Cette Ducati mythique à plus de 100 000 € aurait pu finir dans un musée mais son propriétaire a préféré rouler des milliers de kilomètres avec
Dans l’univers des motos de collection, certains propriétaires traquent l’obsession du détail, jusqu’à débattre de la position exacte d’un autocollant ou de la nuance d’un code peinture d’usine.
Et puis il y a ceux qui regardent une machine ultra rare, évaluée à prix d’or, et choisissent malgré tout de la faire vivre, au sens propre comme au figuré. Cette Ducati 750SS de 1974 appartient clairement à la seconde catégorie. L’une des 401 750SS « round-case » produites, elle s’apprête à passer sous le marteau chez Bonhams avec une estimation de 70 000 à 90 000 £, soit environ 82 000 à 105 000 € au cours actuel. Particularité qui fait parler, elle n’arbore plus la livrée argent et vert d’origine, mais un British Racing Green chargé d’histoire personnelle.
Une 750SS née d’un exploit à Imola
Comme beaucoup de légendes Ducati, l’histoire de la 750SS se nourrit d’un fait d’armes en compétition. La victoire de Ducati à Imola en 1972 a propulsé le bicylindre en V de la marque au rang d’icône. Ce jour-là, Paul Smart s’impose face à des adversaires de premier plan, notamment Triumph et MV Agusta. L’écho de ce succès a rapidement dépassé le cadre des circuits.
La 750SS de route qui suit devient alors l’une des sportives les plus désirables de son époque. L’idée est simple, et terriblement efficace pour les passionnés, une moto très proche de l’esprit course, homologuée pour la route. Une machine charismatique, au point de pousser des amateurs à des dépenses peu raisonnables pour en posséder une, surtout aujourd’hui lorsque les exemplaires authentiques se font rares.

401 exemplaires, et une cote à six chiffres en euros
Le modèle présenté ici est annoncé comme une 750SS « round-case » de 1974, issue de cette série très limitée. Bonhams indique une estimation comprise entre 70 000 et 90 000 £. Converti en euros, cela place la moto dans une fourchette d’environ 82 000 à 105 000 €, un niveau qui, dans le monde des motos de collection, change souvent le rapport à l’objet. À ces montants, beaucoup de machines finissent sous éclairage doux, dans des garages climatisés, davantage polies que roulées.
Cette Ducati rappelle pourtant qu’une rareté n’a pas forcément été conçue pour rester immobile. Malgré sa valeur potentielle, elle a longtemps été utilisée comme une moto, pas comme un trophée.
Une Ducati qui a roulé, vraiment roulé
Selon le descriptif relayé, le propriétaire danois l’achète dans les années 1980. Plutôt que de la préserver comme une pièce de musée, il accumule des milliers de miles au fil des deux décennies suivantes. La 750SS l’emmène à travers le Danemark, puis en Scandinavie, et même jusqu’au nord de l’Italie. Le tableau est à contre-courant du marché actuel, cette 750SS n’est pas restée figée dans une collection, elle a servi de moyen de transport et de compagne de voyage.
C’est aussi ce vécu qui donne du relief à l’exemplaire. Dans un segment où l’originalité absolue est souvent considérée comme la vertu suprême, l’idée d’une moto rare qui a continué à rouler, et à écrire sa propre histoire, a quelque chose de rafraîchissant.
La restauration de 2005 et le choix du British Racing Green
Le point de bascule arrive en 2005, lorsque la moto est restaurée. C’est là que le propriétaire prend une décision qui ferait bondir certains puristes. Au lieu de revenir à la combinaison de couleurs d’usine, argent et vert, il opte pour une peinture British Racing Green.
Sur les forums, ce genre de choix déclenche habituellement des débats sans fin, surtout quand il s’agit d’une machine aussi rare. Les motos de collection, dit-on, doivent être préservées, pas personnalisées. Sauf qu’ici, la motivation dépasse le simple caprice esthétique. Le vert a été choisi en hommage à son père, un pilote de la RAF, abattu au-dessus de Dortmund pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui a ensuite travaillé au département design de Jaguar. Dans ce contexte, la peinture cesse d’être une modification gratuite, elle devient un mémorial.
Le changement de couleur n’est plus seulement une entorse à l’orthodoxie, il raconte une histoire familiale et transforme la moto en objet de mémoire.
Authenticité préservée, désirabilité intacte
Reste la question centrale pour les acheteurs potentiels, une 750SS repeinte peut-elle rester désirable au plus haut niveau du marché. D’après le récit rapporté, l’historien Ducati Ian Falloon aurait inspecté la moto il y a des décennies et l’aurait reconnue comme une authentique 750SS « green frame », saine et conforme sur l’essentiel. Autrement dit, la base importante serait toujours là, cadre, moteur, historique et authenticité. Le cœur de la moto, celui qui fait sa valeur aux yeux des connaisseurs, n’aurait pas été trahi.
C’est précisément ce mélange qui rend cet exemplaire intriguant. D’un côté, une pièce majeure de l’histoire Ducati, rare, recherchée, et valorisée à des niveaux élevés. De l’autre, une machine qui a vécu, qui a roulé, et dont l’apparence actuelle porte une intention claire, presque intime. Le marché collection place souvent l’originalité au sommet de la hiérarchie. Cette 750SS suggère qu’une moto peut aussi valoir pour les récits qu’elle transporte, pas seulement pour sa conformité à la sortie d’usine.
Prochaine étape, la vente aux enchères. Avec une estimation de 70 000 à 90 000 £, soit environ 82 000 à 105 000 €, l’entrée est chère, mais cohérente avec ce que représente une 750SS « round-case » sur le marché des Ducati rares. Pour l’acheteur qui saura l’apprécier, il ne s’agira pas seulement d’acquérir l’une des Ducati les plus convoitées jamais produites. Il s’agira de reprendre le fil d’une histoire déjà riche, et de décider si cette moto doit continuer à rouler, ou rejoindre à son tour le silence feutré des collections.
Sources
