Ce circuit secret lié à Ducati est si immense qu’il a été photographié depuis la Station spatiale internationale
Au milieu des champs du sud de l’Italie, non loin de la mer et de la localité d’Avetrana, un cercle presque parfait attire l’œil comme une anomalie.
Vu sur une image satellite, l’endroit pourrait passer pour une installation militaire ou un vestige d’un autre temps. Pourtant, ce tracé est bien réel, bien actif, et il a compté dans l’histoire moderne de la moto. Son nom: Nardò.
Nardò, un cercle de plus de 12 km visible depuis l’espace
Le cœur du site, c’est un immense anneau extérieur de plus de 12 km de longueur. Sa géométrie est si lisible qu’il se repère en quelques secondes sur une carte en ligne, et il a même été photographié depuis la Station spatiale internationale. La NASA a d’ailleurs souligné à quel point il est facile d’identifier ce grand anneau clair posé au milieu des terres agricoles de la région des Pouilles.
Le paradoxe est là: l’infrastructure est visible de très loin, mais ce qui s’y déroule reste la plupart du temps discret. Dans l’imaginaire collectif, un circuit se résume à un ruban d’asphalte et des vibreurs. À Nardò, l’échelle change tout. L’anneau donne l’impression d’une ligne sans fin, comme si la vitesse pouvait s’étirer à l’infini.

Pourquoi ce n’est pas un “simple circuit”
Réduire Nardò à son anneau serait passer à côté de l’essentiel. Le complexe occupe plus de 600 hectares et rassemble des dizaines d’installations destinées à tester des véhicules de tout type. On y travaille sur des systèmes électroniques, des aides à la conduite, des voitures électriques, des prototypes autonomes et des technologies qui mettront encore des années avant d’arriver sur la route.
Ce qui fait la singularité de l’anneau, c’est aussi sa conception. Chaque voie possède un dévers différent, calculé pour qu’à une certaine vitesse la force centrifuge soit quasiment compensée. Résultat: un véhicule peut rouler très vite sur des kilomètres sans corrections constantes de trajectoire. Les ingénieurs parlent d’un effet de “ligne droite infinie”, une courbe qui se comporte comme une ligne droite.
Un site né chez FIAT, aujourd’hui dans l’écosystème Volkswagen, propriétaire de Ducati
Nardò est né en 1975 comme installation d’essais de FIAT. Des décennies plus tard, le centre est passé entre les mains de Porsche Engineering. Il est ainsi devenu une pièce importante dans l’organisation industrielle du groupe Volkswagen, cité comme propriétaire de marques telles que Ducati, Lamborghini, Bugatti, Audi ou Bentley.
Pour les passionnés de deux roues, ce lien explique pourquoi l’on parle parfois de Nardò comme d’un “circuit secret” associé aux propriétaires de Ducati. La réalité est plus nuancée: le site est connu et repérable, mais son activité, elle, reste très contrôlée. C’est précisément ce type d’endroit que recherchent les constructeurs lorsqu’ils veulent développer loin des regards et des objectifs.

La Suzuki Hayabusa et le record qui a marqué l’époque
Dans l’histoire moto de Nardò, un nom revient comme un symbole: Suzuki Hayabusa. À la fin des années 1990, les constructeurs japonais se livraient une bataille ouverte pour signer la moto de série la plus rapide. Chaque nouveauté tentait de dépasser la précédente, et la montée des vitesses commençait à inquiéter, y compris au sein des marques.
À Nardò, en 2000, la Hayabusa a atteint 306,598 km/h. Un chiffre qui a consolidé sa légende et qui, selon le récit, a contribué à déclencher l’un des accords les plus commentés de l’industrie: un pacte non écrit visant à limiter électroniquement la vitesse maximale des motos de série à 299 km/h.
Dans ce cercle tracé au milieu des Pouilles, une page s’est donc tournée. La course au chiffre absolu, telle qu’elle se jouait à la fin des années 1990, a changé de nature. L’anneau de Nardò n’a pas seulement servi à valider des performances, il a aussi accompagné un basculement culturel dans le monde des superbikes.
Avant la Hayabusa, la Honda NR750 et les 299 km/h
La Hayabusa n’a pas été la seule à inscrire un jalon à Nardò. En 1993, Loris Capirossi a emmené la Honda NR750 jusqu’à 299 km/h. La NR750, avec ses pistons ovales, reste décrite comme l’une des motos les plus extravagantes et avancées jamais fabriquées par Honda.
Ce détail compte car il rappelle que Nardò n’est pas seulement un théâtre de records. C’est aussi un laboratoire grandeur nature où des machines atypiques, parfois en avance sur leur temps, peuvent être poussées dans des conditions particulières, sur une infrastructure pensée pour la vitesse stabilisée et la répétabilité des mesures.
Un lieu ultra discret, utilisé par plus de 90 constructeurs
L’autre information qui frappe, c’est l’ampleur de son utilisation. Plus de 90 fabricants ont eu recours à ses installations pour développer des véhicules à l’abri des regards. Le site sert à tester des prototypes camouflés, des technologies confidentielles et des modèles pas encore présentés officiellement.
On comprend alors pourquoi la notion de “secret” revient si souvent. Pas parce que l’anneau serait introuvable, au contraire, mais parce que l’objectif est de contrôler ce qui filtre: silhouettes, solutions techniques, étapes de développement. Dans l’industrie, quelques photos volées peuvent ruiner une stratégie de lancement. À Nardò, l’environnement est conçu pour limiter ce risque.
Le mythe moderne d’un cercle qui ne finit jamais
Il y a enfin une dimension presque narrative. Un anneau de plus de 12 km, visible depuis l’espace, posé dans la campagne italienne, et capable de donner l’illusion d’une “ligne droite infinie”: l’image est puissante. Pour les motos, cela évoque immédiatement la quête de vitesse pure, celle qui se mesure au km/h près, celle qui a alimenté des légendes comme la Hayabusa, et des machines hors normes comme la NR750.
Et c’est là que Nardò devient plus qu’un décor. C’est un endroit où l’on a vu la performance se transformer en sujet industriel, en sujet d’image, puis en sujet de responsabilité. Un cercle parfait, mais une histoire qui, elle, continue de s’écrire à huis clos.
Sources
- Motorpasión Moto
