Cette moto compte 48 cylindres et elle a le droit de circuler sur route
La Whitelock Tinker Toy se présente comme une anomalie mécanique à la fois spectaculaire et administrative.
Construite en 2003 par le Britannique Simon Whitelock, elle détient le record Guinness du véhicule terrestre en état de marche comptant le plus de cylindres. Cette machine rassemble quarante-huit cylindres pour une cylindrée totale de 4 200 cm3, issue d’un assemblage hors norme de seize moteurs Kawasaki KH250 trois-cylindres deux-temps.
Naissance d’une curiosité: assembler l’improbable
Le projet se distingue par une logique de mécano-assemblage systématique: seize blocs moteurs de série ont servi de matière première. Les carters d’origine ont été découpés pour en retirer les boîtes de vitesses, puis soudés entre eux afin de former des blocs de huit cylindres en ligne. Ces blocs ont ensuite été empilés et alignés, maintenus par de grandes plaques d’aluminium placées à chaque extrémité, pour composer une architecture moteur inédite.
Sur chaque flanc de la moto, trois de ces blocs de huit cylindres prennent place, soit six bancs de huit au total. L’opération a demandé de repenser la façon dont des éléments préexistants peuvent être réunis pour fabriquer un ensemble cohérent: des pièces d’origine transformées et réassemblées deviennent ainsi un moteur collectif à l’échelle d’un véhicule unique.
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La mécanique détaillée: du carter découpé aux plaques d’aluminium
Le procédé de fabrication repose sur la modification des carters moteurs. En retirant les boîtes de vitesses des moteurs Kawasaki KH250 puis en soudant les carters entre eux, chaque groupe de trois cylindres d’origine est recombiné pour former des lignes de huit cylindres. Ces lignes sont ensuite alignées et verrouillées par d’importantes plaques d’aluminium placées à leurs extrémités, assurant la rigidité et l’alignement nécessaires au fonctionnement collectif du moteur.
Ce montage transforme des éléments standard en une mécanique composite: loin d’une simple juxtaposition, la fabrication cherche l’homogénéité d’ensemble, avec des solutions spécifiques pour la tenue structurale et la synchronisation des organes. La configuration finale, six bancs de huit cylindres, donne la dimension industrielle du projet, même si elle conserve un caractère artisanal dans la manière dont les pièces de série ont été retravaillées.
Transmission: comment seize moteurs finissent par entraîner une seule roue
La transmission reprend l’idée d’intégration. Une plaque de fixation arrière aligne les moteurs de façon à ce qu’ils puissent être reliés par un entraînement par pignons. Ce train de pignons mutualise la puissance mécanique des moteurs et l’achemine vers une boîte de vitesses issue d’une BMW K100. La sortie de cette boîte alimente ensuite une transmission par arbre qui relie le groupe motopropulseur à la roue arrière.
Ce choix technique illustre la volonté d’obtenir une transmission robuste et compatible avec une utilisation sur route, en s’appuyant sur une boîte de vitesses éprouvée et un arbre de transmission plutôt que sur des solutions plus fragiles ou expérimentales.
Un statut légal étonnant: homologuée pour la route au Royaume-Uni
La singularité de la Whitelock Tinker Toy ne réside pas seulement dans sa mécanique, mais aussi dans son statut administratif. La machine est homologuée pour la route au Royaume-Uni, ce qui fait d’elle une exception parmi les créations extravagantes: non seulement un exercice d’ingénierie, mais un véhicule apte à circuler sur la voie publique selon la réglementation locale.
Cette homologation transforme la pièce de curiosité en objet patrimonial roulant, capable d’être immatriculée et identifiée. Et il y a de quoi immatriculer: la machine pèse 600 kg. Le cadre a été fabriqué sur mesure, la partie avant provient d’une Honda Gold Wing dont la fourche a reçu des ressorts supplémentaires, les jantes Hagon sont rayonnées en gros rayons, et le courant est fourni par un alternateur de voiture. La machine est par ailleurs passée en vente aux enchères, décrite comme une Whitelock Tinker Toy de 4 200 cm3 de 2003, portant le numéro de cadre SW000048, information qui fixe son identité administrative et son ancrage dans les registres des véhicules.
Un nom, une référence: pourquoi «Tinker Toy»
Le surnom Tinker Toy n’est pas anodin. Il ferait référence à l’appellation d’un des bombardiers B-17 Flying Fortress de la Seconde Guerre mondiale. Cette allusion renvoie à l’image d’un assemblage complexe et modulaire, comparable aux jouets de construction du même nom ou aux innombrables éléments réunis pour créer une machine plus grande que la somme de ses pièces.
Ce choix de nom renforce l’impression d’un objet bricolé à partir de composants existants, requalifiés pour donner naissance à une mécanique d’exception, à mi-chemin entre l’artisanat et l’expérimentation industrielle.
Quarante-huit ou quarante-neuf, ce que dit le décompte
Certaines publications évoquent 49 cylindres, et elles n’ont pas tort. Les seize Kawasaki KH250 en fournissent bien quarante-huit, ce que confirme le numéro de cadre SW000048. Mais il en existe un quarante-neuvième, d’une tout autre nature: un cylindre supplémentaire de 125 cm3, installé pour servir de moteur de lancement. Il met l’ensemble en route, puis on l’arrête une fois que les autres tournent, exactement comme le ferait un démarreur. Le record, lui, porte sur les quarante-huit.
Une pièce de patrimoine, hors normes et homologuée
La Whitelock Tinker Toy se situe à l’intersection du patrimoine mécanique et de l’anomalie technique. Elle illustre ce que peut devenir la récupération créative lorsqu’elle se combine à une ambition de fabrication: seize moteurs de série découpés, ressoudés en blocs de huit et empilés entre deux plaques d’aluminium pour former une mécanique unique, légalement apte à circuler sur route. Plus qu’un exercice de style, la machine laisse une trace administrative et matérielle, visible dans son immatriculation et son passage aux enchères, qui garantit sa survivance comme curiosité mécanique.
Sources :
Image à la une : la Whitelock Tinker Toy, conservée au Barber Vintage Motorsports Museum. Photo : Nheyob, CC0, via Wikimedia Commons (recadrée).
