Le père de Jorge Lorenzo n’avait pas de quoi lui offrir une moto, ce qu’il a bricolé est au musée
L’histoire d’une légende peut commencer dans la plus modeste des ateliers.
À Palma de Majorque, en 1990, le père de Jorge Lorenzo, connu sous le surnom de Chicho, a conçu et fabriqué la première moto de son fils alors âgé de trois ans. Cette petite machine, née d’un bricolage patient et ingénieux, a accompagné les premiers tours de roue du futur quintuple champion du monde et finit désormais sa course sous vitrine, au Museo del Deporte de Majorque.
Un atelier, un besoin et l’ingéniosité comme réponse
La genèse de cette minimoto tient d’abord à une contrainte pratique. Chicho travaillait comme mécanicien dans l’atelier Motos Salom, à Palma, et n’avait pas les moyens d’acheter une machine neuve pour son enfant. Les modèles disponibles dans le commerce étaient trop grands pour un garçon de trois ans. Plutôt que d’acheter, il a décidé de fabriquer une moto adaptée à la taille et aux capacités d’un tout-petit, une décision qui résume à la fois le sens de la débrouille et l’attachement familial à la pratique motocycliste.
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Une mécanique assemblée à partir de pièces récupérées
La construction repose sur un montage de pièces récupérées et de fabrications artisanales. Selon Chicho, il a utilisé un moteur Puch de 50 cm3 à transmission automatique comme cœur mécanique de la machine. Les roues proviennent d’un modèle Derbi, de dix pouces (25,4 cm), tandis que l’amortisseur arrière est en réalité l’amortisseur avant d’une Vespa modifié pour l’occasion. La fourche avant est issue d’une Puch, retravaillée et raccourcie pour s’adapter à la géométrie réduite du cadre.
Outre ces composants repris à d’autres machines, l’essentiel du reste a été fabriqué à la main. Chicho rapporte avoir réalisé lui-même le châssis, le réservoir en fibre de verre, les garde-boue avant et arrière ainsi que la selle. Le mélange de pièces d’origine et d’éléments artisanaux confère à la minimoto un aspect à la fois pragmatique et singulier, témoignage d’un savoir-faire de bricoleur doublé d’un sens aigu de l’adaptation.
Plus de réflexion que d’assemblage, selon le constructeur
La conception n’a pas été purement mécanique: elle a demandé un temps de réflexion non négligeable. Chicho lui-même précise qu’il a passé plus de temps à penser la machine qu’à la construire, signe d’une attention portée aux proportions et à la sécurité, autant qu’aux contraintes techniques imposées par les pièces disponibles. Cette précaution a permis d’obtenir une minimoto maniable et proportionnée au gabarit d’un enfant de trois ans.
Les premiers tours de roue et une course découverte par hasard
Le rôle du père dans l’apprentissage de la moto est central. Jorge Lorenzo se souvient que son père a pris « quatre bouts de ferraille rouillée, deux roues et un moteur Puch, et peu à peu m’a fabriqué ma première moto ». Il ajoute que son père lui a appris à rouler dès l’âge de trois ans, et qu’un week-end, par hasard, ils se sont rendus à une course. L’organisateur leur a permis, exceptionnellement, d’y participer, alors que la licence n’était normalement délivrée qu’à partir de cinq ans. « Ma première course a eu lieu exactement avec 3 ans », rapporte Jorge, image forte d’une époque où l’enthousiasme familial pouvait précéder la réglementation.

De la bricole familiale à l’objet patrimonial
La minimoto n’est pas restée un simple souvenir domestique. Elle a trouvé une place dans le patrimoine local, aujourd’hui exposée au Museo del Deporte de Majorque. Placée sous la protection d’un musée du sport, la machine prend sens comme artefact: elle raconte la part d’humilité et d’inventivité qui a accompagné les premiers pas d’un pilote devenu cinq fois champion du monde. L’objet, fait de récupération et d’éléments faits main, illustre le lien entre culture populaire, transmission familiale et ambitions sportives.
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Un symbole de transmission et d’ingéniosité
Au-delà de la simple anecdote, cette histoire traduit plusieurs réalités du monde motocycliste amateur: l’importance des ateliers locaux, l’accès aux pièces destinées à la casse, et la créativité nécessaire pour adapter des composants hétérogènes à un projet précis. La minimoto de Jorge Lorenzo apparaît ainsi comme l’incarnation matérielle d’une pédagogie parentale fondée sur la pratique, la débrouille et la passion mécanique.
Conservée au Museo del Deporte, la machine invite à mesurer le chemin parcouru: d’un cadre façonné à la main dans un atelier de Palma, à une carrière sportive couronnée de titres mondiaux. Si la moto en vitrine ne roule plus, elle continue de parler, en silence, de la combinaison d’amour familial et de savoir-faire manuel qui a donné ses premières clés de contact au futur champion.
Sources : Motorpasion
