Ce constructeur vend seize millions de deux-roues par an, personne ne le connaît en France
Le 11 septembre 2026 à Dubaï, le premier fabricant mondial de deux-roues électriques, Yadea, a conclu un partenariat stratégique avec l’opérateur africain Spiro.
L’accord vise à fournir des motos et scooters électriques adaptés aux marchés africains et à les intégrer au réseau d’échange de batteries déjà déployé par Spiro. Les deux groupes annoncent aussi la co-conception de modèles pensés pour un usage commercial intensif.
L’usine chinoise et le réseau africain
Le partenariat lie la capacité industrielle de Yadea à l’infrastructure opérationnelle de Spiro. Yadea doit fournir des deux-roues et des produits associés pour les marchés couverts par Spiro, tandis que Spiro intégrera ces véhicules à son réseau d’échange de batteries et à ses services énergétiques. Les sociétés expliquent vouloir concevoir conjointement des machines adaptées aux conditions routières locales et aux usages professionnels, notamment pour les conducteurs de moto-taxi et les livreurs à fort kilométrage quotidien.
Cette moto électrique est annoncée partout, sauf sur le site de celui qui la fabrique
Ce que pèsent réellement les deux partenaires
Les chiffres de Yadea donnent la mesure de sa capacité industrielle : environ 16,3 millions de scooters et vélos électriques vendus en 2025 et une capacité de production d’environ 20 millions d’unités par an, d’après les publications du groupe. Fondé en Chine en 2001, Yadea s’est recentré sur l’électrique dès 2004 et est coté à Hong Kong depuis 2016. Sur le continent africain, le constructeur n’est pas un acteur novice : il indique avoir démarré au Maroc en 2023, conclu des partenariats commerciaux dans plus de vingt pays africains, vendu plus de 48 000 deux-roues en Éthiopie sur trois ans, lancé en juin 2026 au Kenya une moto destinée aux conducteurs de boda-boda et ouvert un magasin phare au Caire le 31 juillet 2026.
Du côté de Spiro, le réseau revendique plus de 130 000 motos électriques en circulation et plus de 2 500 stations d’échange de batteries, opérant dans sept marchés africains. L’entreprise énumère des activités d’assemblage en Ouganda, au Kenya, au Nigeria et au Rwanda, et cite également le Bénin et le Togo parmi les pays servis. Spiro annonce plus de 50 millions d’échanges de batteries réalisés et plus de deux milliards de kilomètres parcourus par sa flotte.

Une croissance très rapide du réseau Spiro
La progression de Spiro est frappante. En octobre 2025, l’opérateur affichait environ 60 000 motos et 1 200 stations dans six pays. Moins d’un an plus tard, les chiffres publiés par l’entreprise montrent que la flotte et le réseau ont plus que doublé. Cette montée en charge s’appuie aussi sur des ressources financières significatives : Spiro a levé 270 millions de dollars lors de son dernier tour de financement en juin 2026.
Pourquoi l’échange de batteries est au cœur du modèle
Sur le continent africain, les deux-roues sont souvent avant tout des outils de travail. Les conducteurs de moto-taxi et les livreurs parcourent des distances élevées quotidiennement. L’obligation d’immobiliser un véhicule plusieurs heures pour recharger une batterie se traduit par une perte directe de revenus. L’échange de batteries permet, en quelques minutes, de remplacer un pack déchargé par un pack chargé et de supprimer ce temps mort. Ce service mobile rend la motorisation électrique immédiatement plus viable pour les usages commerciaux intensifs et accentue l’économie réalisée sur les coûts de carburant.

Un marché qui partait de presque rien
Le marché africain du deux-roues électrique part de très bas. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les ventes sont passées de moins de 1 000 unités en 2020 à environ 70 000 unités en 2025. L’Ouganda en a absorbé plus de 30 000 et le Kenya plus de 25 000, soit les deux pays où Spiro est justement implanté. L’alliance d’un industriel capable de produire en masse et d’un opérateur de stations d’échange vise donc le segment qui roule tous les jours.
Zones d’incertitude autour de l’accord
Plusieurs points restent cependant flous. Les deux entreprises n’ont pas communiqué de nombre précis de véhicules qui seront fournis dans le cadre de l’accord, ni de montant d’investissement, ni de calendrier de déploiement. Elles n’ont pas non plus précisé si les véhicules fournis par Yadea seront assemblés dans les unités africaines de Spiro. L’ampleur opérationnelle et financière de ce partenariat reste donc à établir.
Les prochains pays visés
Spiro a cité l’Éthiopie, le Malawi, le Mali et la République démocratique du Congo parmi les marchés visés par sa prochaine phase d’expansion. Ce sont autant de débouchés potentiels pour les machines de Yadea, qui s’appuierait alors sur un réseau déjà en place au lieu d’avoir à le construire pays par pays.
En l’état, l’opération concentre l’attention sur la question clé : rendre la moto électrique réellement exploitable par ceux qui en vivent. L’échange de batteries, infrastructure rare et coûteuse à mettre en place, reste l’élément capable de transformer une promesse technologique en outil de travail quotidien.
Sources :
- Electrek
- Agence Ecofin
- PML Daily
