La plus longue ligne droite du Mans est une départementale ouverte à la circulation
Le Mans cache une superposition peu connue du grand public : deux circuits distincts cohabitent autour des mêmes infrastructures.
Le premier, le circuit Bugatti, est un tracé permanent de 4 185 mètres qui accueille notamment le Grand Prix de France moto. Le second, le circuit des 24 Heures, est un tracé temporaire de 13,626 km utilisé pour les 24 Heures automobiles. Les deux installations partagent les stands et environ un tiers du tracé du Bugatti, une configuration qui explique la double identité de la ville en matière de sport mécanique.
Une géographie partagée : stands, tribunes et la passerelle Dunlop
La portion commune relie le virage du raccordement au virage de la Chapelle. Elle comprend la ligne droite des tribunes, la courbe et la chicane Dunlop, dominées par la célèbre passerelle. C’est le seul endroit où les deux disciplines empruntent exactement le même asphalte, à des dates différentes, avant que les tracés ne divergent. Le Bugatti reste concentré sur un circuit court, entièrement fermé et dédié aux épreuves permanentes, tandis que le grand tracé s’enfonce sur des routes qui, le reste de l’année, servent la circulation publique.
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Le tracé des 24 Heures, route et longévité : une exception mondiale
Avec ses 13,626 km, le tracé temporaire est l’un des plus longs circuits du monde. Ce qui le rend singulier, c’est sa nature routière : environ trois quarts de son parcours sont des portions de routes ouvertes à la circulation publique le reste de l’année, dont la célèbre ligne droite des Hunaudières. Cette ligne droite, longue d’environ 6 km, correspond à la départementale D338 (anciennement RN138). Le circuit des 24 Heures n’est utilisé qu’une dizaine de jours par an, lorsque les routes sont fermées pour la tenue de la course auto et des événements qui s’y rattachent.
Un nom, une histoire industrielle : Bugatti et la mémoire du Mans
Le circuit Bugatti porte le nom de la marque fondée par Ettore Bugatti, double vainqueur au Mans en 1937 et 1939. Le fils et héritier, Jean Bugatti, est mort peu après ce second succès. Le choix du nom relie la piste permanente à l’histoire industrielle et sportive de la ville, soulignant un patrimoine partagé entre industrie automobile et compétition.
Pourquoi un circuit permanent a-t-il vu le jour ?
La création du circuit Bugatti répond à une logique de sécurité et d’organisation des années 1960 : la montée des vitesses sur le grand tracé rendait nécessaires des aménagements et un espace fermé pour certaines compétitions. Le circuit Bugatti a été construit sous l’impulsion de Jacques Finance, président de la commission sportive de l’Automobile Club de l’Ouest, et de Jean-Marie Lelièvre, président de l’ACO. Les sources ne s’accordent pas sur la date : la plupart situent la construction en 1965, d’autres en 1966.
Un tracé en mouvement : évolutions successives pour la sécurité
Le Bugatti n’a cessé d’évoluer. Le Garage Vert fut le premier virage retouché à la fin des années 1970. Les courbes Dunlop et du Chemin aux Bœufs ont été transformées en chicane, la portion du « S » Bleu a été totalement modifiée lors de la construction des nouveaux stands en 1988-1989, et le virage du Musée a été remodelé pour agrandir son bac à sable. En 2002, à la demande de la Fédération internationale de motocyclisme, le complexe formé par la descente du Dunlop et le virage de la Chapelle a été repris pour des raisons de sécurité. Durant l’hiver 2005-2006, la courbe et la chicane Dunlop ont de nouveau été modifiées à la demande de la FIM, sous peine de ne plus faire courir le Grand Prix de France au Mans. En 2008, le Garage Vert a été ajusté, allongeant la piste de 5 mètres, et le village a été refait en 2007. Ces adaptations montrent que le Bugatti s’ajuste constamment aux exigences contemporaines de la compétition motocycliste et automobile.
Relief caché : montée, descente et éclairage
Le Bugatti offre un relief moins évident depuis les tribunes : entre les stands et la passerelle Dunlop, la piste grimpe sur 600 mètres avec une pente comprise entre 3,5 % et 7 %, puis redescend sur 1 000 mètres avec une pente de 2 %. Entièrement fermé, le circuit est aussi équipé d’un éclairage complet permettant les épreuves de nuit. Ce relief et cette infrastructure renforcent l’identité propre du Bugatti, distincte du grand tracé routier qui l’entoure.
Usages contemporains : sport, endurance et patrimoine
Le circuit Bugatti accueille le Grand Prix de France moto, les 24 Heures Motos, les 24 Heures Camions, des courses historiques et il ouvre la saison du championnat de France Superbike. Il a également servi de cadre à des épreuves de Formule Renault. Le Mans Classic, qui célèbre l’histoire de l’endurance automobile, se court en revanche sur le tracé de 13,626 km. La capacité officielle du circuit Bugatti est de 100 000 personnes. Le Grand Prix moto de France a été créé en 1920 et est apparu au championnat du monde en 1951 ; son record d’affluence est de 311 797 spectateurs en 2025. Le Mans accueille l’épreuve sans interruption depuis 2000. Enfin, le circuit Bugatti a reçu une seule fois la Formule 1, pour le Grand Prix de France 1967.
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Ce que voit le motard : une fraction d’un paysage plus vaste
Pour le spectateur ou le pilote venu pour le Grand Prix moto, l’expérience n’est qu’une fraction de l’ensemble mansois. La piste permanente propose un environnement sécurisé, aménagé et éclairé, concentré autour des stands et de la passerelle Dunlop. À quelques centaines de mètres, le grand tracé routier reprend ses droits pendant la majeure partie de l’année, redevient route départementale et paysage quotidien pour les habitants. Cette dualité, à la fois technique et patrimoniale, est le sel du Mans : une ville où la compétition se vit à l’échelle locale tout en s’ouvrant sur des itinéraires qui, le reste de l’année, appartiennent à la circulation ordinaire.
Le Mans reste ainsi un lieu où mémoire industrielle, exigences de sécurité et mise en scène sportive se croisent, dessinant deux circuits qui se superposent sans se confondre.
Sources :
Source image à la une : duky.duke, CC BY-SA 2.0
