Un ingénieur a greffé le quatre-cylindres d’une Coccinelle Volkswagen dans sa BMW R60 pour sa lune de miel : 600 cm³ devenus 1 500
Il existe des motos classiques qui racontent une époque, et d’autres qui racontent une vie.
La BMW Volkswagen “Fikobike” appartient clairement à la seconde catégorie: une BMW R60 transformée en 1967 par Lee Fikes, un homme du secteur pétrolier, avec un choix technique aussi improbable que logique sur le papier. Pour sa lune de miel, il décide tout simplement de remplacer le flat-twin de 600 cm3 de sa BMW par un quatre-cylindres Volkswagen de Coccinelle. Résultat: une cylindrée portée à 1 500 cm3, plus du double de l’origine, et une machine devenue culte par son histoire autant que par son anomalie mécanique.
Automne 1967: quand un voyage impose une idée radicale
Selon les informations parues dans la presse spécialisée, Lee Fikes possède alors une BMW R60, une moto de 600 cm3. À l’automne 1967, il vient de se marier et veut traverser une partie du continent américain pour rejoindre la péninsule du Yucatán, au Mexique, afin d’y passer sa lune de miel. Dans son esprit, le point de départ est simple: voyager à deux, avec sa femme en passagère, exige plus de réserve mécanique qu’une R60 d’origine ne peut lui offrir, du moins à ses yeux.
Plutôt que de changer de moto, Fikes choisit de changer le cœur. L’idée n’est pas seulement de gagner en cylindrée, elle vise aussi la tranquillité d’esprit loin de chez lui. Le Mexique n’est pas un territoire inconnu pour les voyageurs, mais en cas de panne, la disponibilité des pièces peut faire la différence entre une aventure et une immobilisation. C’est là que le raisonnement devient étonnamment pragmatique.
Le choix du moteur: la Coccinelle, solution “universelle”
Fikes se tourne vers un moteur très répandu à l’époque: le quatre-cylindres Volkswagen de la mythique Coccinelle (Beetle). D’après les éléments recoupés, ce choix s’explique par une double promesse: un bloc connu, largement diffusé, donc potentiellement plus simple à dépanner et à alimenter en pièces, et une architecture qui peut s’intégrer dans la moto. La presse spécialisée indique que l’ensemble “s’insérait parfaitement” dans la BMW, point clé pour une greffe de cette ampleur.
La donnée centrale de cette histoire tient en un chiffre: la cylindrée passe de 600 cm3 à 1 500 cm3. Plus du double. Dans l’univers de la moto classique, où l’équilibre châssis-moteur se joue souvent à quelques dizaines de centimètres cubes, le saut est gigantesque. La “Fikobike” naît ainsi autant d’un besoin de voyage que d’un goût assumé pour l’expérimentation.

Une transformation de bricoleur… mais pas d’amateur
La greffe d’un moteur automobile dans une moto ne relève pas de la simple fantaisie. Elle suppose des compétences, de l’outillage et une compréhension fine des contraintes mécaniques. Selon les informations disponibles, Lee Fikes aime “trafiquer” les mécaniques, et il en a les connaissances. Son parcours est évoqué comme celui d’un homme habitué à mettre les mains dans des projets lourds, au point d’avoir travaillé sur un char M4 Sherman, véhicule blindé utilisé par l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale. Ce détail ne sert pas à embellir le récit: il aide à comprendre pourquoi un tel chantier a pu être mené à bien dans un garage privé.
La démarche ne s’arrête d’ailleurs pas au simple échange de moteur. Non content d’installer le quatre-cylindres Volkswagen, Fikes apporte des modifications pour “affiner” l’ensemble. Parmi elles, une pièce ressort: l’ajout d’un cache-culbuteurs Thomas Tomahawk, présenté comme aidant à mieux refroidir le moteur. Dans une configuration atypique, où le moteur ne travaille plus dans son environnement d’origine, la gestion thermique devient un sujet central, et ce type d’amélioration prend tout son sens.
