Le Japon pensait protéger le mont Fuji des motos mais ces ados dopés par un manga culte lancent un défi qui terrorise la police locale
Le mont Fuji est fermé aux motos depuis 1963, un interdit discret mais tenace dans un pays où la culture deux-roues est massive.
Le point de départ, c’est une ascension devenue légendaire, celle de Susumu Nabeta, qui a atteint le sommet sur une petite Honda Super Cub C100 de 50 cm, au prix d’une journée entière à se battre contre la cendre volcanique et le manque d’oxygène. Plus de six décennies plus tard, un groupe d’adolescents japonais veut rouvrir la page, pas en mode « coup », mais avec un prétexte présenté comme technique, mesurer la traction et le comportement de motos légères sur terrain volcanique. Le déclic vient d’un manga, Super Cub Rei, où l’héroïne rêve de gravir le Fuji. Et là, tu vois le mélange typiquement japonais, pop culture, défi sportif, et friction avec la règle.
Susumu Nabeta et la Honda Super Cub C100, 40 km en 12 heures
Août 1963, Susumu Nabeta se lance sur le Fuji avec une Honda Super Cub C100 modifiée, un petit 50 cm pensé pour la ville, pas pour un volcan. Le récit insiste sur la réalité du terrain, cendre, pierres instables, pentes où la roue arrière patine. À mesure que l’altitude grimpe, le moteur perd de la puissance, et à plusieurs endroits, Nabeta doit pousser la moto à la main pour continuer.
Les chiffres donnent l’échelle, environ 40 kilomètres d’ascension, pour près de 12 heures d’effort. Ce n’est pas une balade, c’est une épreuve d’endurance mécanique et humaine. Et c’est aussi une image, un Japon de l’après-guerre qui valorise la débrouille, la mini-mécanique, la performance obtenue avec peu. Le genre d’histoire qui devient un symbole, puis un problème pour les autorités.
Car juste après, les restrictions sur le trafic motorisé dans les routes de montagne se durcissent progressivement. Officiellement, il n’est pas question d’une « loi anti-moto » unique, mais d’un empilement de règles qui finissent par fermer la porte. Nuance utile, ce n’est pas seulement contre les motards, c’est une logique de contrôle d’accès à un site sensible. Mais le résultat est net, le Fuji devient un sommet où la moto n’a plus sa place.

Les restrictions motorisées sur le mont Fuji se durcissent après les années 1960
L’interdiction s’inscrit dans une période où les autorités resserrent l’accès motorisé au mont Fuji. Plusieurs facteurs sont avancés dans les récits, sans qu’une seule raison écrase toutes les autres. On parle de gestion des flux, de sécurité sur des pistes difficiles, et de protection d’un environnement volcanique fragile. Dit autrement, quand un lieu attire, la tentation est grande de limiter ce qui peut dégrader ou compliquer la cohabitation.
Il y a aussi un aspect culturel. Le sommet est décrit comme un espace sacré dans l’imaginaire japonais, ce qui pèse dans la manière de penser l’accès. Ce n’est pas qu’un décor, c’est un symbole national, et un lieu de pratiques spirituelles et de pèlerinage. Dans ce contexte, le bruit, les risques, et l’empreinte laissée par des engins motorisés ne se discutent pas comme sur une route de col classique.
Le parallèle avec d’autres interdits historiques rappelle que le Fuji a déjà été un terrain de règles sociales très strictes. Des récits évoquent par exemple des périodes où l’ascension était interdite aux femmes, jusqu’à ce que des pionnières fassent bouger les lignes. Attention, ça ne veut pas dire que tout interdit est injuste ou dépassé, mais ça montre un point, le Fuji concentre des tensions entre tradition, accès, et modernité. Et ce genre de tension, ça revient dès que quelqu’un veut « réécrire » la règle.
Un club d’ados vise 1 km d’essai avec Honda CT125 et Cross Cub 50
Le projet des adolescents est présenté comme une tentative encadrée, pas comme une ascension complète. Objectif annoncé, parcourir 1 kilomètre avec des motos légères, dont des Honda CT125 Hunter Cub et Cross Cub 50, avec aussi une Husqvarna évoquée. Leur argument, récolter des données, traction, comportement sur cendre, gestion des pentes, images et mesures à l’appui.
Derrière, il y a un enjeu de narration. Le groupe dit vouloir aussi promouvoir un tourisme moto dans des zones comme Gotemba et Izu, ce qui déplace le sujet, on ne parle plus seulement du sommet, mais d’un territoire autour, avec ses routes, ses hébergements et ses commerces. L’idée est habile, mais elle peut agacer, parce qu’elle ressemble vite à une opération de communication déguisée en « projet d’étude ».
Le déclencheur revendiqué, c’est le manga Super Cub Rei, où la protagoniste rêve de monter le Fuji sur une Hunter Cub. Là, la pop culture fait office de carburant, et ce n’est pas anecdotique, au Japon, un manga peut créer des vocations, des clubs, des itinéraires. Mais il y a une limite, l’inspiration ne remplace pas l’autorisation. Entre curiosité technique, envie de défi et respect des règles locales, l’équilibre est fragile, et l’évolution reste incertaine.
Sources
- Hace 63 años, Japón prohibió subir el mítico Monte Fuji en moto. Ahora un grupo de chavales va a romper las normas por culpa de un manga
- Explorando el Monte Fuji del occidente japonés: Monte Daisen
- Día de la Mujer: la mujer que escaló el Monte Fuji disfrazada de hombre cuando estaba prohibido para ellas | National Geographic | National Geographic
- Nuevas Predicciones escondidas! El mangaka JAPONESA que Predice el FUTURO!
- Travel Japan – Japan National Tourism Organization (Official Site)
