Ducati Panigale V4 S contre V2 S à Valence : 60 km/h d’écart en pointe, mais le plaisir sur circuit ne suit pas la logique des chiffres
Deux Panigale, un même tracé, et une question qui dépasse largement le simple verdict du chronomètre.
Sur le circuit Ricardo Tormo de Valence, les Ducati Panigale V2 S et Panigale V4 S se retrouvent face à face, comme deux interprétations d’une même idée: la sportive italienne moderne, désirable, affûtée, et bardée de solutions haut de gamme. Sur le papier comme à l’œil, la hiérarchie semble évidente. La V2 S apparaît comme la “petite sœur”, presque un copier-coller esthétique de la V4 S. Pourtant, une journée de roulage suffit à révéler une réalité plus nuancée: la V4 domine au chrono, mais la V2 peut s’imposer dans le cœur, surtout quand la notion de plaisir durable entre en jeu.
Deux sœurs, une silhouette: la famille Panigale en miroir
Premier constat dans les stands: les ressemblances sautent aux yeux. La Panigale V2 S reprend les codes de la V4 S au point de donner l’impression d’un modèle réduit à l’échelle 1:1. Seule exception vraiment visible, les ailerons (winglets) qui distinguent la V4 S et trahissent immédiatement son ambition plus radicale.
Les détails renforcent cette proximité. Les deux versions S arborent des fourches Öhlins dorées. Le nom Brembo s’affiche sur de gros étriers fixes, prêts à mordre des disques marqués par des freinages appuyés. À l’arrière, la signature Ducati est là aussi: un bras oscillant double, ajouré de larges ouvertures latérales, qui encadre la roue comme un élément de design autant que de technique.
À ce stade, difficile de ne pas penser à une référence connue du segment: la logique “deux cylindrées, deux caractères, une même silhouette” rappelle ces gammes où la version la plus puissante attire les regards, tandis que la déclinaison plus accessible devient, pour beaucoup, la meilleure porte d’entrée dans l’univers hypersport.
Deux philosophies: V2 accessible contre V4 brute et ultra assistée
Sur le Circuit Ricardo Tormo, les deux Ducati expriment des intentions très différentes. D’un côté, la Panigale V2 S mise sur une ergonomie jugée plus accessible et sur le pulsé d’un V2, avec une approche qui incite à rouler propre, à se faire plaisir, et à construire un rythme. De l’autre, la Panigale V4 S joue la carte de la puissance “brachiale” et d’une électronique plus poussée, pensée pour encadrer une cavalerie et des performances de tout premier plan.
En clair, la V2 S ressemble à une sportive avec laquelle il est possible de dialoguer. La V4 S, elle, impose davantage ses règles: tout va plus vite, tout arrive plus fort, et l’attention du pilote est sollicitée en permanence.

Le verdict du chrono ne surprend personne: la V4 prend 60 km/h en pointe
Au moment de parler performance pure, le match se déséquilibre immédiatement. Selon les informations parues, la “petite” Panigale n’a aucune chance au chronomètre face à la V4 S, et ce n’est pas un scandale: c’est la logique même de la gamme. L’écart le plus parlant est aussi le plus simple à comprendre pour n’importe quel motard: la Panigale V4 S affiche une vitesse de pointe supérieure de 60 km/h.
Sur un circuit, 60 km/h de plus en bout de ligne droite ne se résument pas à une statistique flatteuse. Cela change la manière d’aborder le freinage, la gestion du trafic, la façon de préparer les sorties de courbe, et même la charge mentale. La V4 S ne “va pas juste plus vite”, elle accélère l’ensemble du film, et impose au pilote de penser plus tôt, d’agir plus vite, et de rester précis plus longtemps.
La V4 S impressionne, mais elle épuise: 20 minutes deviennent un défi
La surprise du duel ne se trouve pas dans la pointe ou la capacité d’accélération. Elle apparaît au moment d’enchaîner les tours. D’après les observations sur piste, rouler vite avec la Panigale V4 S fatigue. Beaucoup. Un relais complet de 20 minutes est décrit comme un vrai défi physique, y compris pour un pilote entraîné.
