Ce réflexe des automobilistes face aux motards vient d’être jugé dans ce pays européen
La question de la responsabilité lorsque une moto remonte une file de voitures et qu’une voiture amorce un tourne-à-gauche et la heurte a donné lieu à deux arrêts importants de la Cour de cassation italienne.
Ces décisions sont applicables en Italie et ne doivent pas être transposées aux règles françaises sans vérification, les régimes juridiques nationaux étant distincts.
La scène fréquente et le problème posé
La situation est familière en milieu urbain : des véhicules arrêtés à un feu, un motard qui progresse lentement entre les files pour se rapprocher de l’intersection, et une voiture qui décide de tourner à gauche. Si la voiture traverse la trajectoire de la moto et la percute, la question devient : qui est responsable de l’accident ?
La réponse n’est pas automatique. La moto qui remonte une file n’est pas automatiquement fautive au seul motif qu’elle était en train de dépasser des véhicules arrêtés. Inversement, l’automobiliste qui tourne n’est pas dégagé de toute responsabilité lorsqu’il engage sa manœuvre sans visibilité arrière.
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En 2024, la Cour a fait de la visibilité le critère central
Dans l’ordonnance n. 14791 du 27 mai 2024, la Cour de cassation italienne rappelle un principe simple mais essentiel : le conducteur qui entend effectuer une manœuvre de tournant à gauche doit s’assurer d’avoir une vision claire de la chaussée arrière, et s’abstenir d’initier la manœuvre si cette visibilité fait défaut. Ce principe prend une importance particulière lorsque le trafic est arrêté ou progresse lentement et que d’autres véhicules masquent la vue vers l’arrière.
Autrement dit, si la vue est bouchée par des véhicules à l’arrêt, le conducteur ne peut pas se comporter comme si la route était libre. Ne rien voir ne signifie pas que rien n’arrive, et cet élément peut peser fortement dans la reconstruction de la responsabilité en cas d’impact.

Sept ans plus tôt, un motard avait été jugé en partie fautif
Une autre décision, l’arrêt n. 26805 du 14 novembre 2017, nuance la question. Dans ce dossier la Cour a retenu un concours de responsabilité entre un motard qui remontait une file et une automobile engagée dans une manœuvre de demi-tour. La Cour a estimé que la position du motard sur la chaussée ne respectait pas l’obligation de se maintenir à droite prévue par l’article 143 du Code de la route italien, d’où une part de responsabilité à sa charge.
Cette décision ne doit pas être transformée en règle générale selon laquelle le motard serait automatiquement responsable. Elle porte sur la concrétisation des faits, l’allure et la position du motocycliste, ainsi que sur la conduite de l’automobiliste. La jurisprudence italienne montre que la responsabilité se reconstruit cas par cas en tenant compte de l’attitude de chacun.
Comment la responsabilité est appréciée concrètement
Les juges recherchent la dynamique réelle de l’accident. Plusieurs éléments entrent en ligne de compte, sans qu’aucun critère unique ne prévaut systématiquement : la vitesse des véhicules au moment de l’impact, la position du motard sur la chaussée, la visibilité, le fait que la manœuvre ait été signalée ou non, et la capacité pour chacun des usagers d’éviter la collision.
La preuve matérielle est déterminante. Photographies, témoignages et enregistrements vidéo aident à reconstituer la scène. Si l’automobiliste a commencé sa manœuvre sans disposer d’une vision suffisante vers l’arrière, ce comportement peut être considéré comme faute principale. A l’inverse, une conduite imprudente du motard peut conduire à un concours de responsabilité.
Recommandations signalées par la presse spécialisée italienne
La presse spécialisée italienne met l’accent sur des comportements préventifs. Elle recommande que le motard qui remonte une file adopte une allure très modérée, typiquement entre 10 et 15 km/h, garde une trajectoire prévisible, et ralentisse nettement à l’approche d’intersections ou de carrefours. Il est aussi conseillé d’observer les clignotants et l’orientation des roues avant des voitures, signes parfois précurseurs d’une manœuvre de changement de direction.
Ces conseils sont présentés comme des mesures de prudence pratiques, visant à réduire la probabilité d’un choc et à augmenter la capacité de réaction. Ils doivent être lus comme des recommandations issues de l’analyse des risques en circulation dense, et non comme des règles de droit.
Ce que rappelle la décision aux automobilistes
Pour l’automobiliste, l’enseignement central de la jurisprudence italienne est clair : l’absence de visibilité ne permet pas de présumer l’absence d’usagers. Si des véhicules en file empêchent de voir l’arrière, il convient d’attendre une vision dégagée avant d’entamer une manœuvre à gauche. Commencer pourtant la manœuvre après un contrôle insuffisant peut engager sa responsabilité si un véhicule arrive et est heurté.
Ce que cela vaut de ce côté des Alpes
Les arrêts cités sont exclusivement italiens et leur portée se situe dans l’ordre juridique italien. Les règles françaises relatives à la circulation inter-files et aux manœuvres sont différentes et disposent de leur propre encadrement. Pour le droit français, le site a déjà détaillé les conditions dans lesquelles l’inter-files est autorisé et les trois règles qui coûtent cher.
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Aucun des deux camps n’a le réflexe qu’il croit avoir
Au final, la lecture des décisions italiennes montre que la faute réflexe d’imputer automatiquement la responsabilité au motard qui remonte la file ne résiste pas à l’examen des faits. Mais l’inverse n’est pas non plus vrai. La responsabilité se détermine au cas par cas, selon la dynamique, la visibilité et la conduite de chaque conducteur. Motards et automobilistes partagent l’obligation de prudence : le premier en conservant une vitesse réduite et une trajectoire prévisible, le second en s’assurant d’une visibilité suffisante avant toute manœuvre.
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