Sur le papier la Ducati écrase la BMW, sur la route l’histoire est plus compliquée
Sur les routes sinueuses de la Forêt Noire, deux tourers sportifs de prestige se retrouvent face à face.
D’un côté la BMW R 1300 RS, équipée d’un bicylindre à plat de 1300 cm3 et annoncée à 145 ch, qui s’est révélée capable de 150 ch et 145 Nm au banc. De l’autre la Ducati Multistrada V4 Pikes Peak, motorisation V4 annoncée comme la plus puissante du duo, autour de 170 ch et environ 125 Nm. L’essai trace les frontières entre deux philosophies : la traînée de couple et la poussée pure.
Deux philosophies bien distinctes
La confrontation oppose une approche classique boxer, axée sur la douceur, le couple et la linéarité, à une solution V4, plus nerveuse et axée sur la puissance brute. La BMW mise sur la progressivité, la disponibilité du couple et une grosse réserve d’allonge à tous les régimes, qualités qui se ressentent aussi bien en relance qu’en utilisation quotidienne. La Ducati affiche quant à elle un tempérament plus agressif, une montée en régime plus franche et une faculté à inviter à conduire plus vite dans les sections rapides.
BMW R 1300 RS, le boxer qui pousse fort
Sur le papier la R 1300 RS revendique 145 ch, mais le banc a mesuré 150 ch et 145 Nm, chiffres qui confirment sa vocation de tourer puissant et capable. Ce bicylindre à plat moderne, doté de la technologie ShiftCam, délivre une poussée ample et directe, tout en restant civilisé à bas régime. Cette disponibilité du couple permet des relances autoritaires sans pour autant exiger des changements de rapport permanents. En courbe, la R 1300 RS se comporte comme une « vague » que l’on canalise, la stabilité et le comportement du train avant inspirent confiance, tandis que la partie-cycle favorise une conduite fluide, moins nerveuse que celle du V4 mais tout aussi efficace dès que la cadence augmente.

Ducati Multistrada V4 Pikes Peak, la V4 qui tire vers le sport
La Multistrada V4 Pikes Peak joue la carte de la performance. Avec un V4 autour de 170 ch et environ 125 Nm, elle s’impose comme la plus puissante des deux motos comparées. Cette surabondance de chevaux se traduit par des attaques plus franches à l’accélération et une propension à pousser jusqu’aux zones élevées du compte-tours. La recette Ducati privilégie la sportivité sans sacrifier l’usage tourer, mais l’ergonomie, la réponse moteur et la vivacité générale rappellent que la Multistrada appartient à la famille des motos qui sollicitent le pilote pour exploiter leur potentiel.
Sur la route en Forêt Noire, sensations et maniabilité
L’essai mené sur route met en lumière les qualités complémentaires des deux machines. La BMW fait forte impression par sa souplesse et sa progressivité, qualités appréciées lors des phases d’usage quotidien et des changements de rythme. Les reprises à mi-régime sont franches, la moto ne perd pas son assiette lors des accélérations sorties de virage, et la sensation de couple permet de négocier la plupart des situations avec sérénité. La comparaison évoquée par l’équipe d’essai rappelle l’effet catapultant observé chez des pilotes de Supercross sur leurs 450, pour illustrer la manière dont la BMW jaillit d’un virage, mais avec une consistance plus douce.
La Ducati, en revanche, demande une prise en main résolue si l’on souhaite exploiter ses 170 ch. Elle récompense le pilote qui monte dans les tours et adopte un style plus agressif, offrant une précision et une propulsion supérieures sur les portions rapides. En contrepartie, la gestion de la puissance exige davantage d’attention, notamment lorsqu’il faut doser à la limite d’adhérence sur des surfaces changeantes. L’ergonomie et la centralisation des masses favorisent les trajectoires incisives, ce qui plaira aux motards cherchant une expérience plus sportive et engagée.

Électronique et aides à la conduite
Les deux tourers offrent un arsenal électronique complet, adapté à leur positionnement haut de gamme. Modes moteur, aides anti-patinage, contrôle de traction et suspensions électroniques figurent parmi les options attendues sur ce segment. Leur mise en œuvre différencie toutefois la vocation des motos : la BMW privilégie une mise au point favorable à la facilité et à la stabilité, tandis que la Ducati met l’accent sur la performance dynamique, avec des réactions plus vives et des réglages pensés pour une conduite volontaire.
Usage, profil du pilote et compromis
Le choix entre la R 1300 RS et la Multistrada V4 Pikes Peak dépend surtout du profil du pilote et de l’usage prévu. La BMW séduira celui qui recherche une machine puissante mais facile à vivre, capable d’enchaîner les bornes en confort tout en offrant des reprises vigoureuses sur route. Elle conviendra aux motards qui privilégient la souplesse du couple et la polyvalence.
La Ducati s’adresse à un public plus porté sur la performance, prêt à accepter une mise en route plus exigeante pour profiter d’une nervosité moteur et d’une propension à la montée en régime supérieures. Elle attire les pilotes qui aiment exploiter les limites et profiter d’une dynamique de pilotage plus incisive. Les sensations offertes par le V4 sont le critère discriminant pour qui place la sportivité au premier plan.
Qui doit choisir la BMW R 1300 RS et qui préfère la Multistrada V4 Pikes Peak
Pour le motard malin qui cherche un tourer sportif à l’aise au quotidien, avec beaucoup de couple à disposition et une délivrance de puissance prévisible, la BMW R 1300 RS est une option solide. Pour le pilote attiré par la poussée et la sportivité marquée, prêt à exploiter des chevaux supplémentaires et à accepter une conduite plus exigeante, la Ducati Multistrada V4 Pikes Peak répondra mieux à ces attentes. Aucun gagnant absolu n’est proclamé, les forces étant complémentaires selon les priorités : couple et douceur face à puissance et agressivité.
L’essai en Forêt Noire confirme que la compétition entre tourers de luxe ne tient plus seulement à des chiffres bruts, mais à la façon dont chaque moto transforme ces chiffres en sensations, en facilité d’usage et en caractère. Le duel boxer 1300 contre V4 montre que le choix reste une affaire de tempérament et d’usage.
Sources :
- Motorrad
- www.bmwblog.com
- www.bmwusa.com
