Honda X-ADV régnait sans rival sur le crossover aventure le plus vendu, puis Kymco a présenté le CV-X45 et le scénario a changé pour les motards
Il y a des motos qui suivent une mode, et d’autres qui inventent une case à part.
La Honda X-ADV appartient clairement à la deuxième catégorie: un mélange de maxi scooter et d’esprit trail qui, au départ, a laissé perplexe, avant de devenir un vrai carton en Europe. Et justement, quand un modèle s’installe seul au sommet, la moindre menace crédible attire l’attention. Cette fois, elle pourrait venir de Kymco. La marque vient d’enregistrer le nom CV-X45, un indice qui laisse penser qu’un projet vu sous forme de concept ces dernières années s’approche d’une version de série. Et si l’on en croit la direction prise par le prototype, l’attaque pourrait être simple: viser le même usage que l’X-ADV, sans forcément jouer la surenchère de puissance, mais en misant sur un levier que Honda n’a pas eu à gérer frontalement jusqu’ici, le prix.
Un nom déposé, et un message implicite
Le dépôt de l’appellation CV-X45 n’est pas une fiche technique, encore moins une annonce officielle de lancement. Mais ce genre de démarche marque souvent un passage de témoin: on quitte le terrain du pur exercice de style pour entrer dans celui d’un produit qui se prépare concrètement.
Dans le cas présent, tout pointe vers une déclinaison aboutie d’un concept Kymco remarqué, présenté en 2024 au salon EICMA de Milan: le CV-R5. À l’époque, l’idée était limpide, et elle répondait à la même question que Honda avait posée avec l’X-ADV: comment offrir le confort d’un scooter au quotidien, sans renoncer à une silhouette et une posture qui rappellent une moto d’aventure.

Pourquoi la Honda X-ADV reste la référence
Quand Honda a lancé son crossover, beaucoup n’ont pas immédiatement compris ce qu’ils avaient sous les yeux: look d’aventure, position de maxi scooter, transmission automatique, et une proposition jugée trop atypique pour percer. Le résultat a été l’inverse. Avec le temps, l’X-ADV s’est imposée comme l’un des gros succès de Honda en Europe, au point de devenir presque une catégorie à elle seule.
Des alternatives ont bien tenté leur chance, mais sans parvenir à ébranler sérieusement le leader. Dans ce contexte, la stratégie la plus difficile n’est pas de sortir un modèle ressemblant, c’est de trouver l’angle d’attaque qui fait mouche. Et c’est précisément là que Kymco semble vouloir être plus malin que simplement “faire pareil”.
Le CV-R5: la recette du scooter aventure, version Kymco
Le concept CV-R5 affichait des choix techniques et ergonomiques cohérents avec l’idée d’un scooter taillé pour la ville, les trajets quotidiens et les escapades. Parmi les éléments mis en avant: des suspensions à long débattement, des roues adaptées à ce type d’usage, une position de conduite plus haute, une plateforme plate pour les pieds, et une silhouette qui évoquait davantage une moto d’aventure qu’un scooter classique.
Sur le papier, Kymco ne cherchait pas à réinventer le concept, mais à l’interpréter avec ses propres priorités. Et surtout, à viser le même territoire d’usage que l’X-ADV: celui de l’utilisateur qui veut de la facilité au quotidien, tout en gardant la possibilité de sortir de l’asphalte pour une piste simple.

