Quels modèles sont concernés et quels repères constructeurs existent
Le risque concerne principalement les motos anciennes et celles à carburateur, en général d’avant 2000. Les repères fournis par les constructeurs permettent d’affiner l’analyse: Honda indique que ses motos vendues en Europe depuis 1993 acceptent jusqu’à 10% d’éthanol, avec parfois une mise en route à froid moins bonne sur les modèles à carburateur. Harley‑Davidson indique que ses modèles à partir de l’année‑modèle 1980 acceptent le E10; les modèles antérieurs sont censés utiliser un carburant RON 98. En revanche, les motos récentes, et a fortiori les machines à injection apparues largement après 2000, sont conçues pour l’E10 et ne présentent pas ces fragilités.
Nuance: E10 n’est pas un destructeur instantané
La crainte est fondée pour les moteurs anciens non conçus pour l’éthanol, mais l’E10 ne détruit pas une moto du jour au lendemain. Des décennies de circulation n’ont pas vu une vague immédiate de moteurs neutralisés. Toutefois, l’exposition prolongée et répétée du carburant contenant 10% d’éthanol augmente la probabilité d’usure accélérée des éléments vulnérables. Pour les propriétaires de machines anciennes, il s’agit donc d’un risque cumulatif plutôt que d’une défaillance instantanée.
Que faire pour limiter les risques sur une moto ancienne
Plusieurs mesures pratiques réduisent l’exposition au risque. En premier lieu, privilégier le SP98 (norme E5, limité à 5% d’éthanol) ou une essence sans éthanol quand ces options existent. Ne pas laisser le carburant stagner longuement dans le réservoir ou le circuit: vidanger ou utiliser un stabilisant avant une longue période d’immobilisation limite la formation de dépôts et la corrosion. Des additifs stabilisateurs existent pour ralentir l’oxydation et réduire l’absorption d’eau. Enfin, remplacer les durites, joints et pièces en caoutchouc par des références compatibles éthanol lorsque cela est possible constitue une précaution préventive utile.
Entretien et surveillance : où porter l’attention
Surveiller l’apparition de dépôts dans les gicleurs, contrôler l’état des durites et des joints, inspecter l’intérieur du réservoir pour toute trace de corrosion sont des gestes d’atelier à privilégier. Si la moto montre des symptômes comme des difficultés de démarrage à froid, des ratés ou une perte de performance après ravitaillement, il convient d’interroger le circuit d’alimentation en priorité. La remise en état peut nécessiter le nettoyage des carburateurs, le remplacement de pièces en caoutchouc et, dans les cas de réservoir fortement attaqué, des interventions plus lourdes.
Choisir selon l’usage et la fréquence d’utilisation
Pour une moto d’usage quotidien, moderne et à injection, l’E10 est adapté et sans conséquence mécanique notable. Pour une machine ancienne utilisée occasionnellement, un choix prudent consiste à alimenter à l’E5 (SP98) ou à vidanger le réservoir avant stockage. Dans tous les cas, la décision doit tenir compte de l’âge, du type d’alimentation, et du comportement observé après ravitaillement: la compatibilité n’est pas uniforme et dépend des matériaux et des spécifications d’origine.
En résumé, l’augmentation de l’éthanol dans le carburant transforme un avantage climatique modéré en un enjeu mécanique pour les véhicules anciens. La vigilance, l’entretien ciblé et des choix de carburant adaptés permettent de limiter les risques sans sombrer dans la dramatisation: l’E10 pose un risque réel pour certaines motos anciennes, mais des mesures simples réduisent significativement l’impact à long terme.
Sources :
- Bennetts
- sustain-fuels.com
Crédit de la photo de une : David from London, UK, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
