Le seul 5 cylindres célèbre en moto était une Honda de MotoGP, une marque chinoise s’y remet
Le fondateur et patron de ZXMoto, Zhang Xue, a publié sur les réseaux sociaux le projet d’un moteur cinq cylindres en V d’environ 1 000 cm3, destiné à équiper une superbike hautes performances.
L’annonce, qui vise à ouvrir la voie à une apparition en compétition en 2028, reste pour l’instant une feuille de route plus qu’une fiche technique: aucun prototype fonctionnel, aucune puissance officielle, et aucune fiche de production n’ont été confirmés.
Des chiffres circulent, mais il faut les qualifier
Plusieurs sources non officielles en Chine évoquent une cylindrée plutôt proche de 1 100 cm3 et une puissance dépassant 210 ch. La presse spécialisée reprend ces éléments en les qualifiant explicitement de spéculation, la marque n’ayant communiqué aucun chiffre. Le projet est donc à ce stade un programme de développement, sans valeurs homologuées, sans nom de modèle confirmé, et sans date de commercialisation annoncée.
Terminator 2 roulait déjà sur cette Harley-Davidson vendue neuve en 2026
La puissance n’explique pas ce choix d’architecture
La vraie question posée par cette annonce n’est pas la simple recherche de la puissance brute. Dans le paysage actuel, les quatre cylindres modernes dépassent facilement les 200 ch, et les V4 ont déjà prouvé leur efficacité sur la route et en compétition. Le constat s’impose de lui-même: il n’existe aucune nécessité évidente à adopter une architecture à cinq cylindres si l’unique objectif est d’aller plus vite. C’est ce paradoxe qui définit l’annonce: un choix d’architecture motivé davantage par des intentions techniques et industrielles que par un besoin purement de performance maximale.

Ce qu’un cylindre de plus permet de régler
Ajouter un cinquième cylindre ouvre des marges de manœuvre précises sur l’ordre et les intervalles d’allumage. En pratique, modifier l’ordre d’allumage permet de travailler la manière dont la puissance est délivrée: séquences plus régulières favorisent un flux de couple homogène, séquences irrégulières peuvent améliorer la sensation d’impulsion et la sonorité. Sur un V5, les ingénieurs peuvent aussi jouer sur les intervalles entre explosions pour lisser les trous de couple ou au contraire accentuer les coups de pied moteur selon le caractère recherché.
Au-delà de la cartographie d’allumage, un cinquième cylindre influe sur les vibrations et l’inertie du vilebrequin. Il est possible d’atténuer certaines vibrations parasites sans recourir exclusivement à des balanciers complexes, ou au contraire d’accepter un compromis vibratoire pour obtenir un comportement moteur particulier. Enfin, l’encombrement du bloc change: la disposition en V et l’ajout d’un cylindre modifient la position des collecteurs, l’architecture d’admission et l’espace pour la gestion thermique, éléments cruciaux pour une machine de haute performance.
L’envers du décor, la complexité et son coût
Ces avantages techniques ont toutefois un prix. Un moteur cinq cylindres demande plus de composants, un vilebrequin et une distribution plus complexes, ainsi qu’une réflexion poussée sur le refroidissement, l’admission et l’échappement. Ces contraintes pèsent sur la fiabilité, la maintenance et la conformité aux normes antipollution. Rendre un tel moteur fiable et économique en usage routier, tout en respectant les limites d’émissions actuelles, constitue le vrai obstacle d’un tel projet.

Un choix qui ressemble à une déclaration d’intention industrielle
Plutôt que de répondre à une nécessité technique évidente, ce choix d’architecture fonctionne comme une forme de signature industrielle: affirmer une capacité d’innovation, tester des solutions inédites et se distinguer face à des concurrents déjà maîtrisant les architectures quatre et V4. La visée revendiquée d’une première apparition en compétition en 2028 renforce cette lecture: la piste servirait de terrain d’expérimentation et de démonstration, avant toute réflexion sur une éventuelle commercialisation.
Contexte et comparaison rapide
Honda a récemment remis en lumière les architectures à nombre impair de cylindres avec son V3 suralimenté, et le seul cinq cylindres moto vraiment célèbre reste le V5 de la RC211V, jamais transposé sur une routière de série. ZXMoto, de son côté, ne part pas de zéro: la marque commercialise déjà des tricylindres d’environ 820 cm3 en Europe, ce qui illustre l’écart entre le catalogue actuel et l’ambition d’un V5 de très haute performance.

Ce qui reste inconnu et les obstacles à lever
De nombreuses inconnues entourent encore le projet: le nom du modèle, l’angle du V, l’ordre d’allumage effectivement retenu, le mode de refroidissement, la conformité aux normes antipollution, le lieu de production, le prix, et même l’existence d’un moteur en rotation. Aucun prototype n’a été montré, aucune caractéristique de production n’a été publiée. En l’absence de ces éléments, toute estimation de puissance ou de comportement doit rester hypothétique.
Kawasaki a sacrifié 31 chevaux pour une raison purement administrative
Ce qui rend ce projet digne d’attention malgré tout
Le suivi de l’initiative tient moins à la promesse d’un chiffre de puissance spectaculaire qu’à la mise à l’épreuve d’une architecture rare et ambitieuse. Si le projet se concrétise en compétition, il permettra d’observer comment une marque relativement récente applique l’expérience acquise sur ses tricylindres à une topologie moteur beaucoup plus complexe. À défaut de certitudes, l’annonce fonctionne comme un marqueur: ZXMoto affiche son intention d’explorer des solutions techniques atypiques, quitte à accepter des risques industriels et financiers élevés.
À court terme, la prudence reste de mise: il s’agit d’un développement annoncé sur les réseaux sociaux, sans démonstration tangible. Les rumeurs de 1 100 cm3 et de plus de 210 ch doivent être considérées comme telles. La cible 2028 pour une première apparition en compétition fixe cependant une échéance claire, qui permettra d’évaluer si l’ambition technique se transforme en réalité roulante.
Sources : Visordown
