Le mur du box Yamaha n’avait rien à voir avec la rivalité des pilotes
Davide Brivio reste l’une des figures les plus en vue du paddock MotoGP.
Directeur d’équipe ayant connu le succès avec plusieurs manufacturiers et aujourd’hui à la tête d’un projet satellite engagé dans la lutte pour le titre, il a récemment été recruté par Honda pour diriger son équipe la saison prochaine. Dans un entretien accordé à un site italien spécialisé, il revient sur ses années passées chez Yamaha et livre un éclairage sur la façon dont les pièces et informations techniques étaient partagées entre coéquipiers.
Chez Yamaha, une pièce validée par l’un passait à l’autre
Brivio décrit un environnement chez Yamaha où l’accès aux évolutions et aux pièces n’était pas réservé à un seul pilote. Si un cadre arrivait et que Valentino Rossi jugeait qu’il fonctionnait bien, cette pièce était également mise à disposition de Jorge Lorenzo. Le principe, selon Brivio, était simple : toute amélioration validée par un pilote devait pouvoir être essayée par l’autre. De ce point de vue, il n’y avait pas de possibilité d’obtenir un avantage technique au sein du garage.
L’aveu que Márquez avait fait en son temps
Face à la comparaison inévitable entre champions, Brivio reconnait dès le départ que Valentino Rossi et Marc Márquez sont tous deux de très grands pilotes. Il rappelle cependant un élément que Márquez lui-même avait admis publiquement à l’époque : l’Espagnol avait reconnu qu’il pouvait écarter des pièces qui fonctionnaient pour empêcher son coéquipier de les exploiter. Brivio oppose à cela le comportement de Rossi, estimant que ce dernier n’a jamais agi de la sorte.

Le mur du stand ne venait pas des pilotes
Le fameux « mur » apparu dans le box Yamaha, souvent présenté comme la manifestation d’une rivalité interne, est replacé par Brivio dans un autre contexte. Selon lui, ce cloisonnement ne serait pas né d’une décision des pilotes, mais d’une rivalité commerciale entre manufacturiers de pneumatiques. Brivio signale que les constructeurs de gommes, Bridgestone et Michelin, ne souhaitaient pas échanger leurs informations. Ce contexte industriel aurait donc été à l’origine de la séparation physique observée entre les deux côtés du stand.
Pourquoi Lorenzo a couru toute une saison désavantagé
Brivio revient sur un épisode précis de 2008, rappelant que Valentino Rossi voulait passer chez Bridgestone, le manufacturier qui venait de remporter le titre avec Ducati. Rossi aurait demandé le passage à Bridgestone, mais le manufacturier n’avait pas la capacité de fournir davantage d’équipes. Brivio explique qu’il a fallu obtenir un jeu de gommes Bridgestone, mais seulement pour un seul pilote du box. En conséquence, Jorge Lorenzo a disputé la saison 2008 dans une situation de désavantage pneumatique au sein du même team, une réalité imputée par Brivio aux contraintes de fourniture plutôt qu’à une volonté de Rossi.
Le même schéma existait chez Honda
Pour appuyer la thèse, Brivio évoque des situations comparables chez Honda, où Dani Pedrosa utilisait Bridgestone alors que d’autres pilotes du team étaient sur Michelin, et où un « mur » avait également été observé. Ce rappel sert à soutenir l’idée que la logique industrielle des manufacturiers de pneus, et non un comportement individuel de retrait d’informations, est souvent à l’origine de ces clivages visibles dans les stands.
Reste que celui qui parle doit tout à l’un des deux
Brivio souligne à plusieurs reprises son lien professionnel avec Valentino Rossi, allant jusqu’à caractériser ce dernier comme « l’homme à qui il doit tout ». Ce contexte personnel éclaire son témoignage et doit être pris en compte : il s’exprime en tant que témoin engagé, ancien directeur d’équipe et acteur direct des décisions qu’il décrit. Son récit apporte une version interne précieuse, tout en restant une interprétation issue de son expérience.
Acosta rejoint Márquez chez Ducati et prévient qu’il lui faudra du temps
La question redevient concrète à partir de 2027
La question du partage des pièces entre coéquipiers n’est pas qu’un souvenir d’archives. Elle reprend une réalité concrète pour le paddock actuel, puisque Marc Márquez accueillera Pedro Acosta dans son garage à partir de 2027. À l’heure où l’équilibre entre coopération et concurrence reste un enjeu majeur pour les équipes usine et satellites, le témoignage de Brivio relance le débat sur les règles non écrites qui gouvernent l’accès aux évolutions mécaniques et électroniques au sein d’un même box.
Au final, les propos de Davide Brivio offrent un éclairage de coulisses : ils décrivent un partage des outils et des essais chez Yamaha tel que vécu par un directeur d’équipe, contestent certaines légendes liées au comportement des pilotes et replacent des ruptures apparentes dans leur contexte industriel. Reste que ces éléments, rapportés par un dirigeant qui a construit une partie de sa carrière au contact de ces protagonistes, constituent une version parmi d’autres d’une histoire déjà haute en couleurs.
Sources :
- Motorpasion Moto
- Moto.it, l entretien de Davide Brivio
