Cette moto de route est propulsée par une véritable turbine d’hélicoptère, et ses performances défient l’imagination
Dans le petit cercle des machines qui défient les classifications, la MTT 420RR occupe une place à part.
Conçue et fabriquée par Marine Turbine Technologies, basée à Franklin, en Louisiane, cette superbike a pour particularité inouïe d’être animée par une turbine à gaz issue d’un hélicoptère. Avec 420 ch annoncés et un couple approximatif de 678 Nm au régime de base, elle illustre un écart technique et culturel vis-à-vis de la production moto habituelle: 26 ans après l’apparition de la Y2K, aucun autre constructeur homologué pour la route n’a reproduit l’idée.
Une turbine d’hélicoptère sous le carénage, l’anomalie technique
Au cœur de la 420RR siège une Rolls-Royce Allison de la série 250, modèle C20 dans sa version la plus puissante. Cette turbine, identique à celle qui équipe des appareils comme le Bell 206, délivre 420 ch à 52 000 tr/min et un couple annoncé d’environ 500 ft-lbs, soit près de 678 Nm, à seulement 2 000 tr/min. Les carburants utilisables comprennent le diesel, le kérosène ou le Jet A, détails révélateurs de l’origine aéronautique du groupe motopropulseur.
La présence d’une turbine à gaz dans une moto routière change les repères: transmission automatique à deux rapports, réservoir de 34 litres, refroidissement et gestion électroniques repensés pour un moteur qui n’a pas été initialement conçu pour la route. Le constructeur achète des turbines d’occasion, les reconditionne et les adapte, puis intègre la mécanique dans un châssis fait sur mesure. Cette chaîne de décisions explique le caractère artisanal et hors norme de l’appareil.
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Naissance de la Y2K et premiers exploits
La naissance de la Y2K, première mouture de la superbike, a marqué l’industrie par son audace. Dessinée par Christian Travert, ancien pilote et préparateur, fabriquée à la commande par Marine Turbine Technologies, la Y2K associait déjà une turbine Rolls-Royce Allison 250-C18 capable de 320 ch à 52 000 tr/min et d’un couple notable (576 Nm, soit 425 ft-lbs) à bas régime. La version originale a été chronométrée à 365 km/h, performance mesurée et rapportée publiquement.
Sur le plan patrimonial, la Y2K a aussi occupé les colonnes des records: Guinness World Records a homologué le titre de « moto de série la plus chère » le 1er janvier 2004. Le constructeur revendique par ailleurs d’être à l’origine de la moto de série la plus puissante, revendication à toujours distinguer de l’homologation Guinness.
La 420RR 25e anniversaire, haute couture et chiffres annoncés
Pour célébrer un quart de siècle depuis l’introduction de la Y2K, MTT a présenté une édition 25e anniversaire baptisée 420RR. Le constructeur annonce une puissance portée à 420 ch par la série 250-C20, et une vitesse de pointe de 439 km/h limitée par la démultiplication, ce dernier chiffre étant présenté comme une annonce du constructeur, et non comme un record officiellement mesuré. La production de cette série anniversaire est limitée à cinq exemplaires, le prix annoncé pour cette édition étant de 275 000 dollars.
Chaque machine est décrite comme assemblée à la main, avec des composants haut de gamme: aluminium usiné CNC de qualité aéronautique, fibres de carbone, système de freinage avec disques de 320 mm et étriers Brembo 4 pistons, suspension mono-amortisseur Öhlins, roues légères, ainsi qu’un empattement de 1 700 mm et une longueur totale de 2 450 mm (hauteur de selle 840 mm). L’ensemble vise autant l’effet visuel que la compatibilité routière, la 420RR restant homologuée pour la route selon les informations du constructeur.
Jay Leno possède le numéro de série 002
La nature exclusive et spectaculaire de la machine en fait un objet de collection: la première production a attiré des clients célèbres, parmi lesquels l’animateur Jay Leno, qui possède le numéro de série 002. L’édition anniversaire, limitée et hautement personnalisable, s’adresse à une clientèle de collectionneurs fortunés.

Pourquoi personne n’a refait une moto à turbine en 26 ans
Le paradoxe est frappant: l’idée d’une turbine sur une moto séduit les imaginations, elle semble réalisable techniquement, et pourtant le paysage moto n’a pas été envahi par des copies homologuées. Plusieurs éléments expliquent ce silence, sans prétendre couvrir toutes les raisons. D’abord, la transformation d’une turbine aéronautique en moteur routier impose des opérations de reconditionnement coûteuses, une intégration sur mesure et des compromis lourds en termes d’ergonomie et d’usage quotidien. Ensuite, la réglementation et l’homologation d’un groupe motopropulseur atypique sont des défis non négligeables, en particulier pour répondre aux exigences d’émissions, de sécurité et de durabilité. Enfin, le marché montre que la demande pour ce type de machine reste marginale: un véhicule aussi coûteux et spectaculaire s’adresse à une clientèle de collectionneurs plutôt qu’au grand public.
La comparaison avec des machines hyperpuissantes plus conventionnelles éclaire aussi le trait: une Kawasaki Ninja H2R, fréquemment citée comme référence de puissance, développe environ 310 ch (326 ch avec admission dynamique) mais n’est pas homologuée pour la route. La 420RR, elle, propose une puissance supérieure tout en revendiquant un usage routier, ce qui renforce son statut d’anomalie technique et culturelle.
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Une anomalie technique devenue pièce de collection
Au fil des années, la MTT 420RR et ses ancêtres se sont constituées un petit patrimoine: machines rares, souvent exposées lors d’événements ou conservées dans des collections privées. Elles représentent une intersection entre ingénierie aéronautique et culture moto, un laboratoire d’excès qui interroge la logique industrielle. Plutôt qu’un modèle reproductible à large échelle, la turbine sur une moto est devenue une forme d’expression extrême, un cas d’école pour l’histoire technique récente de la moto.
La 420RR demeure ainsi une curiosité vivante: 420 ch, transmission automatique à deux vitesses, matériaux haut de gamme et contrôle artisanal, le tout proposé en séries très limitées. Vingt-six ans après la Y2K, la machine continue de surprendre, non seulement pour ses performances annoncées, mais surtout pour son refus de se plier aux usages normaux de la production moto. Dans l’histoire contemporaine des deux-roues, elle tient la place d’une anomalie volontaire, préservée comme un objet de patrimoine industriel et de fascination mécanique.
Sources :
Image à la une : une MTT Turbine Superbike lancée sur la montée du Goodwood Festival of Speed, sortie de turbine visible à l’arrière. Photo : Supermac1961, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
