Ce pilote du désert emmenait un passager aujourd’hui impensable en course
Dans les déserts du sud-ouest des États-Unis, à la charnière des années 1960 et 1970, une image insolite a durablement marqué la mémoire des courses de désert: un pilote qui n’entamait quasiment jamais une course sans son chien perché sur le réservoir.
Le duo formé par John McCown et Kookie, un bâtard devenu copilote, a participé à ce qu’on estime être plus de trois cents départs, au sein de vraies épreuves de désert, dont la mythique Barstow-to-Vegas.
Un animal devenu copilote du désert
John McCown, pilote américain de courses dans le désert, et Kookie formaient une paire aussi inhabituelle que visible. Kookie prenait place sur le réservoir de la moto, installé sur un petit tapis fixé pour lui assurer adhérence et confort. Il ne s’agissait pas d’une simple attraction: les deux prenaient part à de véritables épreuves, souvent exigeantes, où dunes et terrains cassants mettaient à l’épreuve pilote, machine et copilote.
Le rythme : près de cinquante courses par an pendant six ans
Sur une période couvrant environ six ans, le tandem a tenu un rythme soutenu, disputant près de cinquante courses annuelles dans les étendues désertiques du sud-ouest américain. Ce volume porte le total à plus de trois cents départs, une activité qui dépasse la simple curiosité et inscrit le binôme dans la routine du circuit régional. Ces participations comprenaient des manches réputées du désert, parmi lesquelles figurait l’épreuve Barstow-to-Vegas, tenue pour emblématique du genre.

Un chien qui réagissait au terrain, selon le pilote
Le comportement de Kookie offrait, aux yeux de McCown, plus qu’une présence rassurante. McCown racontait que le chien savait positionner son corps en fonction des variations du sol: il se dressait quand la piste devenait plus molle et se rejetait en arrière à l’approche des bosses. Le pilote rapportait même que, parfois, le chien ressentait le changement de surface avant lui. Ces observations furent présentées comme le récit d’un pilote, et non comme des preuves scientifiques; elles ont néanmoins contribué à forger l’image presque surnaturelle du duo.
Quand le cinéma et la presse ont figé le mythe
La visibilité de McCown et Kookie franchit les frontières du cercle des compétiteurs. Le duo apparaît dans le documentaire On Any Sunday, réalisé par Bruce Brown et sorti en 1971, un film reconnu pour son regard sur les différentes disciplines de la moto et nommé à l’Oscar du meilleur documentaire en 1972. Le film cherchait à montrer les talents propres à chaque discipline: les pilotes de motocross y étaient souvent dépeints comme des esprits libres, les coureurs du désert comme des solitaires. La présence de Kookie dans ce contexte a amplifié la portée symbolique du binôme. Par ailleurs, la paire fut également photographiée et mentionnée dans la presse spécialisée de l’époque, contribuant à sa notoriété.

Entre nécessité et complicité: pourquoi prendre un chien en course?
La décision de McCown de garder Kookie à ses côtés était présentée comme le fruit d’une combinaison de passion et de contrainte. Le pilote liait la poursuite de sa carrière à l’accès aux terrains du désert, lequel dépendait parfois des restrictions administratives gérées par les autorités fédérales responsables de ces espaces. Dans ce contexte, laisser Kookie à la maison n’était pas une option acceptable pour McCown, qui considérait l’animal comme un membre de la famille et, à bien des égards, comme partie intégrante de la moto et de l’expérience de course.
Un héritage qui ne doit rien à un palmarès
Au fil des décennies, le souvenir du tandem s’est transmis sous des formes diverses. Outre l’exposition cinématographique, Kookie et McCown ont été immortalisés par des photographies et des récits, et leur histoire a été reprise dans des ouvrages, y compris des livres destinés au jeune public. Ce qui subsiste tient d’ailleurs moins à des résultats qu’à une image, celle d’un chien solidement campé sur un réservoir au milieu de la poussière, que ceux qui l’ont vue n’ont plus oubliée.
Une pratique aujourd’hui hors cadre compétitif
La scène d’un chien sur le réservoir d’une machine de course appartient aussi à une autre époque. À l’heure où les compétitions sont encadrées par des règlements stricts et mesurées par la télémétrie, transporter un animal de cette manière serait désormais hors de tout cadre en compétition. Cette remarque est posée factuellement, sans jugement, pour souligner la transformation des usages et des normes dans les disciplines off-road depuis l’époque du duo.
Un atelier japonais a greffé des pièces de superbike sur une mini-moto de dix chevaux
Fin de parcours et persistance du mythe
La vie du pilote prit fin le 14 juillet 2011, lorsque John McCown est décédé des suites de complications liées à une opération cardiaque. La mémoire de Kookie et de son rôle singulier au cœur des courses de désert perdure toutefois, comme un rappel que certaines légendes du sport naissent de rencontres imprévues et d’une profonde complicité entre l’homme et l’animal. Là où la réglementation et la technologie ont transformé la compétition, subsiste l’image d’un chien aux oreilles au vent, solidement posé sur un réservoir, compagnon d’aventures dans l’immensité du désert.
Sources :
- Motorpasion Moto
- Cycle News
- Wikipedia
