Ducati est bien sur la table chez Audi, mais rien ne sera tranché avant trois ans
Le directeur général d’Audi a nommé Ducati au milieu d’une liste d’actifs que le groupe Volkswagen passe en revue, ce qui n’était jamais arrivé aussi clairement.
Puis il a ajouté une précision de calendrier qui remet la panique italienne à sa place.
La phrase d’Audi qui installe Ducati dans la revue de portefeuille
Gernot Döllner a désigné Ducati sans détour parmi les participations examinées dans le cadre d’une gestion globale des actifs: « Au sein du groupe Volkswagen, nous sommes attachés à une gestion de portefeuille disciplinée et responsable. Le fait que nous parlions aussi de Ducati fait partie du processus d’évaluation, mais rien n’a été décidé. » Jusqu’ici, ce type de formulation venait de Bologne ou d’analystes financiers, jamais du sommet de la chaîne de propriété.
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Le calendrier posé derrière la reconnaissance
La même prise de parole comporte un second élément, largement passé sous silence dans les reprises alarmistes: le dirigeant a écarté toute décision à court terme en indiquant qu’il n’y en aurait aucune dans les deux ou trois prochaines années. Autrement dit, le dossier est ouvert, il est admis, et il n’est pas près d’être tranché. Pour une marque dont les rumeurs de cession reviennent depuis 2017, cet horizon compte autant que la reconnaissance elle-même.
Ducati reconnue dans l’examen par son propre directeur général
Claudio Domenicali, directeur général de Ducati, a confirmé la présence de la marque dans le tour d’horizon engagé par l’actionnaire. Il a indiqué: « Nous avons conscience du projet de l’actionnaire de réexaminer ses participations. Ducati est l’une de ces participations, mais aucune décision définitive n’a été prise concernant Ducati, c’est l’une des évaluations en cours. » Le dirigeant nuance en réaffirmant la solidité opérationnelle de la maison italienne.
Un tri qui porte sur six cents sociétés
La revue en cours ne vise pas Ducati en particulier. Elle porte sur environ six cents sociétés sur les deux mille que compte l’ensemble du groupe, dans le cadre d’un plan validé par le conseil de surveillance qui prévoit de réduire ou de réaligner près d’un tiers des participations et activités non stratégiques. Ducati n’est donc pas une cible désignée, c’est une ligne parmi des centaines d’autres, ce qui explique la formulation prudente employée par la direction.
Ce que la marque de Borgo Panigale pèse réellement
Les comptes 2025 donnent la mesure du dossier. Ducati a livré 50 895 motos dans l’année, contre 54 495 l’année précédente, pour un chiffre d’affaires de 925 millions d’euros après 1 003 millions en 2024. Le résultat opérationnel est tombé à 52 millions d’euros contre 91 millions, soit une rentabilité ramenée à 5,6 % après 9,1 %. La marque reste bénéficiaire, mais le recul est net, et il tient à trois causes que la direction a nommées: les droits de douane appliqués aux États-Unis, premier marché de la marque, l’évolution défavorable du dollar et du yen, et le passage à la norme Euro 5+ qui a privé la gamme du Monster, de l’Hypermotard et du DesertX pendant une partie de l’exercice.
Qui décide vraiment du sort de la marque italienne
La chaîne de propriété explique beaucoup de choses. Ducati a été rachetée à 100 % en 2012 pour 747 millions d’euros, opération passée par Lamborghini, elle-même sous contrôle d’Audi, l’ensemble relevant du groupe Volkswagen. Une décision sur Ducati ne se prend donc ni à Bologne ni à Ingolstadt seule, mais au niveau du conseil de l’actionnaire. Les analystes cités dans la presse financière valorisent aujourd’hui la marque autour de 1,25 milliard d’euros, soit nettement plus que le prix payé il y a quatorze ans.
Évaluation ne veut pas dire mise en vente
Une revue de portefeuille consiste à mesurer la cohérence de chaque participation avec les objectifs financiers et industriels du groupe. Elle ne vaut pas annonce de cession, et les deux dirigeants ont été explicites sur ce point. L’existence d’un examen n’autorise pas à conclure qu’une transaction est en préparation, surtout quand le calendrier annoncé se compte en années.
Le contexte qui pousse Wolfsburg à faire le tri
La situation financière du groupe s’est dégradée, sous l’effet d’un recul de la demande en Chine et de l’impact des droits de douane aux États-Unis. Des fermetures de sites et des cessions ont déjà été engagées, dont la vente de la majorité de la division de moteurs industriels et navals pour 7,4 milliards d’euros. C’est cette mécanique de recentrage, et non un désamour pour la moto, qui amène le nom de Ducati sur la table.
Ce que change l’évolution de la communication
En juillet, le patron de Ducati répondait aux rumeurs en assurant que la marque était autosuffisante et sereine, une sortie alors lue comme un point final face aux spéculations. Deux mois plus tard, la même direction reconnaît que Ducati figure parmi les participations réexaminées, et Audi le confirme ouvertement. La séquence avait déjà connu des rebondissements, dont une offre italienne de 2,5 milliards que le groupe allemand assure n’avoir jamais reçue.
Personne n’a menti en juillet et rien n’est décidé en septembre. Ce qui a bougé, c’est le stade du dossier et l’endroit d’où vient la phrase. Ce qui n’a pas bougé, c’est l’échéance, repoussée par la direction elle-même à deux ou trois ans au moins.
Sources :
- RideApart, propos de Gernot Döllner sur une cession de Ducati
- Teleborsa, citations de Gernot Döllner et périmètre de la revue de portefeuille
- Business People, aucune décision avant deux ou trois ans et historique de l’acquisition
- Ducati Media House, résultats financiers 2025
