Emmurée pendant 50 ans, cette moto cachait une innovation qu’aucun constructeur n’avait osée
En 1967, la démolition d’un mur de briques dans un immeuble d’un faubourg de Chicago a révélé une découverte improbable: une motocyclette entière, portant des plaques de 1917 et l’inscription « Traub ».
Le propriétaire de l’immeuble a alors raconté que son fils avait volé la machine avant de partir à la Première Guerre mondiale et qu’il n’était jamais revenu. Depuis cette réapparition, la moto, unique en son genre, alimente un mystère qui perdure: qui l’a construite et pourquoi a-t-elle été cachée pendant des décennies?
Une découverte digne d’un roman: la Traub retrouvée derrière un mur
Le contexte de la mise au jour confère à la Traub un caractère presque mythique. Un artisan chargé de réparations a enlevé une cloison et est tombé nez à nez avec la moto, intacte malgré l’enfermement. Les plaques datées de 1917 et la marque gravée ou peinte « Traub » ont immédiatement attiré l’attention, mais n’ont pas livré leurs secrets. L’histoire orale liée au vol présumé par le fils du propriétaire et à son départ pour la guerre explique peut-être pourquoi la machine fut dissimulée, mais n’explique pas qui l’a conçue ni produit.`
Une construction artisanale, datée par des éléments industriels
La Traub se distingue par une grande part de travail à la main: le cadre, la carrosserie et de nombreuses pièces semblent usinés ou façonnés artisanalement, à une époque où la production de masse commençait à s’imposer. Cependant, la présence d’éléments commerciaux permet d’ancrer la machine dans son époque. Le carburateur, la magneto, la selle et les jantes proviennent de fournisseurs connus de l’époque, ce qui permet aux spécialistes de situer la moto autour de 1916. Ces composants d’origine, mêlés à des pièces fabriquées sur mesure, donnent à l’ensemble une allure de prototype soigneusement assemblé.
Autre détail révélateur, la moto était accompagnée de trois boîtes à outils. Les outils qu’elles contenaient sont spécifiquement ajustés à cette machine et ne correspondent à aucune autre moto connue. Ces instruments sur mesure renforcent l’hypothèse d’un constructeur unique ou d’un atelier ayant réalisé un exemplaire sur commande, plutôt que d’une production en série.
Un frein arrière à double action, une trouvaille technique
La Traub intrigue surtout par une solution de freinage inédite: le frein arrière fonctionne selon un principe de double action commandé par une seule came. Cette came agit en poussant un jeu de mâchoires internes qui s’écartent, tout en tirant simultanément sur un ensemble externe qui se resserre. Ce mécanisme, combinant action interne et externe en un seul mouvement, apparaît comme une innovation mécanique rare, inusitée dans la production motocycliste américaine connue. Pour les observateurs, il s’agit d’une preuve supplémentaire que la machine était en avance sur son temps, du moins sur l’idée d’optimiser le freinage par un simple organe mécanique.
Du vol présumé au musée: le parcours étonnant d’une seule exemplaire
Après sa découverte, la Traub n’est pas restée longtemps ignorée. Elle a circulé entre collectionneurs et passionnés, appartenant entre autres mains à des figures notables du milieu motocycliste. À un moment de son histoire, la moto a été détenue par Bud Ekins, cascadeur et collectionneur connu pour ses liens avec le cinéma motocycliste. Finalement, la machine a intégré les collections d’un musée spécialisé en Amérique du Nord, où elle figure désormais parmi les pièces les plus rares et les plus commentées.
À l’exposition, la Traub attire les regards non seulement pour son esthétique d’époque, mais aussi pour les questions qu’elle soulève. Des visiteurs ont eu la chance d’entendre la moto tourner lors de démonstrations, ce qui ajoute une dimension vivante à cette énigme mécanique. Pour les conservateurs, la Traub illustre parfaitement la frontière entre innovation individuelle et histoire industrielle, et rappelle combien certaines pièces peuvent surgir du passé avec plus de questions que de réponses.

Une identité incertaine: qui était Traub?
Le nom inscrit sur la moto oriente naturellement les recherches vers une piste personnelle. Les éléments disponibles laissent penser que la machine pourrait être liée à un certain Richard Traub, également orthographié Traut dans quelques hypothèses, qui exploitait ce qui est présenté comme un atelier ou une boutique de motocyclettes attenante à un domicile à Chicago. Cependant, aucune preuve documentaire définitive n’a permis d’affirmer que Richard Traub fut le constructeur de l’appareil. L’absence de registres de production, de brevets ou d’autres exemplaires complique la tâche des historiens et des collectionneurs.
Plusieurs facteurs contribuent à ce flou: la construction largement artisanale, l’absence d’archives commerciales retrouvées, et la trajectoire personnelle du véhicule, détourné puis caché. La combinaison de ces éléments explique que la Traub soit restée, malgré sa sortie de son mur de brique, une énigme persistante pour les spécialistes de la moto ancienne.
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Pourquoi la Traub fascine encore aujourd’hui
La Traub incarne une part précieuse de l’histoire technique et sociale: c’est l’image d’une innovation isolée, née peut-être d’un esprit inventif local, qui n’a pas été accompagnée d’une production industrielle ou d’une promotion suffisante pour inscrire durablement son auteur dans l’histoire. Le récit du vol, de l’enterrement dans un mur, puis de la redécouverte, confère à la machine une aura presque romanesque.
Plus pragmatiquement, la Traub demeure un exemple d’ingénierie surprenante: des pièces artisanales associées à des composants commerciaux, des solutions mécaniques originales et un outillage unique. Pour les amateurs d’histoire motocycliste, elle illustre combien des innovations techniques peuvent rester anonymes si elles ne rencontrent pas les circonstances favorables à leur diffusion.
Qu’il s’agisse d’un prototype d’atelier, d’une réalisation particulière pour un client ou d’une tentative industrielle avortée, la Traub reste un objet de fascination. Tant que des documents supplémentaires n’apparaîtront pas, son origine et l’identité exacte de son créateur continueront d’alimenter débats et enquêtes au sein de la communauté des collectionneurs et des historiens.
Sources :
Image à la une : une Harley-Davidson Model F de 1916, présentée pour situer l’époque de la Traub. Il n’existe aucune photo libre de droit de la Traub elle-même, moto unique conservée dans un musée privé. Photo : Tony Hisgett, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
