MV Agusta visait 10 000 motos à terme, elle en a vendu 1 238 depuis janvier
Les chaînes de Varese seraient à l’arrêt.
Selon la presse spécialisée italienne, MV Agusta aurait suspendu toute production de motos dans son usine historique, pour des raisons financières, après qu’un investissement attendu de Chine a cessé de se concrétiser. La marque n’a pas confirmé ces informations, et rien de ce qui suit n’a fait l’objet d’une communication officielle.
Un protocole signé en juin, rompu depuis
MV Agusta devait recevoir un investissement important de CFMoto. Un protocole d’accord aurait été signé en juin 2026 entre les deux entreprises, prévoyant le rachat de 49 pour cent du capital de la marque italienne par le constructeur chinois, puis une restructuration chiffrée à plusieurs millions d’euros.
Cette restructuration n’aurait jamais démarré. Les représentants de CFMoto auraient mis fin aux discussions, estimant déraisonnables les exigences financières de MV Agusta. Pendant les négociations, la société Circular Economy AG aurait présenté un plan industriel pour l’avenir de l’entreprise, sans que cela suffise à retenir l’investisseur.
C’est en France que cette marque de moto chinoise progresse le plus vite au monde
Mille deux cent trente-huit motos au lieu de quatre mille
Le chiffre qui éclaire tout le reste tient en deux nombres. Après sa séparation d’avec KTM en 2025, dans le contexte des difficultés financières bien documentées du constructeur autrichien, MV Agusta avait annoncé vouloir vendre 4 000 motos dès cette année-là, avec un objectif de long terme fixé à 10 000 unités.
Depuis le début de 2026, la marque n’aurait écoulé que 1 238 exemplaires. L’écart entre l’ambition affichée et la réalité commerciale expliquerait la situation de trésorerie dans laquelle l’entreprise se trouverait aujourd’hui, et il rendait sans doute l’apport extérieur indispensable plutôt que confortable.

Ce que le retrait chinois emporte avec lui
L’accord ne portait pas seulement sur du capital. Il aurait également inclus la possibilité d’un projet commun en MotoGP. CFMoto resterait intéressée par une entrée dans la catégorie reine, mais celle-ci ne se ferait plus aux côtés de MV Agusta.
Cette clause en dit long sur ce que le constructeur chinois cherchait. Une prise de participation dans une marque italienne au palmarès considérable, doublée d’une porte d’entrée en Grand Prix, offrait d’un seul coup ce qu’aucun budget ne permet d’acheter rapidement, une légitimité sportive européenne. La marque de Hangzhou construit depuis plusieurs saisons sa montée en compétition, et son intérêt pour la catégorie reine n’a jamais été un secret.
Le calcul inverse valait aussi. Pour Varese, l’apport chinois ne représentait pas seulement de l’argent frais, mais un accès à une capacité industrielle et à des volumes que la marque n’a jamais atteints par elle-même. La rupture laisse donc les deux parties devant le même problème qu’avant, chacune de son côté.
Côté gouvernance, au moment du rachat des parts détenues par KTM, Hubert Trunkenpolz, qui avait été nommé directeur général de MV Agusta à l’époque où l’entreprise appartenait au groupe autrichien, est devenu président du conseil d’administration de MV Agusta Motor. Luca Martin est passé de co-directeur général à directeur général.

Une marque qui sortait à peine d’un actionnaire en crise
Le calendrier rend la séquence particulièrement rude. MV Agusta venait de reprendre son indépendance après une période sous pavillon autrichien, et cette sortie avait été présentée comme un sauvetage. La maison de Varese avait alors annoncé une stratégie de volume et des modèles plus accessibles destinés à élargir sa clientèle.
C’est le paradoxe permanent de cette marque. Son patrimoine sportif et son aura sont immenses, ses volumes minuscules, et son actionnariat a changé de mains à plusieurs reprises en une vingtaine d’années. Chaque repreneur arrive avec un plan de croissance, et chaque plan bute sur le même mur, celui d’une production artisanale qui coûte cher à faire tourner.
Ce qui reste à confirmer
Aucun de ces éléments n’émane de l’entreprise. MV Agusta n’a pas communiqué de réponse officielle au moment des publications, et son silence laisse la situation ouverte. Un arrêt de production peut être temporaire, technique ou saisonnier autant que définitif, et rien ne permet à ce stade de trancher entre ces hypothèses.
Ce qui est vérifiable, en revanche, tient dans l’écart entre les 4 000 machines annoncées et les 1 238 vendues. Ce chiffre-là ne dépend d’aucune rumeur, et c’est lui qui explique pourquoi la marque avait besoin que quelqu’un signe.
Reste la question que se posent les propriétaires, et à laquelle personne ne peut répondre pour l’instant. Un arrêt de production ne dit rien en soi de la disponibilité des pièces, du réseau ou des garanties en cours, qui relèvent d’organisations distinctes de la chaîne d’assemblage. Mais l’histoire récente de la marque montre que ces sujets finissent toujours par arriver sur la table, et les précédents changements de propriétaire ont laissé des traces.
Sources :
- Visordown
- GPOne, origine de l’information