Une moto-outil de voyage, équipée comme un tableau de bord
La “Fikobike” n’est pas seulement une curiosité de musée. Elle est préparée pour rouler, et surtout pour surveiller ce qui se passe. Selon les informations parues, Fikes ajoute de nouveaux éléments d’équipement: des phares, un compteur de vitesse, un compte-tours, un indicateur de pression et de température d’huile, ainsi qu’un indicateur de température de culasse signé Harley-Davidson, installé sur le guidon. L’accumulation d’instruments en dit long sur l’état d’esprit: celui d’un homme qui sait qu’il part loin, avec un montage unique, et qui veut pouvoir lire la santé de sa mécanique en temps réel.
Cette approche “instrumentée” correspond à une logique d’ingénieur ou de mécanicien expérimenté: quand on sort des standards, on compense par l’observation. Dans les années 1960, ce type de tableau de bord n’a rien d’une coquetterie. C’est une assurance technique, surtout sur un long trajet où l’objectif est de profiter du voyage, pas de subir l’imprévu.
Le contraste le plus fascinant: un châssis largement d’origine
Autre élément marquant: malgré ce transplant moteur spectaculaire, la moto conserve plusieurs composants d’origine. D’après les informations disponibles, la BMW visible sur les photos garde ses freins à tambour avant et arrière, avec deux mâchoires à l’avant et une à l’arrière. La suspension avant reste une fourche Earles, et l’arrière utilise toujours un double amortisseur. Le porte-bagages est également indiqué comme étant celui d’origine.
Ce contraste fait partie du charme de l’objet: une base BMW R60 plutôt classique dans son architecture, et au centre, un cœur Volkswagen d’automobile. La “Fikobike” devient alors une sorte de chimère mécanique, à la fois conservatrice et radicale. Conservatrice parce qu’elle ne renie pas tout le reste de la moto. Radicale parce que le moteur, lui, change complètement la nature de l’engin.
Une lune de miel, puis une légende de voisinage
La finalité de la transformation est atteinte: Fikes et son épouse partent en lune de miel avec cette moto préparée. Le récit prend ensuite un ton plus social, presque cinématographique. À leur retour, la moto est reconnue dans le voisinage à son bruit caractéristique. Certains, selon les informations rapportées, identifient même une sonorité rappelant un moteur Offenhauser Indy au ralenti. Sans chercher à trancher sur la comparaison, l’idée est claire: la “Fikobike” ne passe pas inaperçue. Un quatre-cylindres Volkswagen ne sonne pas comme un flat-twin BMW, et l’oreille des passionnés fait le reste.
Comme souvent avec les machines hors normes, l’histoire personnelle finit par s’éloigner de l’objet. La moto est vendue à un autre propriétaire, qui en assure l’entretien. Ce point compte: une transformation aussi singulière peut facilement disparaître, être démontée, ou perdre ses pièces spécifiques. Ici, l’entretien est présenté comme sérieux, ce qui explique que la “Fikobike” soit parvenue jusqu’à aujourd’hui avec son identité intacte.
De l’insolite au patrimoine: une “one-off” qui traverse le temps
La BMW Volkswagen “Fikobike” est décrite comme une création unique, un exemplaire “one-off”. Sa valeur culturelle dépasse la simple liste de pièces: elle illustre une époque où l’on osait, parfois par nécessité, souvent par passion, mélanger les mondes. Une BMW allemande, un moteur de Coccinelle, un projet né pour une lune de miel au Mexique, et une exécution suffisamment crédible pour rouler, voyager, puis survivre aux décennies.
Selon les informations parues, la moto doit être proposée aux enchères via RM Sotheby’s à la fin du mois de septembre. Sans avancer de prix ni de projection, l’essentiel est ailleurs: cette “Fikobike” rappelle que le patrimoine moto ne se limite pas aux modèles de série. Il inclut aussi ces machines impossibles, construites pour une raison très humaine, et devenues, par accident, des pièces d’histoire.
Sources :
- Motorpasion Moto
- rmsothebys.com
