Yamaha propose aujourd’hui la MT-07, la Tracer 7 et la R7 en version A2 avec 689 cm3 et 35 kW pour des motos enfin accessibles sans attendre le permis A
Dans l’univers A2, la question revient comme un refrain: une moto bridée à 35 kW (47,5 ch) a-t-elle encore du caractère, ou n’est-ce qu’un compromis frustrant ?
Chez Yamaha, le débat est d’autant plus intéressant que trois machines très différentes partagent le même coeur mécanique, le CP2 de 689 cm3. À Sursee, en Suisse, Yamaha a aligné la MT-07, la Tracer 7 et la R7, toutes en version A2, pour un test grandeur nature: sensations, polyvalence et logique d’achat.
Un CP2 qui joue la carte du couple, pas du chiffre de puissance
Le point commun du trio, c’est donc le CP2: un bicylindre en ligne de 689 cm3, connu depuis environ dix ans pour son tempérament. Sa particularité, une séquence d’allumage irrégulière, lui donne un grain qui rappelle davantage un V2 qu’un quatre-cylindres «lisse». En version libre, il est annoncé autour de 73 ch et 68 Nm, avec un maximum de couple vers 6 500 tr/min.
En A2, Yamaha ne change pas le moteur, la limitation se fait électroniquement: la puissance maxi est plafonnée à 35 kW. Le couple, lui, ne s’effondre pas, il descend seulement autour de 62 Nm, et surtout, il arrive tôt, dès environ 4 250 tr/min. Pour un primo-accédant, c’est un détail qui change tout: la moto répond là où l’on roule le plus souvent, à bas et mi-régimes, avec une délivrance jugée prévisible et facile à exploiter.

Le procès des «motos bridées» ne tient pas toujours sur route
Premier test, le plus attendu: est-ce «mou» et ennuyeux? Sur route, l’observation est plus nuancée que la caricature. La poussée utile est disponible dans la zone qui sert au quotidien, ce qui rend les relances et un dépassement propre sur départementale parfaitement envisageables.
Un pilote habitué auparavant à une Honda CB650 bridée (quatre-cylindres) a noté un contraste immédiat: le CP2 donne plus de répondant en bas, et davantage d’émotion mécanique. En revanche, la critique classique réapparaît quand l’aiguille grimpe: en haut du compte-tours, la version 35 kW s’essouffle, et ceux qui aiment «tirer» chaque rapport jusqu’au bout peuvent rester sur leur faim. Le bridage ne supprime pas le plaisir, il déplace simplement le centre de gravité des sensations vers le couple et la zone médiane.
Même moteur, trois personnalités: MT-07, Tracer 7, R7
Deuxième constat marquant du test: partager un bloc ne signifie pas rouler sur trois motos identiques. Cartographie, démultiplication et position de conduite modifient nettement le ressenti. MT-07 et Tracer 7 restent proches dans l’esprit, tandis que la R7 se détache plus franchement.
La R7, avec sa position plus sportive, donne l’impression la plus «vive». Jusqu’à environ 5 000 à 6 000 tr/min, elle peut même faire croire à une «vraie» 700 non bridée, tant la réponse paraît alerte dans la zone utile. De quoi relativiser l’idée reçue selon laquelle une 35 kW serait forcément une punition. Oui, le plafond existe, mais la base reste solide.

MT-07: l’agilité avant tout, et la carte Y-AMT
La MT-07 conserve son ADN de roadster léger et accessible dans la prise en main. La sensation décrite est celle d’une moto très compacte, presque «vélo» dans la façon dont l’avant paraît court et peu intimidant. Ce côté minimaliste peut surprendre au début, mais il rassure aussi: il n’y a pas l’impression de piloter un gros gabarit.
Particularité relevée lors de l’essai: la MT-07 était équipée de la boîte automatisée Y-AMT, qui rend l’embrayage inutile. Yamaha précise que cette solution est désormais également disponible sur la Tracer 7 à partir de cette année. Pour un public A2, ou pour un motard venant du permis B et cherchant une transition douce, l’idée d’une commande simplifiée peut peser lourd dans la balance.
Tracer 7: plus «posée», plus stable, plus tournée vers le voyage
Face à la MT-07, la Tracer 7 apparaît plus imposante, avec un avant plus massif. Sur la route, elle se montre plus «ancrée» et plus stable en ligne droite. Un débutant peut la trouver intimidante au premier regard, mais une fois la taille adaptée au pilote, ses arguments deviennent évidents: position plus droite, vocation routière, et une sérénité qui compte quand les kilomètres s’accumulent.
Le test souligne aussi l’évolution esthétique, avec une face avant redessinée qui revalorise visuellement le sport-tourer. Ici, le choix n’est pas seulement rationnel, il est aussi une affaire de goût.

