Paul Weller a signé ce Lambretta LI150 Special de 1965 surnommé « Stanley Road » : il part aux enchères, estimé jusqu’à 55 000 £ (environ 63 500 €)
Certaines machines entrent dans la légende parce qu’elles ont gagné des courses, d’autres parce qu’elles ont transporté des générations de motards.
Et puis il existe des deux-roues dont la célébrité tient à un autre carburant: la culture. C’est précisément le cas d’un Lambretta LI150 Special de 1965, devenu une icône pop grâce à son lien direct avec l’un des musiciens britanniques les plus marquants, Paul Weller, et avec un album considéré comme l’un des jalons des années 1990. Plus de 30 ans après sa création pour une opération de promotion devenue culte, ce scooter unique s’apprête à changer de mains. Selon les informations parues dans la presse spécialisée et les éléments de catalogue, il passera aux enchères chez H&H Classics, avec une estimation haute annoncée à 55 000 livres, soit environ 63 500 euros.
Un scooter commandé pour accompagner un album devenu un symbole
Le modèle mis en vente est connu sous un surnom qui parle immédiatement aux amateurs de musique britannique: le Lambretta « Stanley Road ». Il s’agit du scooter ayant appartenu à Paul Weller, commandé pour promouvoir son album solo majeur de 1995 portant le même nom. L’opération ne relevait pas du simple accessoire de communication: elle a produit un objet visuel fort, immédiatement identifiable, au point d’être resté associé à une période précise de la carrière de l’artiste.
D’après les informations publiées, la maison de disques de Paul Weller, Go! Discs, avait fait réaliser trois Lambretta à la peinture personnalisée pour célébrer ses sorties solo. Chacun devait porter un visuel en lien avec l’univers graphique de l’album concerné. Dans ce trio, le plus reconnaissable est précisément ce LI150 Special de 1965, décoré à l’aérographe avec une composition inspirée de la pochette de « Stanley Road ».
Peter Blake, l’art pop au service d’un deux-roues
Ce qui fait basculer ce Lambretta dans la catégorie des pièces de collection au carrefour de l’art et de la moto, c’est aussi la signature visuelle derrière le projet. Les graphismes ont été conçus par l’artiste britannique Peter Blake, figure majeure de la pop culture, notamment connu pour avoir créé la pochette de « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles. Sur ce scooter, l’idée n’est pas de transformer un Lambretta en show-bike spectaculaire, mais d’en faire une surface d’expression, un support d’image au même titre qu’une affiche ou une pochette de disque.
Le résultat a un double effet. D’un côté, il ancre le scooter dans une esthétique immédiatement datable, celle d’une époque où la britpop et l’héritage mod se répondent. De l’autre, il donne à l’objet une provenance artistique claire, documentée, et donc une valeur patrimoniale qui dépasse largement la cote habituelle d’un LI150.

Sous la peinture, un LI150 Special plutôt « standard », mais rapide pour son époque
Si l’habillage retient l’attention, la base technique reste celle d’un Lambretta LI150 Special. Le modèle est apparu en 1963, positionné entre le LI150 « standard » et les versions TV, plus haut de gamme. Selon les informations disponibles, il reçoit une version optimisée du moteur de 150 cm3, associée à une boîte de vitesses aux rapports plus rapprochés. À la clé, des accélérations plus vives et une vitesse de pointe annoncée autour de 95 km/h.
Dans le contexte des scooters des années 1960, cette fiche technique en faisait une machine parmi les plus alertes de son temps. Et c’est aussi ce qui renforce l’intérêt de l’objet: il ne s’agit pas seulement d’une sculpture roulante, mais d’un scooter né pour être utilisé, et suffisamment performant pour porter l’image d’un artiste sans avoir l’air d’un simple décor.
La séance photo qui a scellé son statut d’icône
La bascule dans l’imaginaire collectif se serait jouée peu après la livraison du scooter. Toujours selon les informations publiées, le Lambretta a été emmené à Margate pour une séance photo réalisée par le photographe Lawrence Watson. Ces images sont ensuite devenues indissociables de l’ère « Stanley Road » et figurent parmi les clichés les plus reconnaissables de la carrière solo de Paul Weller.
Dans la mythologie scooter britannique, ce type de photographie peut suffire à graver une machine dans l’histoire, au même titre qu’un passage au cinéma ou qu’une apparition sur une scène. Ici, le scooter n’est pas seulement présent dans le décor: il devient un signe, un marqueur culturel, un trait d’union entre musique, style et mobilité.

