45% des motards ont frôlé l’accident sur route de campagne, et ce n’est pas la voiture qui représente le danger numéro 1, révèle DVR-Forsa
Une enquête allemande met en lumière un décalage frappant entre la perception de sécurité des motards et les risques réellement rencontrés sur les routes de campagne.
Réalisée par l’institut Forsa pour le Conseil allemand de la sécurité routière (DVR) auprès de 501 motardes et motards, elle indique que 45% des répondants ont vécu, au cours des deux dernières années, au moins une situation critique sur route de campagne, avec un accident évité de justesse. Plus surprenant encore, le classement des dangers cités place l’infrastructure et l’environnement loin devant les autres usagers. L’état des routes arrive en tête, avant les voitures, un résultat qui bouscule une idée reçue tenace dans les discussions de sécurité routière.
45% de “presque-accidents” en deux ans, 7% impliqués dans un accident
Le chiffre central de l’enquête est clair: près d’un motard sur deux (45%) déclare avoir connu sur route de campagne une situation critique en deux ans. Dans le même temps, 7% des personnes interrogées indiquent avoir été impliquées dans au moins un accident sur route de campagne durant cette période.
Ces données ne décrivent pas la gravité des événements, mais elles donnent une photographie de la fréquence des frayeurs et des incidents sur un terrain de jeu privilégié des deux-roues, souvent apprécié pour ses virages, sa fluidité et ses paysages, tout en concentrant une partie importante des risques.
Le “vrai” palmarès des dangers: l’infrastructure et l’environnement en tête
Lorsqu’il s’agit d’identifier ce qui inquiète le plus sur route de campagne, les répondants désignent d’abord des facteurs liés à la chaussée et aux conditions de roulage. Les risques les plus cités, par fréquence, sont les suivants:
Le mauvais état des routes (93%), les routes mouillées ou glissantes (91%), les animaux sauvages ou des obstacles (90%), les dépassements risqués d’autres véhicules (89%), les manœuvres dangereuses d’autres motards (84%), les voitures qui serrent de trop près (84%), et enfin les routes sinueuses (56%).
Ce classement est instructif à deux niveaux. D’une part, il confirme que la route de campagne n’est pas seulement un espace de cohabitation avec les voitures, mais un environnement où l’adhérence, la visibilité, les défauts de revêtement et l’imprévu pèsent lourd dans la charge mentale. D’autre part, il montre que les comportements des autres motards sont cités au même niveau que certaines interactions avec les automobiles, un rappel que le risque ne vient pas uniquement de l’extérieur du monde moto.
Le paradoxe: danger connu, sentiment de sécurité élevé
L’enquête met aussi en avant une contradiction. D’un côté, 89% des répondants affirment savoir que la plupart des accidents mortels à moto surviennent sur les routes de campagne. De l’autre, 72% estiment pourtant que rouler sur ces axes est “sûr”.
Pour le DVR, cet écart entre l’expérience (situations critiques), la connaissance du risque (accidents mortels majoritairement sur ce réseau) et l’évaluation personnelle (“c’est sûr”) constitue l’un des résultats majeurs. Il ne signifie pas que les motards nient le danger, mais plutôt qu’ils peuvent se sentir en contrôle sur un terrain familier, parfois au point de sous-estimer l’impact des facteurs externes comme un revêtement dégradé ou une zone humide à l’ombre d’un sous-bois.
Les virages: moins cités, mais toujours au cœur du risque
Autre enseignement: les routes sinueuses ne sont jugées risquées “que” par 56% des répondants, loin derrière l’état des routes ou l’adhérence. Pourtant, le DVR rappelle que les statistiques d’accidents montrent que le roulage en courbe est particulièrement à risque pour les motards.
Le président du DVR, Manfred Wirsch, résume ce point de tension: les virages font partie de l’attrait de la moto, mais c’est aussi là que se joue une grande partie de la sécurité. En clair, une courbe n’est pas seulement un exercice de pilotage, c’est un endroit où la qualité du bitume, une tache d’humidité, un gravillon, un animal ou un véhicule en dépassement peuvent transformer une situation banale en événement critique.
