Donut Labs et Verge Motorcycles auraient menti sur leur batterie solid-state : un lanceur d’alerte finlandais accuse le PDG Marko Lehtimäki devant la police et l’Autorité de surveillance financière
Batterie miracle ou promesse trompeuse ? L’ascension spectaculaire de Donut Lab, une start-up finlandaise dont la batterie à semi-conducteurs révolutionne le secteur, fascine désormais autant qu’elle inquiète.

Initialement portée par des performances annoncées hors norme, la technologie soulève aujourd’hui d’importants doutes et se retrouve au cœur d’une polémique qui secoue l’industrie.
Alors que les premières motos électriques équipées de ce système sont en approche commerciale, l’entreprise doit désormais affronter un climat de scepticisme, une enquête judiciaire et la pression grandissante des experts du domaine, peu convaincus par la concordance de tous les records affichés.
Révolution technologique : promesses et avancées autour de la batterie à semi-conducteurs
La batterie à semi-conducteurs dévoilée lors du CES 2026 promet un saut majeur pour l’électromobilité.

Dotée d’une densité énergétique de 400 Wh par kilogramme, d’une recharge annoncée à 80 % en à peine 12 minutes et d’une autonomie dépassant les 600 kilomètres, elle surclasse en théorie les meilleures batteries lithium-ion du marché.
Cette technologie entend aussi démontrer une sécurité inégalée, une immunité aux risques d’incendie, ainsi qu’un fonctionnement garanti de -30 à plus de 100 degrés Celsius.
Destinée d’abord aux motos électriques, elle vise également des plates-formes automobiles, des drones et des solutions de stockage.
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Donut Lab met en avant l’usage exclusif de matériaux abondants afin de maîtriser les coûts et propose aussi des modules adaptés à divers formats et usages industriels, avec une production annoncée comme déjà démarrée.
Performances sous vérification : entre validations partielles et contestations d’experts
Les tests réalisés en laboratoire, notamment avec le centre de recherche finlandais VTT, affichent une recharge très rapide, la stabilité des cellules face à des températures extrêmes et une longévité annoncée spectaculaire, jusqu’à 100 000 cycles de charge.
Toutefois, la majorité de ces démonstrations concernent des cellules individuelles testées dans des conditions optimales.
Plusieurs spécialistes du secteur estiment impossible d’atteindre simultanément une telle densité énergétique, une charge à très haute puissance sans refroidissement liquide, un niveau de sécurité maximal et un coût inférieur, notamment sur des packs de grande capacité dans un environnement réel.
Les performances de longévité seraient fondées sur des extrapolations et non sur des essais à grande échelle.
Les sessions de charge les plus ambitieuses ont d’ailleurs montré une chauffe importante imposant des pauses.
Par ailleurs, aucune donnée publique ne permet à ce stade d’évaluer la capacité industrielle réelle ou le coût de production effectif pour un usage de masse.
Scandale interne et lanceur d’alerte : les soupçons de déformation des résultats
Le printemps 2026 marque un tournant avec l’intervention d’un ancien collaborateur du projet, qui accuse Donut Lab d’avoir surévalué la densité énergétique réelle, les cycles de charge et le niveau d’industrialisation.
Selon cet ancien cadre, l’entreprise se serait principalement appuyée sur une société allemande pour la technologie, tandis que la fabrication serait assurée par un sous-traitant local, peu préparé à une montée en puissance rapide.
Des courriels internes rédigés à l’époque font état d’un flou sur les performances garanties par les partenaires et révèlent que des évolutions technologiques seraient déjà en développement sans communication officielle.
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Ces affirmations, formellement contestées par Donut Lab, ouvrent une crise de confiance dans l’écosystème et déclenchent une enquête judiciaire en Finlande.
Les dirigeants du constructeur partenaire reconnaissent par ailleurs que les modèles livrés n’atteignent pas, pour l’instant, toutes les caractéristiques promises, notamment sur la capacité de cycles et la densité attendue.
Attente des preuves et avenir incertain
Ce contexte fragilise la crédibilité de Donut Lab à l’heure de la commercialisation. Plusieurs partenaires et investisseurs attendent les résultats complets des tests indépendants à venir pour se prononcer sur la pérennité réelle de la technologie et son passage à l’échelle industrielle.
Le secteur surveille également la capacité de la start-up à publier de nouveaux éléments concrets venant confirmer, ou démentir, l’ensemble de ses promesses initiales.
Cette affaire intervient alors que les principaux concurrents, notamment asiatiques et américains, préparent le lancement de leurs propres batteries solides, souvent prévu au mieux à partir de 2027 pour des véhicules de série.
Dans les prochains mois, la transparence sur les performances des packs complets, la consolidation de la production et les suites de l’enquête judiciaire constitueront des points de vigilance pour jauger si cette « révolution » finlandaise marquera vraiment une rupture industrielle ou restera à l’état d’annonce.
