Les marques chinoises gagnent déjà des titres et le pays vient de se doter de son propre circuit
La Chine fait monter les enchères sur la scène mondiale du deux-roues.
Un nouveau circuit construit à Ningbo, propriété du groupe automobile Geely, représente un investissement d’environ 120 millions d’euros et attire désormais l’attention des organisateurs. Des inspections de la Fédération internationale de motocyclisme ont déjà eu lieu et des négociations sont en cours avec Dorna pour qu’une manche du championnat du monde Superbike, le WorldSBK, se déroule sur ce tracé à partir de 2027.
Ningbo, un coup d’accélérateur industriel et sportif
La construction du circuit de Ningbo illustre la volonté chinoise de passer de simple spectateur à acteur majeur du motocyclisme mondial. L’investissement de 120 millions d’euros, assumé par Geely, n’est pas présenté comme une opération locale, mais comme une tentative d’attirer des compétitions internationales. La venue d’émissaires de la FIM pour inspecter les installations confirme que le site est traité comme un projet d’envergure, même si aucune caractéristique technique du circuit (longueur, nombre de virages, homologation finale) n’a été rendue publique.
WorldSBK 2027 en ligne de mire, MotoGP et Formule 1 restent des ambitions
Les discussions avec l’organisateur du WorldSBK visent une entrée possible du circuit de Ningbo au calendrier 2027. Toutes les parties interrogées ou mentionnées évoquent cependant un processus encore incertain. Si une Wild Card chinoise devait figurer au calendrier, elle pourrait remplacer une manche européenne en difficulté, Balaton Park étant souvent cité comme candidate au remplacement. Importante précision, l’objectif affiché par les autorités chinoises va au-delà du WorldSBK: le MotoGP figure parmi les ambitions, et la Formule 1 est également évoquée comme horizon lointain, malgré la présence déjà établie d’un Grand Prix à Shanghai. Ces objectifs sont présentés comme des stratégies de montée en gamme, et non comme des certitudes signées.
Des marques chinoises qui gagnent déjà sur la piste
Le projet de Ningbo s’inscrit dans un mouvement industriel plus large. Sur la piste, des constructeurs chinois commencent à récolter des succès concrets. Kove est la championne du monde en titre en Supersport 300 et s’engage aussi dans la nouvelle catégorie Sportbikes. ZXMoto court en Supersport, y remporte des manches et se bat pour le titre, tandis que QJMotor participe également à la catégorie, avec des résultats moindres. Cette montée en performance dessine une trajectoire cohérente: après avoir conquis des titres en catégories inférieures, les acteurs chinois investissent désormais dans l’infrastructure pour faciliter l’accès aux catégories supérieures et augmenter leur visibilité internationale.
Pourquoi le WorldSBK est l’étape logique pour la Chine
Le WorldSBK apparaît comme un palier stratégique. Organiser une manche de Superbikes permettrait de mettre en avant des machines proches du commerce, favoriser des équipes locales et donner aux constructeurs chinois une vitrine internationale sans les contraintes techniques et commerciales du MotoGP. Pour les promoteurs du championnat, ajouter une course hors d’Europe répond aussi à une quête de crédibilité mondiale: le WorldSBK cherche depuis plusieurs saisons à élargir son calendrier en-dehors du vieux continent afin de refléter un véritable championnat du monde.
Enjeux géopolitiques et confrontation des modèles industriel et sportif
La manœuvre chinoise combine enjeux industriels, économiques et symboliques. L’installation d’infrastructures modernes, soutenue par un groupe automobile d’envergure, est perçue comme une tentative d’imposer un nouveau centre de gravité dans les sports mécaniques, traditionnellement dominés par des acteurs européens et japonais. Accueillir des compétitions internationales permettrait aussi d’accélérer l’apprentissage technologique des constructeurs locaux, de stimuler la filière et de renforcer la visibilité des marques à l’échelle globale. La rivalité prend ainsi une forme douce, par investissement et présence sportive, plus que par confrontation directe sur les seuls circuits.
Calendrier et décisions: incertitudes persistantes
Plusieurs éléments restent à clarifier. Aucune signature définitive n’a été annoncée, et la présence de Ningbo au calendrier 2027 dépendra des accords entre Dorna, la FIM et les autorités locales. L’inspection de la FIM est un passage obligé, mais ne garantit pas l’intégration immédiate au championnat. Par ailleurs, aucun contrat financier, aucun calendrier officiel et aucune date de signature n’ont été publiés. L’évolution de la situation touristique et logistique, ainsi que la volonté des acteurs européens d’accepter une suppression éventuelle de manche sur le vieux continent, feront peser leur part d’incertitude sur la décision finale.
Prochaine étape: l’arrivée d’un châssis chinois en WorldSBK?
La logique industrielle pousse vers une suite naturelle: voir des motos chinoises alignées au départ d’une manche du WorldSBK sur un tracé chinois. Les succès en Supersport 300 et les performances en Supersport montrent que la technique progresse, les structures se renforcent, et l’ambition commerciale de Geely et d’autres groupes soutient ce mouvement. Reste à savoir si la montée en puissance sportive s’accompagnera d’une reconnaissance des promoteurs internationaux et d’une acceptation par les fans et les équipes, conditions nécessaires pour transformer une ambition en présence durable sur la scène mondiale.
Pour l’instant, la dynamique est claire: des titres déjà glanés, un circuit tout neuf et des négociations engagées. Le calendrier 2027 pourrait être la première concrétisation visible de cette stratégie, mais le chemin vers le MotoGP ou la Formule 1, si tel est l’objectif, sera plus long et semé d’obstacles politiques, économiques et sportifs.
Sources : Motorpasion
Image à la une : une Kove exposée sur un salon européen. Le constructeur chinois est champion du monde en titre en Supersport 300. Photo : MotorideSA, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