Ce constat en dit long sur la nature de la moto. Quand la puissance est qualifiée de brutale et que l’électronique doit canaliser le potentiel, le pilote finit par travailler à chaque virage: tenir la position, encaisser les freinages, rester lucide dans les changements d’angle, et surtout conserver la finesse nécessaire pour ne pas se faire “déborder” par la machine. Sur un tracé technique comme Ricardo Tormo, où le rythme se construit sur la répétition et la précision, l’intensité de la V4 S devient une forme d’effort continu.

La V2 S, l’autre vérité du circuit: le relais “bien-être”
Face à cette V4 S impressionnante, la Panigale V2 S renverse la table sur un autre terrain: celui du plaisir tenable, tour après tour. Toujours selon les informations recueillies sur place, un relais sur la V2 S s’apparente presque à une séance de bien-être. La moto flatte son pilote tant qu’il ne la brusque pas, et tant qu’il privilégie le plaisir au chrono.
Cette phrase résume une philosophie qui parle à de nombreux passionnés, notamment ceux qui roulent pour progresser et se faire plaisir plutôt que pour “gagner” une session. La V2 S donne l’impression d’être une sportive qui accompagne, qui récompense la propreté de pilotage, et qui laisse davantage de marge pour respirer. Le résultat, c’est une moto moins intimidante dans l’intensité, et donc plus facile à apprécier sur la durée.
Dans un univers hypersport souvent dominé par la course à la performance, cette capacité à enchaîner sans s’user devient une qualité majeure, surtout pour le motard malin qui veut rouler souvent, longtemps, et sortir de la piste avec l’envie d’y retourner, pas avec les avant-bras en feu.
La meilleure Panigale, vraiment: celle du chrono ou celle du sourire?
Poser la question de “la meilleure” oblige à préciser le critère. Si l’objectif est de signer le tour le plus rapide, la V4 S s’impose logiquement, et l’écart de 60 km/h en vitesse de pointe illustre à lui seul l’ampleur du fossé. Mais si le but est de vivre une expérience sportive sans se faire essorer, la V2 S marque des points décisifs.
La V4 S incarne la Panigale que l’on imagine dans les posters: spectaculaire, extrême, et capable de performances qui exigent un vrai engagement. La V2 S incarne une autre idée de la sportive italienne: un modèle qui donne accès à l’esthétique, au feeling et à l’ADN Panigale, avec une relation plus simple, plus “humaine”, et donc plus facile à assumer pour un pilote qui n’est pas un athlète ou qui ne vise pas la guerre du chrono.
Ce que ce duel dit aux passionnés… et aux primo-accédants
Ce comparatif sur piste rappelle une évidence souvent oubliée: la performance maximale n’est pas toujours le meilleur chemin vers le plaisir maximal. La V4 S peut être la réponse idéale pour ceux qui veulent l’outil le plus radical et qui acceptent l’exigence physique et mentale qui va avec. La V2 S, elle, ressemble à la sportive qui donne envie de multiplier les sessions, de rouler plus souvent, et de progresser sans se sentir constamment au bord de la sanction.
Pour un motard qui découvre la piste ou qui cherche une sportive utilisable sans transformer chaque roulage en épreuve, la V2 S apparaît comme une option particulièrement cohérente. Le chrono dira toujours autre chose, mais le plaisir, lui, se mesure aussi à la facilité avec laquelle la moto laisse son pilote répéter l’effort, apprendre, et ressortir du circuit avec une satisfaction intacte.
Au final, ce duel de sœurs montre que Ducati ne propose pas seulement deux niveaux de performance. La marque propose deux manières de vivre la même passion: la Panigale V4 S pour l’intensité brute et la démesure, la Panigale V2 S pour l’endurance du sourire et une accessibilité qui, sur un circuit comme Ricardo Tormo, peut valoir de l’or.
Sources :
- Motorrad
- www.roadracingworld.com
- amcn.com.au
