La première moto à 338,9 km/h de l’histoire, c’est la NSU Delphin III pilotée par Wilhelm Herz qui l’a prouvé le 4 août 1956 en pulvérisant le record
Le 4 août 1956, sur le lac salé de Bonneville, l Allemand Wilhelm Herz a inscrit son nom dans l histoire des records moto en franchissant pour la première fois la barre symbolique des 200 miles par heure, soit 322 km/h.
Au guidon d une NSU Delphin III entièrement carénée, il a établi une moyenne officielle de 338,9 km/h (210,64 mph), avec une pointe atteignant environ 340 km/h (211,4 mph) lors du premier passage. Cet exploit a envoyé la discipline dans une nouvelle ère, prouvant que la performance extrême pouvait venir d un demi-litre suralimenté parfaitement mis au point.
Un streamliner hors norme pour un demi-litre suralimenté
La machine engagée pour ce record était la NSU Delphin III, un streamliner au profil étudié pour la vitesse pure. Sous la coque profilée se trouvait un moteur bicylindre de 499 cm3, à double arbre à cames en tête, équipé d un compresseur. Ce groupe propulseur délivnait 110 ch à 8 500 tr/min, une puissance remarquable pour la cylindrée et l époque. L association d un moteur très poussé et d une carrosserie intégrale a permis d exploiter au mieux la poussée et la pénétration dans l air, condition sine qua non pour dépasser des seuils inédits sur deux roues.
La journée de Bonneville: tension, turbulence et vitesse
La tentative de record à Bonneville n a pas été une simple formalité. Les conditions de la piste, bosselée par endroits, ont rendu la tenue de piste délicate et ont physiquement exposé le pilote aux contraintes de l habitacle. Lors d un passage, les irrégularités du lac salé ont provoqué des chocs répétitifs, si bien que la tête de Herz est venue heurter la partie supérieure de la coque profilée. Pour poursuivre, l équipe a dû retirer le haut de la coque, ce qui a inévitablement dégradé l aérodynamisme. Malgré cette perte d efficacité aérodynamique, Herz a conservé assez de vitesse pour franchir la barre des 322 km/h et valider la performance.
Un bond significatif par rapport au précédent record
Le record établi ce jour-là n était pas une amélioration marginale: la vitesse a été augmentée d environ 26 mph, soit environ 42 km/h par rapport au précédent chiffre. Un tel saut statistique illustre l ampleur du progrès technique et l audace du projet NSU. La combinaison d une motorisation compacte et suralimentée, d une carrosserie intégrale et d un pilote capable de dominer des conditions difficiles a permis de repousser significativement les limites connues de la vitesse sur moto.
NSU et la lignée des machines profilées
Le record de 1956 s inscrit dans le cadre d un programme plus vaste mené par NSU, constructeur de Neckarsulm, qui alignait une famille de machines entièrement carénées et spécifiquement développées pour les tentatives de vitesse. Dès le début des années 1950, Wilhelm Herz avait déjà contribué à porter la marque sur le devant de la scène des records. La Delphin III représente l aboutissement de plusieurs années d expérimentations autour de carénages et d organes moteurs conçus pour être performants à très haute vitesse.
La mécanique au service d un pari audacieux
Sur la Delphin III, le choix d un bicylindre 499 cm3 suralimenté répondait à une logique d optimisation: tirer le maximum d une cylindrée limitée par la réglementation ou par la philosophie du projet, tout en maintenant une fiabilité suffisante pour les runs. La puissance de 110 ch à 8 500 tr/min provient d un moteur hautement spécifique, pensé pour délivrer un couple exploitable à haut régime et soutenir des pointes prolongées. Cette architecture a mis en évidence qu une cylindrée modeste, bien exploitée, pouvait rivaliser avec des moteurs plus volumineux quand l aérodynamique était maîtrisée.
Une performance qui change la perception de la vitesse moto
L exploit de 1956 a eu plusieurs effets immédiats: il a fixé un nouveau standard de référence pour les tentatives de vitesse, il a confirmé l intérêt des carénages intégrals dans la recherche de performance et il a donné à NSU et à Herz une notoriété durable dans l univers des records. Au-delà des chiffres, ce jour a montré que la vitesse extrême sur deux roues n était plus l apanage d énormes cylindrées, mais le résultat d un ensemble soigneusement conçu et testé.
La persistance du mythe et la mémoire du lac salé
Plusieurs décennies après, la performance reste l une des pages marquantes de l histoire motocycliste. Le lac salé de Bonneville conserve sa légende de théâtre des grandes vitesses, et la NSU Delphin III, par ses lignes et par son moteur, illustre une époque où l innovation technique et le courage du pilote se conjugaient pour repousser les limites. La combinaison d un demi-litre suralimenté, d une carrosserie extrême et d une détermination à toute épreuve a suffi, un matin d été 1956, à faire basculer la discipline vers de nouveaux horizons.
Ce record demeure un repère historique: 338,9 km/h de moyenne officielle, une pointe autour de 340 km/h lors du premier passage, une Delphin III de 499 cm3 développant 110 ch et la première moto à dépasser 200 mph. Ces chiffres résument un moment unique où l audace technique a rencontré la bravoure humaine.
Sources :
Image à la une : la NSU Delphin III de 1956, la machine profilée sur laquelle Wilhelm Herz a franchi les 322 km/h. Photo : Alf van Beem, CC0, via Wikimedia Commons.
