La MUL.E embarque un générateur à essence pour recharger ses deux moteurs-moyeux, une électrique 2×2 de 100 km taillée pour le tout-terrain
Le ministère de la Défense ukrainien a homologué en juillet 2026 la MUL.E, présentée comme la première moto électrique à transmission intégrale 2×2 codifiée dans le pays.
Pensée pour l’emploi sur terrains difficiles, la MUL.E juxtapose des choix techniques inhabituels : deux moteurs électriques dans les moyeux, une autonomie d’environ 100 km avec batterie pleine, et un générateur à essence embarqué et amovible servant de prolongateur d’autonomie.
Architecture 2×2 et moteurs dans les moyeux : motricité et redondance
La caractéristique la plus marquante de la MUL.E est sa transmission intégrale 2×2. Chaque roue est entraînée par un moteur électrique indépendant logé dans son moyeu, ce qui confère deux avantages techniques clairs. D’une part, la motricité est améliorée sur terrains meubles et irréguliers, la propulsion étant répartie sur les deux roues. D’autre part, la configuration apporte de la redondance : en cas de défaillance d’un moteur ou d’un câblage, la moto conserve la capacité de se déplacer grâce au moteur restant opérationnel.
Ce choix d’implantation des moteurs dans les moyeux évite aussi l’emploi d’une transmission mécanique traditionnelle (pignon, chaîne ou courroie) entre le moteur et la roue, simplifiant certains éléments mécaniques et limitant les points d’enrayement exposés lors d’un usage tout-terrain intensif.
Prolongateur d’autonomie paradoxal : un générateur à essence amovible
La MUL.E intègre un générateur à essence fixé au cadre, dont la mission est de recharger la batterie pendant l’utilisation. Cette solution crée un paradoxe d’ingénierie : une moto électrique qui embarque du carburant pour prolonger son rayon d’action. Le générateur peut être retiré et employé séparément comme source d’alimentation pour divers équipements électroniques, smartphones, systèmes de communication ou batteries destinées à des drones. Cette modularité transforme la machine en poste d’énergie mobile lorsque le prolongateur est utilisé hors du véhicule.
Avec la batterie chargée, l’engin atteint une autonomie d’environ 100 km, un chiffre communiqué sans précision du cycle de référence. Le rôle du générateur est donc d’augmenter l’autonomie opérationnelle réelle lorsque la recharge sur le terrain est nécessaire, en fournissant un complément d’énergie en continu.
Conception tout-terrain : pneus tassellés, compacité et faible pression au sol
La MUL.E est conçue pour évoluer hors route : pneus tassellés de grande dimension, garde au sol adaptée et compacité destinée à faciliter le transport et le déploiement rapide. Ces caractéristiques visent à permettre la progression sur sable, boue, neige profonde et terrains marécageux, catégories de sols où les véhicules plus lourds s’enlisent facilement.
Le ministère met en avant une donnée singulière : la pression exercée sur le sol par la mule à deux roues serait « aussi faible que celle d’un pas ». Cette faible pression au sol est présentée comme réduisant le risque d’activation de certaines mines antivehicule conçues pour exploser sous des charges plus importantes. Techniquement, la combinaison d’une faible masse au mètre linéaire de pneu et de pneus larges répartit la charge sur une surface plus grande, abaissant la pression spécifique au sol par rapport à celle d’un véhicule blindé ou d’un camion logistique.
Usages prévus et ergonomie logistique
La MUL.E est conçue pour des tâches logistiques légères : transport d’une personne équipée avec son matériel, déplacement de petites charges, évacuation d’un blessé et transport d’un remorque léger. La compacité et la capacité à franchir des territoires difficiles en font un outil de mobilité destiné aux missions qui exigent discrétion, rapidité et faible empreinte au sol.
Le générateur amovible ajoute une fonction secondaire utile en opération : alimenter des appareils électroniques ou recharger des batteries d’équipements, ce qui transforme la moto en station d’énergie mobile en appui de petits groupes sur le terrain.
Commande et montée en charge industrielle
Parallèlement à l’homologation, le ministère a confirmé un programme d’approvisionnement comprenant la livraison de 1 500 unités d’ici 2026, soit un volume environ triple de celui acquis l’année précédente. Le constructeur n’est pas nommé publiquement, la machine étant attribuée à une entreprise ukrainienne spécialisée dans le développement de véhicules et de systèmes pour usage militaire.
Le paradoxe technique expliqué
La MUL.E illustre un paradoxe d’ingénierie : concilier les atouts de l’électrique, faible signature acoustique et simplicité de propulsion, avec l’autonomie et la souplesse d’une source d’énergie liquide. Le recours à un prolongateur à essence répond à une contrainte opérationnelle pratique : pouvoir rester autonome lorsqu’aucune infrastructure de recharge n’est disponible, sans renoncer aux bénéfices immédiats d’une traction électrique répartie sur deux roues.
La combinaison de deux moteurs-moyeux, d’une batterie assurant près de 100 km d’autonomie et d’un générateur amovible confère à la MUL.E une polyvalence technique rare chez une machine deux-roues. Elle illustre une approche utilitaire axée sur la résilience énergétique et la mobilité tout-terrain, en priorisant des solutions qui accentuent la redondance et la modularité plutôt que la pure performance routière.
Perspective technique
Sur le plan strictement mécanique et électrique, la MUL.E se distingue par la simplicité conceptuelle appliquée à des besoins opérationnels précis : moteurs indépendants dans les moyeux pour la traction et la sûreté de fonctionnement, batterie pour une autonomie opérationnelle silencieuse, générateur essence amovible pour l’extension de la portée et l’alimentation d’équipements. Ce mariage de technologies démontre que l’électrification ne signifie pas nécessairement l’exclusion de carburants conventionnels lorsque des exigences d’autonomie et de polyvalence le justifient.
Sources :
- InSella
- euromaidanpress.com