Conduite en groupe: un facteur de sur-risque largement reconnu
La dimension sociale de la moto apparaît nettement dans les réponses. 68% des personnes interrogées approuvent l’idée que certains motards roulent plus risqué en groupe. Chez les 18 à 39 ans, cette proportion monte à 76%.
En parallèle, l’adhésion à l’idée que “prendre des risques fait partie de la moto” reste minoritaire: 15% au total, 23% chez les 18 à 39 ans. La passion n’implique donc pas, pour une majorité, une recherche consciente du danger. En revanche, la dynamique de groupe peut encourager des décisions plus rapides, des trajectoires moins conservatrices ou des dépassements plus fréquents, sans que cela soit forcément perçu comme une prise de risque volontaire.
Auto-évaluation: impatience et distances de sécurité
Les répondants se décrivent majoritairement comme responsables, mais certaines déclarations illustrent des zones de fragilité classiques sur route ouverte. 32% indiquent devenir impatients lorsqu’ils doivent suivre des véhicules plus lents (47% chez les 18 à 39 ans). 17% reconnaissent rouler parfois plus près que la distance nécessaire pour conserver une marge de sécurité (26% chez les 18 à 39 ans).
Ces comportements ne sont pas propres à la moto, mais ils y prennent une dimension particulière: la visibilité vers l’avant, les distances de freinage, l’adhérence variable et la moindre protection en cas d’erreur rendent la marge de manœuvre plus précieuse. Or, la route de campagne combine souvent circulation hétérogène et opportunités de dépassement, ce qui peut alimenter l’impatience.
Formation: un consensus sur l’utilité, mais une pratique encore limitée
Le volet prévention de l’enquête révèle un autre contraste. 88% des répondants sont convaincus que les stages de perfectionnement à la conduite peuvent aider à éviter des situations critiques. Pourtant, 57% déclarent n’avoir jamais suivi de formation de ce type. Sur les deux dernières années, 10% ont effectué un stage, et 13% au cours des cinq dernières années.
Un lien apparaît avec le kilométrage annuel: parmi ceux qui parcourent plus de 5.000 km par an, plus de la moitié a déjà suivi un entraînement. À l’inverse, pour une pratique inférieure à 3.000 km par an, la part tombe à environ un tiers. L’interprétation est double: les plus gros rouleurs sont davantage exposés, mais aussi plus enclins à investir dans des outils de maîtrise. Les motards occasionnels, eux, peuvent cumuler moins d’expérience récente et moins de formation, tout en se retrouvant confrontés aux mêmes pièges de chaussée.
Une campagne nationale axée sur la route de campagne
La publication de l’enquête coïncide avec le lancement d’une campagne nationale intitulée « Hartes Pflaster: Landstraße », déployée par le DVR avec le ministère fédéral des Transports (BMV) et l’assurance accidents allemande (DGUV) à partir du 20 juillet 2026. Elle vise à sensibiliser à la fois les motards et les autres usagers sur les routes de campagne.
Le dispositif annoncé s’appuie sur plusieurs supports: quatre visuels d’affichage traitant de situations typiques, une diffusion sur plus de 1.000 emplacements (bords de routes de campagne, grands panneaux, stations-service en zones rurales), ainsi que des vidéos, des spots radio, des actions sur les réseaux sociaux et des coopérations avec des créateurs de contenu.
Ce que l’enquête suggère, sans dramatiser
Pris dans leur ensemble, les résultats dessinent une réalité nuancée. Les routes de campagne restent perçues comme “sûres” par une majorité, mais elles concentrent des situations critiques fréquentes, et surtout des dangers très concrets liés à l’état du revêtement, à l’adhérence et à l’imprévu. Le fait que 93% citent le mauvais état des routes comme risque principal souligne une attente forte: une infrastructure mieux entretenue peut être, pour les motards, un levier de sécurité aussi important que la vigilance face aux autres véhicules.
Enfin, l’écart entre l’adhésion massive à l’utilité des formations (88%) et le taux élevé de non-participation (57%) rappelle qu’entre la conviction et le passage à l’action, il existe encore une marge, que les campagnes publiques et les initiatives de terrain cherchent précisément à réduire.
Sources :
- Motorrad
- www.digischool.fr
- www.motoplanete.com
