1 670 cm³, 150 Nm et seulement 90 ch : la Yamaha MT-01, le monstre fondateur qui a lancé la saga MT
Au début des années 2000, les roadsters sportifs vivent une période faste.
L’idée est alors simple: reprendre une partie des sensations d’une superbike, mais avec un guidon haut et une position plus polyvalente. Légèreté, vivacité, moteurs qui hurlent, la recette se répand. Yamaha, pourtant, choisit de faire exactement l’inverse, et le pari ne rencontrera pas pleinement son public.
2004: Yamaha présente une naked qui défie la logique du moment
En 2004, Yamaha dévoile la MT-01. À rebours de la tendance des quatre-cylindres à hauts régimes, la marque installe dans un châssis de roadster une mécanique qui semble venir d’un autre monde: un gigantesque bicylindre en V de 1 670 cm3, dérivé de la gamme cruiser. D’après les informations parues dans la presse spécialisée et confirmées par des fiches techniques publiques, ce moteur est bien de la famille du XV1700, adapté pour cette application. Le contraste est volontaire: un cœur de custom, une partie-cycle annoncée comme digne d’une sportive.
Le concept, à l’époque, tranche avec l’image habituelle de la performance japonaise. Yamaha présente alors la MT-01 comme une moto de caractère, moins attachée à une forme de perfection technique et de rationalité, davantage tournée vers l’émotion et les sensations que vers la chasse au chrono. Sur le papier, c’est une déclaration d’intention: répondre à une culture du gros couple et des pulsations mécaniques, souvent associée aux V-twin américains, sans renoncer à une base cycle sérieuse.
90 ch, mais surtout 150 Nm: la philosophie du “gros couple”
Le chiffre qui résume la MT-01 n’est pas sa puissance. Avec 90 ch, la valeur paraît modeste au regard de la cylindrée. En revanche, le couple de 150 Nm change immédiatement le récit. Selon les descriptions d’époque reprises par la presse, cette poussée est disponible très bas, au point d’inviter à rouler “sur le couple” plutôt qu’à empiler les rapports. Il suffit d’ouvrir les gaz pour sentir une traction massive, accompagnée des pulsations caractéristiques d’un gros V-twin.
Cette approche place la MT-01 dans une confrontation culturelle presque assumée: d’un côté, la tradition des moteurs japonais qui prennent des tours, de l’autre, la grammaire d’un twin longue course qui cogne, tracte et vit. Les vibrations font partie du tableau. Elles sont décrites comme présentes, mais pas nécessairement pénibles, et participent à cette sensation mécanique différente de ce que Yamaha proposait alors sur ses roadsters plus conventionnels.

Une partie-cycle “de sportive” pour dompter un moteur de cruiser
Pour rendre l’ensemble cohérent, Yamaha ne se contente pas d’un habillage. La MT-01 reçoit un robuste châssis en aluminium et des freins à étriers radiaux, avec une présentation et des finitions qui marquent les esprits. Certains éléments deviennent même des signatures visuelles: un imposant bras oscillant et des échappements relevés sous la selle, typiques de l’esthétique des années 2000.
Des sources techniques publiques indiquent également que des composants de partie-cycle (notamment freinage et fourche) sont apparentés à ceux d’une Yamaha YZF-R1 des millésimes 2004-2005, ce qui souligne l’ambition: faire cohabiter une mécanique de cruiser avec un environnement capable d’encaisser. Cette combinaison, sur le papier, promet un roadster “musclé” à la japonaise, mais avec une âme volontairement rugueuse.
Le point de bascule : un poids conséquent qui se ressent quand la route se resserre
Là où le concept commence à se fissurer, c’est quand la route se met à tourner. La MT-01 affiche son poids conséquent déclarés. Ce chiffre, mis en avant par la presse spécialisée, conditionne le comportement: en ville, la moto peut se montrer encombrante, et dans les enchaînements de virages, elle demande de l’engagement au guidon pour changer d’angle. La MT-01 n’est pas forcément décrite comme maladroite, mais elle apparaît nettement moins agile que son look de roadster sportif ne le laisse croire.
À cela s’ajoutent des critiques récurrentes sur le confort: une selle jugée ferme et des suspensions à la réponse sèche sur revêtements dégradés, qui peuvent pénaliser les longues distances. Résultat, le public peine parfois à classer la MT-01. Elle n’est pas une custom, pas une naked sportive classique, pas non plus une “muscle bike” américaine au sens strict. Cette identité hybride, aussi fascinante soit-elle, éloigne une partie des acheteurs.

2009: une MT-01 SP plus affûtée
La carrière du modèle connaîtra une déclinaison notable: en 2009 apparaît une MT-01 SP. Cette version reçoit des suspensions Öhlins et une mise au point annoncée comme plus sportive. L’idée reste la même, mais avec une exécution plus haut de gamme, destinée à ceux qui veulent pousser plus loin le concept et renforcer la rigueur du train roulant.
Ce qu’il faut surveiller sur le marché de l’occasion
Avec le recul, la MT-01 traîne une réputation de machine robuste, mais certains points sont régulièrement cités comme sensibles. Parmi les soucis possibles figure le capteur de position des gaz (TPS), susceptible de provoquer un ralenti instable ou une réponse irrégulière. L’état de la suspension mérite aussi une attention particulière: certaines motos présentent de la corrosion au niveau des biellettes du bras oscillant, et l’amortisseur arrière peut accuser le poids des années, avec des remplacements évoqués autour de 30 000 km selon les cas rapportés.
Comme sur d’autres gros bicylindres, les vibrations peuvent également favoriser le desserrage de vis, de rétroviseurs ou de certains éléments de carrosserie si l’entretien n’est pas suivi. D’autres points sont cités à surveiller: la pompe à essence, qui peut tomber en panne sans signe avant-coureur, ainsi que les roulements de roues, parfois sujets à une usure prématurée sur certaines unités.

Un échec relatif… mais un acte fondateur pour le nom “MT”
La MT-01 n’a jamais été un succès commercial massif. C’est même l’un des paradoxes du modèle: son manque de réussite initiale contribue aujourd’hui à son aura. Sur le marché de l’occasion, les rares exemplaires disponibles se négocient généralement entre 3 000 et 6 000 euros, selon l’état, le kilométrage et la présence de la version SP, souvent plus recherchée. La revente peut rester difficile, car la MT-01 demeure une proposition de niche, très typée.
Mais son importance historique dépasse ses chiffres de diffusion. La MT-01 a lancé une appellation, “MT”, devenue ensuite une famille à succès chez Yamaha. Il faut toutefois éviter l’amalgame: la MT-01 n’est pas une MT moderne au sens des MT-07 ou MT-09. Elle en est l’ancêtre, le premier jalon d’une idée qui, à l’époque, s’exprime de façon extrême et presque provocatrice.
Pourquoi la MT-01 intrigue encore, vingt ans après
Avec sa recette à contre-courant, la MT-01 reste une curiosité mécanique: 1 670 cm3, 90 ch, 150 Nm et son poids conséquent, le tout emballé dans une moto qui revendique le ressenti plus que la performance pure. En voulant opposer au culte des hauts régimes une réponse “gros twin à couple”, Yamaha a signé une machine singulière, imparfaite, parfois incomprise, mais mémorable. Et c’est précisément ce mélange d’audace, de contradiction et de caractère qui continue d’attirer les passionnés en quête d’une naked différente de toutes les autres.
Source : Motorpasion Moto
