Cette moto allemande se démarrait à la manivelle, comme une voiture
La Mars A 20, surnommée Weisse Mars, symbolise une audace industrielle rare pour l’entre-deux-guerres : construite autour d’une poutre en tôle soudée et rivetée plutôt que d’un cadre tubulaire, elle cache sa transmission dans son ventre et suspend, sous la poutre, un flat-twin fabriqué par Maybach.
Le parti pris esthétique et mécanique de cette machine en fait un objet patrimonial à la fois inhabituel et raffiné.
La maison a commencé par fabriquer des poêles en fonte
La firme Mars trouve ses racines à Nuremberg, fondée par Paul Reissmann en 1873. L’entreprise débute par la fabrication de poêles en fonte, étend sa production à des sirènes, à des machines à affûter puis aux bicyclettes. La construction de motos commence en 1903, d’abord avec des moteurs achetés à l’extérieur, notamment chez Zedel et Fafnir. Le constructeur s’essaie même à l’automobile pendant une courte période, de 1906 à 1908. Ces origines industrielles expliquent un savoir-faire de tôlerie et d’assemblage qui se manifeste plus tard dans la conception singulière de la Weisse Mars.
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Une poutre rivetée là où tout le monde soudait des tubes
Présentée en 1920, la A 20 est l’oeuvre de l’ingénieur Claus Richard Franzenburg. Le modèle, rapidement surnommé Weisse Mars, se distingue par sa silhouette: au lieu d’un cadre tubulaire, la machine repose sur une poutre de section rectangulaire réalisée en tôle d’acier soudée et rivetée. Cette poutre relie la colonne de direction à la roue arrière et abrite la transmission ainsi que la chaîne, dissimulant mécaniquement l’architecture interne de la moto.
Le moteur n’est pas intégré dans cette poutre. Il est logé dans un berceau distinct, fixé sous la poutre porteuse. Cette conception inverse la logique habituelle de l’époque, qui favorise le cadre tubulaire comme ossature principale. La finition et le niveau d’assemblage de la A 20 sont réputés élevés, ce qui a contribué à son prestige initial malgré des conditions économiques difficiles quelques années plus tard.
Le moteur sortait de chez un constructeur d’avions
Autre particularité marquante, le moteur: un bicylindre à plat de 956 cm3, à soupapes latérales et refroidissement par air, dessiné par Franzenburg et fabriqué exclusivement pour Mars par Maybach, constructeur connu pour ses moteurs d’avion. Les deux cylindres sont alignés dans l’axe de la machine, et non disposés transversalement comme sur la plupart des contemporaines. La puissance s’élève à environ 8 ch et le poids de la machine tourne autour de 140 kg, la vitesse de pointe atteignant environ 90 km/h.
Le démarrage s’effectue à la manivelle, un geste hérité de l’automobile de l’époque et peu courant sur une moto, qui renforce le caractère artisanal et singulier de la machine. La transmission primaire est carénée, et la transmission finale circule par chaîne logée à l’intérieur de la poutre, une solution intégrée et esthétique. La A 20 reçoit une fourche à biellettes tirées, qui participe au style particulier de l’ensemble.
Elle n’était pas toujours blanche, malgré son surnom
Malgré son surnom de Weisse Mars, la A 20 n’était pas disponible uniquement en blanc. D’autres teintes figuraient au catalogue, mais c’est le blanc qui a marqué les esprits et fixé le surnom. La A 20 n’est pas restée un modèle isolé: elle a engendré une lignée comprenant la A 23, la MA 25, la MA 27, puis la MA 1000 Sport. Cette dernière, apparue en 1928, fait évoluer quelques éléments en adoptant une fourche à parallélogramme et un système de lubrification à circulation, un raffinement peu répandu à l’époque. L’architecture de Franzenburg, basée sur la poutre porteuse et le moteur suspendu dessous, demeure cependant le fil conducteur de toute la famille.
L’hyperinflation a stoppé la production en 1924
La production de la A 20 s’interrompt en 1924, au plus fort de la période d’hyperinflation qui affecte l’Allemagne. La fabrication reprend ensuite en 1926. Entre-temps, les frères Johann et Karl Müller relancent la construction des modèles de 1925 sous la marque MA. Ces à-coups disent quelque chose de l’époque: une machine dessinée sans compter, finie à un niveau très élevé, arrivée sur un marché où la monnaie perdait sa valeur d’une semaine sur l’autre. Le dessin n’avait rien à se reprocher, le calendrier tout.
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Un musée de design l’a mise dans ses collections
Plus qu’une curiosité mécanique, la Mars A 20 est aussi perçue comme un objet de design. Sa poutre en tôle, la finition soignée et l’intégration des éléments mécaniques en font une pièce qui attire l’attention des conservateurs et des amateurs. Des exemplaires restaurés figurent aujourd’hui au Technik Museum de Sinsheim, et la machine est également conservée dans un musée de design à Munich. Ces présences muséales confirment que la Weisse Mars n’est pas seulement un artefact technique, mais aussi une création industrielle où l’esthétique et l’innovation se rencontrent.
La Mars A 20 reste ainsi une anomalie fructueuse au sein de l’histoire motocycliste: une moto bâtie autour d’une poutre de tôle, animée par un boxer sorti des ateliers d’un motoriste d’avion, et lancée à la manivelle, qui témoigne des audaces d’un constructeur de Nuremberg face aux contraintes de son temps.
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