La puissance n’est peut-être pas le nerf de la guerre
Le prototype CV-R5 s’appuyait sur un monocylindre de 427 cm3 donné pour environ 34 ch. C’est nettement en dessous des presque 60 ch évoqués pour la Honda X-ADV dans la source. Mais dans cette catégorie, la fiche de puissance n’est pas toujours le facteur décisif.
Le public visé par un scooter “adventure” n’achète pas forcément une machine pour battre des records d’accélération. Il cherche souvent une solution polyvalente: aller au travail, partir en week-end, et emprunter un chemin facile quand l’occasion se présente. Dans cette logique, une cavalerie plus raisonnable peut suffire, à condition que le reste de la proposition suive: confort, praticité, équipement, et surtout un tarif cohérent.
Le vrai point sensible: le prix, et la montée en gamme du segment
C’est ici que l’histoire devient intéressante. La Honda X-ADV évolue dans une zone de marché de plus en plus premium. Ce n’est pas présenté comme un défaut, plutôt comme un constat: accéder à ce type de produit demande un budget conséquent, au point de flirter avec le territoire de certaines trails de moyenne cylindrée.
Or, c’est justement dans ces interstices que des marques asiatiques savent parfois frapper fort. La source souligne que la Chine a déjà montré sa capacité à bousculer le marché avec des machines très proches dans l’esprit, capables de créer la surprise, notamment en Espagne. Dans ce paysage, Kymco pourrait chercher à jouer le rôle du challenger sérieux: une alternative crédible, pas forcément “low cost”, mais plus accessible à équipement comparable.

Un équipement déjà très complet sur le concept
Autre élément qui renforce la crédibilité du projet: le CV-R5 n’était pas présenté comme une proposition au rabais. Au contraire, le prototype embarquait une dotation technologique fournie: accélérateur électronique, modes de conduite, contrôle de traction, tableau de bord TFT avec connectivité, système keyless, contrôle de pression des pneus, et un espace sous la selle permettant de loger un casque intégral.
Ce niveau d’équipement, longtemps réservé à des motos plus chères, colle précisément à ce que recherchent de nombreux utilisateurs de maxi scooters modernes. Et c’est aussi un terrain où Honda a placé la barre haut avec l’X-ADV. Si Kymco parvient à conserver une grande partie de ces éléments sur une version de série, la comparaison deviendra inévitable.
Un choix technique qui intrigue: un moteur “comme une moto”
Le design du concept mettait également en avant une solution moins habituelle dans l’univers du scooter: un moteur ancré au châssis à la manière d’une moto conventionnelle, plutôt que le classique ensemble moteur bras oscillant que l’on retrouve sur la majorité des automatiques.
Sans entrer dans des promesses que la source ne donne pas, ce type d’architecture est souvent associé à une recherche de comportement plus “moto” et à une meilleure maîtrise des masses non suspendues. C’est en tout cas un signal: Kymco ne veut pas seulement faire un scooter avec un look baroudeur, mais tenter une approche plus ambitieuse dans la conception.
Ce que l’on sait, et ce qui manque encore
À ce stade, plusieurs informations clés restent inconnues: le prix final, la date exacte de lancement, et la part du concept qui sera conservée sur le modèle de production. Il faudra aussi voir comment Kymco positionnera réellement le CV-X45 face à la Honda X-ADV, et si la marque choisit une stratégie d’attaque frontale ou un placement plus malin sur certains usages.
Mais le simple fait d’avoir enregistré le nom CV-X45 suffit à relancer le dossier. Car si le projet aboutit, il pourrait enfin apporter au segment une concurrence qui ne se contente pas d’exister, mais qui vise le point le plus sensible d’un leader installé: la valeur perçue, donc le rapport équipement, prestations et prix.
Un duel symbolique: l’Asie face au roi européen du crossover
Au-delà des fiches techniques, l’arrivée potentielle d’un CV-X45 raconte aussi une dynamique plus large. D’un côté, un modèle japonais devenu référence et quasi seul sur son trône en Europe. De l’autre, un constructeur taïwanais qui connaît parfaitement les attentes du marché du scooter, et qui pourrait appliquer à ce segment “crossover” une recette déjà éprouvée ailleurs: proposer beaucoup, sans faire exploser la facture.
Si Kymco concrétise cette promesse, Honda pourrait se retrouver face à un problème qu’elle n’avait pas vraiment rencontré avec l’X-ADV: un rival capable de séduire les mêmes clients, non pas en étant plus puissant, mais en étant plus rationnel au moment de signer le bon de commande.
Sources
