Elle développe plus de 400 chevaux, et pourtant elle n’arrive pas à les transformer en vitesse
La Buell Project Leviathan a fait une entrée remarquée à la Speed Week de Bonneville, mais loin des fantasmes de records immédiats.
Conçue sur une base 1190 turbocompressée et créditée par son constructeur de plus de 407 ch et de plus de 292 Nm à la roue arrière, la machine a pourtant atteint une vitesse maximale relevée de 287,3 km/h sur le lac salé. L’écart avec l’objectif déclaré de franchir la barre des 402 km/h met en lumière les singularités d’un engin extrême confronté à la réalité du terrain.
Une machine hors norme née d’un prototype Super Cruiser
Le projet Leviathan naît d’une logique de dérivé radical d’un prototype Super Cruiser. Sur le papier, la combinaison promet une brute de puissance apte à défier les limites. Dans les faits, l’assemblage d’éléments extrêmes donne une machine dont le comportement reste à dompter en conditions réelles, ce que la semaine sur le sel allait rappeler sans ménagement.
Première sur le sel: licences, prudence et apprentissage
La Speed Week représentait une première à plusieurs égards. Ni la moto ni son pilote, Jacob Stark, n’avaient déjà couru sur le lac salé. La Leviathan n’avait jamais roulé en dehors des essais et des sessions sur banc de puissance avant cette sortie en compétition. La procédure de licence de Bonneville impose une montée en intensité: le pilote doit prouver sa maîtrise à des vitesses croissantes pour valider successivement des catégories. Le premier passage visait la licence D, qui requiert de dépasser 201 km/h. L’équipe a donc opté pour une sortie volontairement sobre, en conservant la seconde vitesse, avant de regagner les stands pour inspections et réglages.

Quand le comportement change au-delà de 241 km/h
Selon le constructeur, la Leviathan a montré une évolution de caractère nette dès que Jacob Stark a dépassé 241 km/h, repéré au marqueur des 3,2 km. Au-delà de cette vitesse, la moto a exigé une série de corrections techniques et d’ajustements sur plusieurs jours afin d’être rendue apte à des tentatives plus rapides. Cette phase d’apprentissage a rappelé qu’une puissance annoncée ne se traduit pas mécaniquement en vitesse de pointe sur un lac de sel.
Le détail qui cristallise l’anomalie: la roue arrière tourne bien plus vite que la moto
Le point le plus troublant relevé par l’équipe concerne la relation entre les rapports et la vitesse de la roue arrière. En enclenchant le quatrième rapport, la roue arrière atteignait une vitesse de rotation correspondant à environ 322 km/h, alors que la moto elle-même roulait nettement moins vite. Le pilote a donc dû apprendre à contrôler la machine dans des conditions proches d’un burn-out roulant, à plus de 282 km/h. Ce phénomène illustre l’écart possible entre la seule puissance moteur et la capacité effective à transformer cette puissance en propulsion contrôlée sur une surface aussi instable que le sel.

La progression vers le Long Course et la performance enregistrée
Après plusieurs jours d’ajustements et d’entraînement, Jacob Stark a obtenu la licence B nécessaire pour accéder au Long Course. Cette catégorie offre environ huit kilomètres d’accélération, contre des parcours plus courts d’environ 3,2 et 3,6 km lors des stades précédents. C’est sur cette distance élargie que la Leviathan a établi sa meilleure vitesse de la Speed Week: 287,3 km/h. Ce résultat, obtenu après avoir franchi les étapes administratives et techniques, montre d’abord que la machine peut courir sur le sel, sans toutefois atteindre la vitesse de l’objectif initial.
Puissance annoncée versus réalité du sel
Le contraste entre les chiffres du banc et la vitesse sur le lac rappelle une règle simple mais souvent négligée: Bonneville n’est pas un banc de puissance. Extraire 400 chevaux d’un bloc est une prouesse d’ingénierie, mais transférer ces chevaux au sol sur une surface friable exige maîtrise, adhérence et souvent des compromis mécaniques. La Leviathan, telle qu’elle s’est présentée, illustre cette dialectique: une puissance d’apparat et des défis d’exploitation. Les ajustements constants décrits par l’équipe, et le comportement changeant de la moto à mesure que la vitesse augmente, montrent que la mise au point en conditions extrêmes reste un travail d’orfèvre.

Patrimoine mécanique et anomalie technique: la Leviathan comme cas d’école
Au-delà de la performance chiffrée, la Leviathan représente un objet hybride, à la croisée du patrimoine technique et de l’anomalie. Construite à partir d’une plateforme 1190 turbocompressée, elle concentre des solutions techniques radicales et des ambitions de record. L’anomalie la plus frappante reste la dissociation observée entre la vitesse de rotation de la roue et la vitesse réelle de la moto, un symptôme qui met en lumière la difficulté de traduire la puissance potentielle en vitesse contrôlée sur sel. De ce point de vue, l’expérience de Bonneville agit comme un révélateur: le projet a prouvé qu’il pouvait courir sur le lac, mais il a aussi mis en évidence ce qu’il reste à maîtriser.
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Leviathan : enseignements et pistes d’amélioration
La Speed Week a fait apparaître plusieurs enseignements clairs. La validation des licences a exigé une montée progressive des vitesses et du contrôle pilote, privant l’équipe d’une entrée directe dans la quête du 402 km/h annoncé. Les comportements imprévus de la transmission et de la roue arrière ont nécessité des modifications techniques et un apprentissage simultané du pilote. Enfin, l’expérience confirme que la conversion de la puissance en vitesse sur sel passe par une série de compromis mécaniques et d’aptitudes humaines. La Leviathan a prouvé qu’elle pouvait courir sur le lac, mais elle reste une machine à tempérament, qui réclame du temps et des itérations pour transformer des chevaux de banc en kilomètres-heure sur le sel.
L’épisode de Bonneville ouvre une page du récit de cette machine hors norme. Plus qu’un échec ou une victoire définitive, cette première sortie illustre la complexité d’un projet ambitieux, oscillant entre patrimoine technique et anomalies de fonctionnement, et rappelle que la route, ou plutôt le lac, vers les grands chiffres passe par des étapes d’apprentissage serrées.
Sources :
- Visordown
- Buell Motorcycle
- SCTA Speed Week
