Elle lance un side-car à plus de 220 km/h sur un lac de sel, et le moteur n’est pas le problème
Sur le lac salé de Bonneville, l’anomalie prend aussi la forme d’un trois-cylindres massif relié à un panier lesté.
Liane Langlois, première Canadienne détentrice d’un record du monde de vitesse homologué par la Fédération internationale, revient tenter sa chance avec le même attelage Triumph Rocket III qui lui a valu un record de 219,404 km/h. La machine, bâtie sur une base de Rocket III Roadster de 2012 préparée par JKR Powersports et animée par un moteur de 2 295 cm3, revient en 2026 avec des évolutions aérodynamiques qui changent la donne.
Un trois-cylindres de grosse routière attelé à un panier lesté
L’engin est tout sauf discret: un trois-cylindres de 2 295 cm3, un bloc de grosse routière, accouplé à un panier volontairement lesté pour stabiliser l’ensemble. Cette configuration, déjà surprenante sur la ligne de départ, a permis d’établir en 2025 une marque à 219,404 km/h. Le côté spectaculaire de l’attelage tient autant à sa mécanique qu’à la physionomie du pilotage: l’ajout d’un panier transforme radicalement le comportement comparé à une moto solo.
Le carénage la fait changer de catégorie, donc repartir de zéro
Pour 2026, l’équipe a ajouté un carénage avant et un cache-roue sur le panier. Ces éléments aérodynamiques, conçus pour réduire la traînée, ont une conséquence administrative aussi importante que technique: l’attelage bascule dans la Division B de la réglementation FIM, catégorie qui regroupe les sidecars partiellement carénés. Le transfert de catégorie signifie que la tentative ne vise pas à améliorer directement le record personnel obtenu précédemment. Liane Langlois repart d’une feuille blanche dans une nouvelle division, avec la possibilité d’inscrire un record inédit pour cette configuration.

Ce qu’elle espère aller chercher cette fois
La pilote estime que le record de l’an passé avait été bridé par l’état du sel et les conditions météorologiques. Avec une surface supposée plus favorable et la nouvelle carrosserie, l’ambition est de dépasser 220,5 km/h, soit plus de 137 miles par heure, et de pousser confortablement la machine au-delà de 220 km/h. Un objectif encore plus ambitieux, fixé précédemment à 225,3 km/h (140 miles par heure), avait dû être écarté l’année dernière en raison de la dégradation du sel et de la météo qui rendaient toute attaque plus risquée.
Le vrai adversaire, c’est de garder l’engin dans l’axe
La principale difficulté de l’exercice n’est pas seulement la tenue de route à pleine puissance, elle se trouve dans l’effort physique de maintenir l’attelage dans l’axe. À haute vitesse, un attelage ne se comporte pas comme un deux-roues: il tend à tirer d’un côté, à générer des couples latéraux et des sollicitations sur le pilote qui obligent à des corrections permanentes. Langlois explique que garder l’ensemble droit demande beaucoup plus d’effort que piloter une moto classique, une contrainte souvent sous-estimée par les spectateurs qui ne voient que la vitesse. La précision du pilotage et la résistance physique deviennent des facteurs déterminants, presque autant que la puissance et l’aérodynamique.
La machine dort à mille quatre cents kilomètres de chez elle
Un autre facteur non négligeable pèse sur la préparation: la machine est basée à environ 1 400 km de la ville d’Edmonton, en Alberta, dans le quartier général de l’équipe situé dans le Dakota du Nord. Cette distance a empêché des essais prolongés des modifications apportées au cours des douze derniers mois. L’absence de roulage de développement complique l’équation, puisque les adaptations aérodynamiques n’ont pas pu être éprouvées longuement avant d’atteindre le lac salé. Ainsi, l’équipe prévoit de consacrer la première passe à comprendre le comportement du nouvel ensemble, avant d’engager une montée en vitesse.
Une première passe pour comprendre, ensuite seulement attaquer
La stratégie adoptée sur place est simple et méthodique: une première tentative servira à évaluer l’impact du carénage sur la tenue de route et la stabilité, puis, selon les retours, des passages de plus en plus engagés permettront de chercher la limite. Cette approche prudente reflète la réalité du sport sur sel, où la marge entre réussite et incident est souvent mince et dépendante de paramètres aussi divers que la granulométrie du sel, l’humidité, le vent, et l’usure de la surface au fil des journées.
Le sel reste l’arbitre de toute l’affaire
Les Bonneville Motorcycle Speed Trials, programmés du 23 au 27 août 2026, constituent un théâtre de choix pour ce type d’entreprise, favorisant les configurations insolites et les exploits hors normes. L’attelage Rocket III de Liane Langlois incarne cette hybridation entre puissance brute et ingénierie artisanale, un mélange où la singularité technique se conjugue avec l’endurance physique du pilote. Le lac salé reste cependant l’arbitre ultime: conditions et décisions humaines détermineront si l’anomalie accomplira un nouveau chapitre dans l’histoire des records.
Cette moto n’avait ni fourche ni boîte de vitesses et elle s’est vendue par milliers
Ce qui pourrait changer la donne
Plusieurs éléments conditionneront l’issue de la tentative: la qualité de la surface au moment des runs, la manière dont le carénage influe sur la stabilité latérale, la capacité du pilote à gérer l’effort physique prolongé, et la progression prudente du programme de montée en vitesse. Tant que ces inconnues ne seront pas levées sur le sel, il restera difficile d’anticiper un résultat. À l’heure actuelle, aucun chrono nouveau n’a été annoncé, la tentative devant se dérouler au cours des journées prévues.
Sources :
- Visordown
- Bonneville Motorcycle Speed Trials
