Honda vend une moto électrique qu’on ne pourra jamais posséder
En Australie, la Honda WN7, la première moto électrique de plein format du constructeur, est proposée uniquement via une formule d’abonnement mensuel.
Le choix révèle une manière différente d’aborder le coût et le risque liés aux véhicules électriques, et pose la question de savoir si la propriété restera la norme pour les deux-roues.
Quatre cents dollars par mois, et aucune autre porte d’entrée
D’après les informations communiquées, Honda Australia commercialise la WN7 en partenariat avec le prestataire d’abonnement automobile Carbar, pour 400 dollars australiens par mois, soit environ 246 euros. La formule inclut la moto, l’immatriculation et l’assurance. Le tarif est annoncé comme provisoire et susceptible d’évoluer. La durée affichée pour cette offre est de 24 mois, sans engagement contraignant : l’abonné peut résilier ou changer son abonnement moyennant un préavis de deux semaines.
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Ce que change l’abonnement pour l’utilisateur
Sur le plan pratique, l’abonnement déplace certains risques du client vers l’opérateur. Au lieu d’acheter la WN7 et de supporter la dépréciation éventuelle, l’utilisateur paie l’accès à la moto le temps voulu. Si la technologie évolue rapidement ou si la moto ne convient pas, il est possible de la rendre à l’issue de la période choisie ou plus tôt, sans devoir revendre un bien dont la valeur résiduelle serait incertaine.
Cependant, cette formule comporte des limites évidentes. L’abonnement empêche toute constitution d’un capital lié au véhicule, et peut se révéler plus coûteux sur le long terme que l’achat. Le détail des conditions d’usage n’a pas été rendu public.

Deux façons de payer la même moto, et l’écart saute aux yeux
La démarche australienne contraste avec l’approche européenne, où la moto est mise en vente classique. Au Royaume-Uni, la WN7 est commercialisée au tarif de 12 999 livres. Honda y propose aussi des formules de financement, y compris une location avec option d’achat, affichée à partir de 199 livres par mois, avec un apport de 1 876,56 livres et un dernier loyer optionnel de 5 427,05 livres. Autrement dit, deux façons très différentes de payer la même machine : l’une qui permet d’accéder à la propriété via un paiement final, l’autre qui exclut la possibilité d’acheter à terme.
Trois inconnues que personne ne sait chiffrer à l’achat
La proposition de Honda met en lumière trois incertitudes propres aux véhicules électriques qui pèsent au moment de l’achat : la dépréciation, l’évolution de la technologie des batteries et la valeur future d’un modèle face à des générations plus performantes. La vitesse d’évolution des batteries et des infrastructures de charge rend difficile toute prévision de la valeur résiduelle d’une moto électrique après quelques années. Le risque n’est pas théorique: certains acheteurs d’électriques ont déjà appris à leurs dépens ce que vaut une réservation payée d’avance. En optant pour l’abonnement, ces risques financiers restent du ressort de celui qui loue et entretient le parc.
Concrètement, pour un acheteur hésitant, la formule permet d’expérimenter l’usage d’un véhicule électrique sans l’engagement financier et la perte potentielle associés à l’achat d’un modèle neuf qui pourrait perdre rapidement en attractivité face aux nouveautés.
L’automobile a ouvert la voie, la moto suit de loin
Le secteur automobile a déjà banalisé l’idée de payer pour l’usage plutôt que la possession, via la location longue durée et la location avec option d’achat. L’offre australienne de Honda va plus loin en supprimant l’option d’achat à terme dans sa formule locale, ce qui rapproche la moto d’un service plutôt que d’un bien personnel.
La même logique pourrait s’appliquer aux motos thermiques : souscrire à une sportive haut de gamme pour quelques mois ou changer de modèle chaque année sans se soucier de la revente devient possible si l’abonnement se généralise. Néanmoins, l’argument en faveur de l’abonnement est particulièrement pertinent pour les motos électriques, en raison des inconnues technologiques déjà évoquées.

Limites de l’expérimentation et portée incertaine
Rien n’indique actuellement que cette formule sera étendue à d’autres marchés. En Allemagne, par exemple, la WN7 reste proposée à la vente, ou par des formules de financement et de location classiques. L’initiative australienne apparaît donc comme une expérimentation ciblée, destinée à tester l’appétence du marché local pour l’accès mensuel plutôt que pour la propriété.
Le procédé reste prudent: introduire une motorisation nouvelle sur un seul marché, par un canal unique, et observer ce que font les clients avant d’aller plus loin.
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Ce que ce choix dit du risque électrique
En choisissant l’abonnement, Honda reconnaît en creux que la valeur résiduelle et le risque technologique sont devenus l’obstacle principal à la diffusion de l’électrique. Plutôt que de demander au client de parier sur ce que vaudra sa machine dans quatre ans, le constructeur garde le pari pour lui. C’est une réponse commerciale à un problème que personne n’a encore résolu techniquement.
Sur le plan du consommateur, le choix entre acheter, financer, louer avec option d’achat ou s’abonner devient une décision stratégique, dépendant du rapport au risque, de la volonté de posséder et de la durée d’usage envisagée. L’expérience australienne de la WN7 fournira des enseignements pratiques sur la viabilité commerciale d’une offre purement par abonnement pour les deux-roues électriques.
Sources :
- Visordown
- RideApart
- Motorcycles News
