Depuis 1937, une seule année s’est terminée sans aucun mort sur ce circuit
Plusieurs totaux différents circulent pour le nombre de décès sur le Mountain Course de l’île de Man, et aucun n’est franchement faux.
Selon les publications, on lit tour à tour 258, « plus de 260 », 269, « plus de 270 » ou « plus de 280 » morts. Ces chiffres ne se contredisent pas forcément, ils répondent à des questions différentes. Comprendre pourquoi aucun total unique et fiable n’existe exige d’examiner ce qui est compté, et ce qui ne l’est pas.
Des courses multiples, des périmètres distincts
Le tracé du Mountain Course n’accueille pas une seule épreuve mais plusieurs, dont le Tourist Trophy professionnel, le Manx Grand Prix réservé aux amateurs, et le Classic TT pour les motos anciennes. Un total qui additionne uniquement les victimes du Tourist Trophy n’est pas comparable à un total qui cumule toutes les manifestations tenues sur la même boucle. Certaines sources présentent un chiffre « global » qui agrège toutes les compétitions, d’autres se limitent aux seuls événements professionnels, d’autres encore isolent le Manx Grand Prix ou les épreuves historiques.
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Un commissaire de piste et un pilote ne pèsent pas pareil dans un total
La manière dont sont classées les victimes influe fortement sur le total. Les inventaires de référence distinguent souvent les catégories suivantes : pilotes en solo, équipages de side-cars, pilote et passager comptés séparément ou non, commissaires de piste, riverains ou spectateurs présents sur le parcours, et personnel prenant part à des parades ou démonstrations. Certains recensements séparent aussi les décès liés à des courses automobiles, le tracé ayant accueilli des voitures aux débuts du siècle. Selon que l’on additionne seulement les pilotes en compétition ou que l’on intègre également les commissaires et les témoins tués sur le bord de la route, le total peut varier de plusieurs dizaines.
Les essais et entraînements déplacent les compteurs
Un nombre significatif d’accidents mortels a eu lieu lors des séances d’essais et d’entraînement, hors du déroulement proprement dit des courses. Le premier décès recensé sur le Mountain Course, Victor Surridge, est survenu pendant les essais, le 27 juin 1911, à Glen Helen, sur une Rudge-Whitworth. Certains inventaires excluent ces incidents hors course, d’autres les intègrent, d’où une nouvelle source de divergence. Le choix de compter ou non les essais revient à répondre implicitement à une question différente : « qui sont les victimes liées à la compétition ? » ou « quels sont tous les décès survenus sur le tracé, toutes circonstances confondues ? »
Le tracé n’existe pas depuis 1907, contrairement à ce qu’on lit
La confusion sur l’année de départ alimente également les écarts. Des comptes démarrent parfois dès 1907, en prenant en compte les très premières activités motorisées sur l’île, ou la genèse des Tourist Trophy, alors disputés sur d’autres tracés. Pourtant le Mountain Course, celui de 60,7 km que l’on connaît aujourd’hui, n’accueille les motos qu’à partir de 1911. Les premières éditions se couraient ailleurs, sur une boucle plus courte. Un recensement qui commence en 1907 et un autre qui prend comme référence 1911 ne mesurent donc pas la même réalité historique.
Des voitures ont couru là aussi, et elles pèsent dans certains bilans
La configuration des sidecars entraîne parfois des recensements spécifiques. Les bilans peuvent distinguer les pilotes des passagers, ou traiter les équipages comme des unités. En outre, le Mountain Course a accueilli des courses automobiles au début du XXe siècle, et certains tableaux séparent les morts en voiture de celles en moto, quand d’autres les regroupent. Ces variations de méthode font varier le total publié sans qu’il y ait pour autant d’erreur factuelle, simplement des périmètres différents.
Les quelques repères que personne ne conteste
Quelques repères incontestables permettent d’éviter la confusion totale. Le premier décès recensé sur le Mountain Course est celui de Victor Surridge, le 27 juin 1911, à Glen Helen, pendant les essais. Le tracé a depuis vu tomber la plupart des records de vitesse des courses sur route. L’année la plus meurtrière est 2005, avec onze morts: trois pilotes et un commissaire lors de l’épreuve de juin, puis six pilotes et un riverain présents pendant le Manx Grand Prix. Depuis 1937, une seule saison s’est achevée sans aucun décès ni au Tourist Trophy ni au Manx Grand Prix, en 1982. Les éditions 2012 et 2024 du Tourist Trophy se sont terminées sans mort, mais le Manx Grand Prix de ces mêmes années a, lui, compté des victimes. Enfin, en 2025, ni le Tourist Trophy ni le Manx Grand Prix n’ont fait de victime, même si plusieurs épreuves de premier plan n’ont pas pu être disputées cette année-là.
Pourquoi cinq chiffres différents peuvent tous sembler plausibles
Lorsque des journalistes, des archives ou des passionnés publient des totaux différents, ils posent rarement la même question. L’un compte les seules épreuves professionnelles, l’autre veut tous les décès survenus sur le tracé, un troisième ajoute les essais, un quatrième fait démarrer son relevé avant 1911. Chacun des chiffres mentionnés peut être correct dans son cadre méthodologique, mais trompeur s’il est présenté sans préciser les inclusions et exclusions.
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Ce qu’il faut demander avant d’accepter un total
Un chiffre seul ne veut rien dire ici. Pour qu’il devienne lisible, il faut savoir quatre choses: la période couverte, les épreuves retenues, les catégories de personnes incluses, et le sort réservé aux essais. Sans ces quatre réponses, l’écart entre deux bilans ne traduit pas une erreur de comptage mais une absence de cadre commun. C’est aussi pour cela que l’inventaire de référence, plutôt que de publier un total unique, range les victimes par catégories et laisse chacun faire son addition.
Au final, la question n’est pas tant de savoir quel est « le bon » total, mais de comprendre ce que chaque total mesure. Sans cette précision, toute affirmation chiffrée reste incomplète.
Sources :