R7: la plus tranchée, la plus «racing» sur route
La R7 se distingue nettement par sa position de conduite avec bracelets et par un châssis orienté sport, avec une suspension réglable. Sur les cols et les routes à virages, cette «DNA racing» se ressent particulièrement: la moto invite davantage à attaquer, à soigner ses trajectoires et à profiter du train avant.
Le match des usages: laquelle choisir en A2?
Le test finit par remettre chaque Yamaha à sa place, selon l’usage.
Pour la sortie du week-end sur route sinueuse, la R7 est présentée comme la plus excitante: sa sportivité prend tout son sens quand le rythme monte et que les virages s’enchaînent.
Dès que la balade se transforme en vraie journée de route, la Tracer 7 reprend l’avantage grâce à son confort, sa protection et sa stabilité. Ce sont des qualités qui ne font pas forcément rêver sur une fiche technique, mais qui deviennent décisives sur la durée.
La MT-07 reste l’option la plus simple et la plus accessible, un allrounder facile à vivre pour rouler sans se compliquer la vie. Le test insiste sur un point: elle est parfois sous-estimée alors qu’elle coche beaucoup de cases.

Le nerf de la guerre: prix, revente, et coût du «plan A2»
Troisième grande question, l’argent. En Suisse, les prix annoncés démarrent à 8 590 CHF pour la MT-07 (8 990 CHF avec Y-AMT). La Tracer 7 débute à 10 490 CHF (10 990 CHF avec Y-AMT). La R7 est affichée à 10 690 CHF en version standard.
Le test rappelle qu’une 35 kW sur base de «grosse» cylindrée coûte plus cher que des alternatives plus petites sous la limite A2, y compris dans la gamme Yamaha. L’écart mentionné se situe autour de 2 000 à 3 000 CHF entre les petites cylindrées et ces 700 bridées. Pour un jeune de 18 ans, possiblement en apprentissage, la marche est réelle.
Mais l’argument inverse est tout aussi concret: la valeur de revente. Une MT-07, une Tracer 7 ou une R7, une fois débridée, peut se revendre à la fois à des débutants et à des permis non limités, ce qui élargit le marché. Dans un contexte où des motos abordables de nouvelles marques attirent les acheteurs sensibles au prix, une Yamaha de gamme reconnue peut conserver un avantage de liquidité sur le marché de l’occasion.
Le détail qui change tout: un débridage rapide, et relativement abordable
Autre point pratique mis en avant: la limitation étant électronique, le retour en version libre est annoncé simple. Chez le concessionnaire, l’opération prend environ 30 minutes et coûte autour de 100 à 150 CHF. Pour un motard A2, l’idée est limpide: investir aujourd’hui dans une base plus valorisante, puis récupérer plus tard une moto «plein format» sans chantier mécanique lourd.
Au final, le test ne vend pas un rêve universel, il pose une logique: ceux qui cherchent la performance en haut du compte-tours auront toujours intérêt à réfléchir à l’alternative. En revanche, pour qui veut du couple tôt, une moto valorisante, polyvalente, et une plateforme évolutive une fois le permis complet en poche, le trio CP2 en 35 kW se défend très bien.
Une référence du segment, mais trois façons d’y entrer
Dans la catégorie A2, la MT-07 reste une sorte de star, une référence de «première grosse» moto. Le test de Sursee rappelle toutefois que le CP2 n’est pas qu’une signature de roadster: décliné en Tracer 7 et en R7, il permet de choisir une même base moteur avec trois philosophies, du quotidien sans stress à la route au long cours, jusqu’à la sportivité assumée.
Et c’est peut-être là la meilleure réponse au procès des 35 kW: une moto bridée peut garder du sens quand elle est bien née, bien réglée, et surtout cohérente avec l’usage. Sur ces Yamaha, le bridage limite la pointe, mais ne gomme pas la personnalité, ni l’intérêt d’une machine qu’on pourra faire évoluer.
Sources :
- www.1000ps.com
- www.yamaha-motor.eu