Du souvenir de tournée à la vente caritative, puis à la collection
L’histoire du « Stanley Road » ne s’arrête pas à sa fonction promotionnelle. D’après les éléments rapportés, Paul Weller a ensuite donné le scooter à une vente aux enchères caritative au profit de CancerBACUP, à la suite du décès de son ami Ian Dury en 2000. Le scooter change alors de vie: il quitte l’entourage immédiat de l’artiste pour entrer dans une trajectoire de collection, mais sans perdre son ancrage émotionnel et historique.
Le propriétaire actuel l’aurait acquis directement lors de cette vente caritative, après une mise en concurrence évoquée avec un membre du groupe Ocean Colour Scene. Un détail qui, sans changer la nature de la machine, illustre le niveau d’intérêt suscité par cette pièce dès sa première remise sur le marché.
Trois signatures qui transforment un scooter en document
Autre élément décisif pour les collectionneurs: la provenance est renforcée par des signatures. Il est indiqué qu’après cette vente, Paul Weller, Peter Blake et Steve White ont signé les panneaux latéraux du scooter. Ce trio de signatures agit comme une triple attestation: l’artiste propriétaire, l’artiste visuel à l’origine des graphismes, et le musicien associé à cette période.
Dans l’univers des enchères, ce type de détail peut faire basculer un objet du statut de « beau souvenir » à celui de pièce documentée, presque muséale. C’est aussi ce qui explique qu’un Lambretta, même rare et désirable, puisse viser une estimation culminant à 55 000 livres (environ 63 500 euros).

Un deux-roues exposé, puis remis en route, avant une retraite plus prudente
La vie récente du scooter raconte également quelque chose de la façon dont les collectionneurs gèrent les objets à forte charge culturelle. D’après les informations communiquées, le Lambretta a passé une grande partie des deux dernières décennies en exposition statique. Il aurait néanmoins été remis en état pour reprendre la route peu après son acquisition, puis roulé à plusieurs occasions, avant d’être remisé à l’intérieur, dans une approche jugée moins risquée.
Ce choix est classique pour ce type de pièce: maintenir la possibilité de rouler, sans multiplier les kilomètres, afin de préserver l’intégrité d’un objet dont la valeur tient autant à son histoire qu’à son état.
Une vente enrichie de memorabilia, pour raconter une époque
La vente ne se limite pas au scooter. Il est annoncé que le lot s’accompagne d’éléments de documentation et de souvenirs: des exemplaires du magazine Scootering où figure le Lambretta, un tirage en édition limitée issu de la séance photo, l’album « Stanley Road », ainsi que des memorabilia liés au concert hommage à Ian Dury, moment où le scooter a changé de mains pour la première fois dans ce cadre caritatif.
Ce complément est loin d’être anecdotique. Il permet à l’acheteur de repartir avec un récit complet, fait de preuves, d’images et de traces matérielles. Dans une vente où l’émotion et la provenance pèsent autant que la mécanique, ces pièces annexes renforcent la cohérence du lot.
Pourquoi l’estimation grimpe: un scooter au croisement de trois mondes
Au fond, l’intérêt de ce Lambretta LI150 Special « Stanley Road » tient à sa capacité à parler à plusieurs publics à la fois. Aux passionnés de scooters classiques, il offre une base emblématique des sixties, associée à un modèle réputé plus vif que la moyenne, avec une vitesse de pointe annoncée autour de 95 km/h. Aux amateurs de musique, il propose un objet directement relié à un album majeur et à une iconographie célèbre. Aux collectionneurs d’art et de design, il présente une création graphique attribuée à Peter Blake, sur un support inattendu.
Ce mélange explique qu’un simple deux-roues puisse devenir une pièce d’histoire culturelle, et viser une estimation de 55 000 livres (environ 63 500 euros). À ce niveau, l’acheteur n’acquiert pas seulement un scooter, mais un fragment très concret de l’imaginaire britannique des années 1990, posé sur deux roues.
Sources :
- Visordown
- handh.co.uk
