KTM vend enfin plus de motos, mais le redressement imposé par Bajaj s’annonce très douloureux
KTM connaît actuellement l’une des périodes les plus marquantes de son histoire, portée par une transformation profonde et des choix stratégiques audacieux.
Entre bouleversements organisationnels, évolution de la gouvernance et repositionnement sur son cœur de métier, la marque autrichienne s’engage sur une nouvelle trajectoire.
Cette mutation, orchestrée par un nouvel actionnaire majoritaire, suscite de nombreuses interrogations quant à l’avenir de KTM, à sa capacité d’innovation et à la préservation de son identité.
Tour d’horizon des enjeux et des perspectives qui redéfinissent aujourd’hui le paysage de ce constructeur emblématique.
Restructuration profonde de KTM sous l’impulsion de Bajaj
Depuis la prise de contrôle totale par Bajaj en 2025, KTM connaît une transformation radicale.
Rebaptisée Bajaj Mobility AG, la société autrichienne recentre désormais ses activités exclusivement sur la moto, abandonnant ses divisions vélos, le projet X-Bow et plusieurs accords industriels.
Cette stratégie vise à simplifier l’organisation, réduire les coûts fixes et restaurer la rentabilité après une période de surproduction et de pertes financières.
En parallèle, près de 500 emplois, principalement en Autriche, sont supprimés, touchant surtout l’administration et l’encadrement.
Bajaj mise également sur un renouvellement de la direction, avec l’arrivée de cadres issus de BMW Motorrad, pour insuffler une nouvelle dynamique commerciale et renforcer la compétitivité internationale du groupe.
Recentrage stratégique et rationalisation de la gamme
Bajaj impose à KTM une politique de recentrage drastique, recentrant l’activité sur les motos et réduisant fortement la gamme de modèles.
Les projets annexes, comme la voiture X-Bow ou la division vélos, sont abandonnés, tandis que la distribution de marques partenaires est revue à la baisse.
Cette simplification vise à éliminer la dispersion des ressources et à optimiser la gestion des stocks, après une période de surproduction ayant généré près de 250 000 motos invendues fin 2024.
Désormais, l’offre se concentre sur les marques KTM, Husqvarna et GasGas, avec pour objectif de restaurer la rentabilité, d’accroître la flexibilité industrielle et de clarifier le positionnement commercial du groupe sur un marché mondial très concurrentiel.
Renforcement du management et adaptation internationale
La nouvelle organisation de Bajaj Mobility AG s’appuie sur l’intégration de cadres expérimentés issus de BMW Motorrad, à l’image de Stephan Reiff, nommé directeur commercial.
Leur mission : piloter la transformation commerciale, optimiser le réseau international et renforcer la stratégie de marque.
Cette équipe dirigeante internationale accompagne la volonté de Bajaj d’intensifier la division mondiale du travail, en augmentant la production en Asie pour les modèles de moyenne cylindrée, tout en maintenant un pôle d’ingénierie et une partie de la production à Mattighofen.
Ce choix vise à conjuguer compétitivité industrielle, expertise européenne et adaptation aux marchés émergents, afin d’assurer la pérennité de KTM sur la scène mondiale.
Performances financières, commerciales et perspectives d’avenir
Malgré une année 2025 encore marquée par des pertes d’exploitation (plus de 26 millions d’euros), KTM affiche des signes de redressement.
Les ventes mondiales ont bondi de 125 % au premier trimestre 2026, dépassant les 40 000 unités, tandis que l’EBITDA redevient positif à 5,5 millions d’euros.
La réduction drastique des stocks et la focalisation sur les motos ont permis d’atténuer l’impact de la surproduction.
Toutefois, l’avenir du site autrichien reste incertain, avec la poursuite des suppressions d’emplois et la montée en puissance de la production asiatique.
KTM doit désormais prouver qu’elle peut préserver son ADN sportif et rester compétitive face à la pression mondiale, tout en consolidant sa rentabilité à moyen terme.



