Ouvrir sa portière sur un motard coûte 11 euros d’amende, BMW a réagi
Ouvrir une portière est l’un des gestes les plus quotidiens au volant.
Pourtant, cet instant peut provoquer des collisions graves lorsqu’un motard, un scootériste ou un cycliste percute une portière qui s’ouvre. Ce type d’accident, appelé dooring ou emportierage, survient majoritairement en milieu urbain, mais des portières de véhicules stationnés s’ouvrent aussi de manière imprévisible hors agglomération et sur des parcours familiers.
Un coup d’œil au rétroviseur ne suffit pas
Plusieurs comportements expliquent la répétition de ces accidents. L’automobiliste qui se contente de regarder dans son rétroviseur, qui n’effectue pas la vérification de l’angle mort, ou qui ignore un témoin lumineux situé sur le rétroviseur extérieur, expose les usagers proches à un risque. Les dispositifs d’alerte optiques et sonores existent, mais ils ne suffisent pas toujours à empêcher l’ouverture intempestive de la portière. L’automobile est d’ailleurs devenue une source de nuisances propres pour les motards, entre des phares qui éblouissent et des aides à la conduite mal calibrées.
Ouvrir avec la mauvaise main, et le corps se tourne tout seul
Une technique manuelle et gratuite permet pourtant de réduire fortement ce risque. Le Dutch Reach consiste à attraper la poignée de porte avec la main éloignée de la portière. Ce mouvement fait pivoter naturellement le buste vers la vitre et impose un regard par-dessus l’épaule dans l’angle mort. Ce geste, enseigné dans certains pays et campagnes de sécurité, ne nécessite aucun équipement et reste utile même en présence de technologies d’alerte embarquées.
BMW ne se contente plus d’avertir, il empêche
Le constructeur a développé une réponse technique intégrée à un ensemble de fonctions de sécurité nommé Symbiotic Drive. Cette nouveauté complète les systèmes d’avertissement existants, visuels et sonores, par une temporisation active de l’ouverture de la portière. L’idée est de ne pas se limiter à signaler le danger mais d’intervenir physiquement pour empêcher l’ouverture tant que la menace persiste.
Le radar veille encore après la coupure du contact
Le dispositif s’appuie sur les radars d’angle mort qui continuent de surveiller les abords du véhicule à l’arrêt et pendant un certain temps après la coupure du contact. Si le système détecte un motard, un scootériste ou un cycliste dans l’angle mort et enregistre simultanément une tentative d’ouverture de la portière depuis l’intérieur, il désactive la serrure électrique. La portière ne peut alors pas être ouverte tant que la situation de collision potentielle n’est pas considérée comme passée.
Trois cent quatre-vingt-douze accidents dans une seule ville
Les chiffres confirment l’ampleur du phénomène. Selon la fédération allemande des assureurs, environ 8 pour cent de tous les accidents de vélo survenus à Berlin en 2024 ont été provoqués par un emportierage, soit 392 accidents. Il s’agit d’une statistique limitée aux accidents de vélo dans la seule ville de Berlin pour l’année 2024 et ne doit pas être extrapolée à d’autres pays ou à d’autres catégories de deux-roues.
Un blanc-seing pour l’inattention, ou une leçon répétée
La réponse technologique suscite un débat. Des solutions d’alerte existent déjà en série, y compris chez certains constructeurs, mais leur efficacité reste perfectible au vu des chiffres. Un argument critique avance que, plutôt que d’augmenter la responsabilisation du conducteur, ces systèmes offrent une forme de blanc-seing pour l’inattention, en rendant inoffensif un comportement négligent. L’argument inverse souligne que l’assistance active peut à terme éduquer le conducteur, qui cherchera peut-être à éviter d’être sans cesse corrigé par son véhicule. Au final, l’ordre du jour reste la prévention des accidents graves et la réduction des blessures.
Ce que dit le code de la route français
Le geste d’ouvrir une portière n’est pas sans conséquence juridique en France. L’article R417-7 du code de la route interdit à tout occupant d’un véhicule à l’arrêt ou en stationnement d’ouvrir une portière lorsque cette manœuvre constitue un danger pour lui-même ou pour les autres usagers. L’infraction est qualifiée de contravention de première classe. Le texte vise à responsabiliser les occupants, même si la sanction prévue correspond à la catégorie la plus basse du barème des contraventions. La disproportion entre le risque encouru et la sanction rappelle d’autres situations urbaines où le danger réel ne correspond pas à ce que la loi vise.
Le liquide de frein d’une moto a une date de péremption qui ne figure sur aucun compteur
Onze euros de sanction, et une serrure qui décide à la place
Le contraste résume la situation. D’un côté un geste qui peut envoyer un motard à l’hôpital, sanctionné au tarif le plus bas du barème français. De l’autre un constructeur qui, faute de dissuasion efficace, retire purement et simplement la décision des mains du conducteur. Entre les deux subsiste un geste gratuit que personne n’a besoin d’acheter avec sa voiture, attraper la poignée de la main opposée.
Sources :
- Motorrad, le systeme BMW contre le dooring
- Code de la route, article R417-7
