Le MotoGP teste sa radio depuis 2022, les consignes passent toujours par un panneau
La communication radio entre la direction de course et les pilotes MotoGP, annoncée dès 2024 comme devant entrer en service en 2025, n’est toujours pas déployée en septembre 2026.
Malgré des années d’essais, les pilotes continuent de recevoir leurs consignes par le panneau tendu au-dessus du muret ou par des messages sur leur tableau de bord. Entre-temps, l’oreillette a changé de concept, et la mise en service n’est plus évoquée que pour 2027.
Ce que permet aujourd’hui le règlement FIM Grand Prix 2026
Le règlement FIM Grand Prix 2026, mis à jour le 13 septembre 2026, encadre strictement ce qui peut circuler entre un pilote en piste et son équipe. Aucun signal ne peut passer entre une moto en mouvement et l’équipe, à l’exception du transpondeur de chronométrage, du déclencheur de tour, du GPS, des messages lisibles sur un panneau de stand, ou des mouvements du corps du pilote ou de l’équipe. Les signaux de caméra embarquée et les communications radio sont autorisés, mais uniquement lorsqu’ils sont gérés par l’organisateur du championnat et à ses fins.
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Le Virtual Pit Board et les procédés déjà en usage
En complément des panneaux physiques, MotoGP dispose d’un système de messages au tableau de bord appelé Virtual Pit Board. Son usage est optionnel en MotoGP. Lorsqu’il est activé, le tableau de bord doit afficher exactement le même message que celui envoyé par l’équipe et reçu par le système de chronométrage et la télévision. Les pénalités infligées en course sont communiquées au pilote via des messages sur le tableau de bord, tandis que l’équipe peut en outre montrer un panneau au-dessus du muret.
Pour une équipe, ces messages, le panneau et les gestes restent donc les seuls moyens de s’adresser à son pilote en piste.
Des essais menés depuis 2022, une annonce en 2024
Le projet de radio intégrée n’est pas nouveau. Des essais remontent à 2022, lorsque certains pilotes ont testé une oreillette montée sur le casque lors d’un essai à Jerez pour recevoir des messages de la direction de course. Un nouvel essai a eu lieu à Valence en 2023. Fabio Quartararo a participé à ces deux essais, puis à celui de Misano en 2024.
En septembre 2024, lors d’une réunion à Misano, l’organisateur a informé les équipes d’un plan de déploiement en phases. La première phase devait permettre uniquement à la direction de course de communiquer avec les pilotes, par messages courts visant la sécurité. Une deuxième phase, évoquée potentiellement pour 2026, devait ouvrir la possibilité de communication dans les deux sens entre pilote et direction de course. Enfin, une étape ultérieure, sans calendrier fixé, envisagerait d’autoriser une communication comparable à celle de la Formule 1, avec des échanges entre les pilotes et leurs équipes, principalement pour l’intérêt du spectacle télévisé.
De l’oreillette par vibration au moulage sur mesure
L’oreillette a changé de concept en cours de route. En 2024, la version mise au point n’était pas placée dans l’oreille mais contre le lobe, à l’extérieur, le son étant transmis par vibration, ce qui la rendait moins intrusive.
En 2026, la dernière oreillette est réalisée à partir d’un moulage sur mesure pour chaque pilote, et c’est avec elle qu’un obstacle majeur semble avoir été franchi.
Ce que disent les pilotes impliqués dans le développement
Plusieurs pilotes ont été associés aux essais depuis 2022. En 2024, alors que son équipe Aprilia était chargée de tester le dispositif à Misano avec Aleix Espargaró et le pilote essayeur Lorenzo Savadori, Maverick Viñales résumait l’enjeu : « Cela peut être très intéressant pour la sécurité, par exemple s’il y a un accident, un pilote au milieu de la piste, pour que la direction de course puisse vous prévenir immédiatement. » Cette phrase illustre la logique qui a motivé le projet : réduire le délai et l’incertitude dans les situations dangereuses.
Fabio Quartararo, de nouveau parmi les rares pilotes à l’essayer à Misano, saluait le travail mené depuis longtemps par Sergi Sendra, responsable de la télévision chez Dorna, tout en prévenant qu’il restait beaucoup de chemin à parcourir : avec le bruit de la moto, il était encore difficile de bien entendre. Il jugeait en revanche précieux de pouvoir être prévenu en cas d’incident grave, par exemple de l’huile sur la piste dont personne n’aurait connaissance.
En septembre 2026 à Misano, Luca Marini, qui travaille déjà de son côté sur un micro intégré au casque pour dialoguer dans les deux sens avec son équipe, a dressé un bilan encourageant. Il a déclaré : « Nous faisons vraiment du bon travail. Je travaille avec eux, je pousse fort pour cela, parce que je pense que cela peut être un aspect intéressant pour l’avenir. » Marini a insisté sur la difficulté d’utiliser une communication parlée en roulant : « J’ai essayé de parler en roulant, mais c’est assez dur. Misano n’est pas l’un des meilleurs circuits pour cela, parce qu’il est très exigeant. »
Marini a également souligné la résistance au changement liée aux habitudes auditives des pilotes : « Tout le monde veut le type de bouchons d’oreille qu’il utilise depuis l’enfance. » Il a néanmoins confirmé l’état d’avancement : « Pour l’instant, la technologie fonctionne bien. » Il a remercié les fabricants d’équipements, citant Dainese et AGV, pour leur contribution aux adaptations nécessaires.
Un calendrier qui a glissé de deux ans
Plusieurs obstacles ont été évoqués publiquement : la mise au point de l’oreillette, dont le concept a changé entre 2024 et 2026, et l’adaptation des pilotes eux-mêmes, que Luca Marini décrit comme attachés aux bouchons d’oreille qu’ils utilisent depuis l’enfance. Dès 2024, Fabio Quartararo soulignait aussi la difficulté de bien entendre avec le bruit de la moto.
Le déploiement reste prévu par phases, avec la sécurité en priorité. L’annonce de 2024 visait 2025 pour la première d’entre elles. En septembre 2026, la diffusion de messages de sécurité par la direction de course n’est plus envisagée qu’à partir de 2027, et seulement comme une possibilité.
D’abord la sécurité, le spectacle ensuite
Le scénario retenu par l’organisateur reste progressif : d’abord une radio unidirectionnelle pour la direction de course, afin d’améliorer la réactivité lors d’incidents, puis une évolution vers une communication bidirectionnelle, et enfin une étape éventuelle d’échanges entre pilotes et équipes. Aucune date n’a été avancée pour ces étapes suivantes, et le règlement actuel n’autorise les communications radio que si elles sont gérées par l’organisateur et à ses propres fins.
En attendant, rien ne change en piste : panneau au-dessus du muret, messages au tableau de bord et drapeaux. La radio promise pour 2025 n’est toujours pas en service, même si, selon Luca Marini, la technologie fonctionne désormais bien.
Sources :
Source image à la une : Box Repsol, CC BY 2.0
