Les motards achètent au même prix un blouson qui protège 3 fois moins
L’idée paraît évidente : un blouson vendu aujourd’hui devrait mieux protéger que le même modèle d’il y a cinq ans.
La mesure dit l’inverse, et le prix, lui, n’a pas bougé. Une nouvelle analyse de MotoCAP, programme indépendant d’évaluation et de notation de la sécurité et du confort des vêtements de moto, souligne cette tendance et la qualifie de préoccupante.
Un organisme qui achète les vêtements en magasin
MotoCAP est un programme australien d’évaluation et de notation de la sécurité et du confort des vêtements de moto. Son protocole s’appuie sur les normes européennes, tout en testant des exemplaires finis prélevés dans le commerce. L’approche place l’accent sur la performance réelle des produits tels que vendus, plutôt que sur des spécifications matérielles théoriques.
Les motards font confiance à cette étiquette, un test à 80 km/h la contredit
La technologie progresse, la résistance recule
Contrairement à l’idée largement répandue selon laquelle l’évolution technologique améliore continuellement la sécurité, MotoCAP constate que plusieurs vêtements commercialisés aujourd’hui offrent une protection inférieure à celle de leurs versions antérieures. La tendance observée est que de plus en plus de fabricants réduisent la résistance à l’abrasion de leurs blousons et pantalons pour gagner en confort, réduire le poids et abaisser les coûts.
Tout bascule avec la norme entrée en vigueur en 2020
Le point de bascule identifié remonte à l’entrée en vigueur de la norme européenne EN 17092 en 2020. Depuis cette date, de nombreux fabricants ont redessiné leurs vêtements en employant des matériaux plus légers et moins épais. Ces modèles restent conformes à la norme et donc légaux et certifiés, mais ils résistent moins longtemps avant de se percer lors d’une glissade sur l’asphalte.
De 3,7 secondes à 1,2 seconde, sans changer d’étiquette
Le phénomène ne se limite pas à une impression. MotoCAP rapporte un cas où un vêtement, lors des premiers essais, résistait 3,7 secondes à l’abrasion. Après plusieurs révisions du modèle, la même référence n’atteint plus que 1,2 seconde. Le prix de vente, lui, n’a pas changé. Ce constat met en lumière une logique : la norme fixe des exigences minimales que beaucoup de fabricants dépassaient largement auparavant, mais qu’ils peuvent désormais respecter en retirant des couches et en utilisant des tissus moins résistants.
La même certification ne garantit plus la même chose
La conséquence pour le consommateur est nette et problématique. Deux vêtements portant la même certification peuvent offrir, en situation de chute, des niveaux de protection réels très différents. Cette opacité à l’achat empêche le client de distinguer facilement une surperformance d’un strict respect du minimum réglementaire.

Ce que répondent les fabricants, et ce qu’ils ont de juste
Les fabricants avancent un argument compréhensible : un vêtement plus léger, plus souple et plus respirant favorise le port quotidien et réduit la fatigue du conducteur, ce qui contribue aussi à la sécurité. L’argument n’est pas dénué de sens, puisqu’un équipement trop lourd ou inconfortable décourage son port et fatigue celui qui le supporte. C’est d’ailleurs ce raisonnement qui a fait reculer l’idée que seul le cuir protège vraiment. Toutefois, le sacrifice de la résistance au glissement introduit un autre risque, potentiellement plus grave en cas de chute à haute vitesse.
Des vêtements classés aptes qui tiennent moins d’une seconde
Les graphiques de MotoCAP montrent que de nombreux produits évalués en 2026 obtiennent de moins bons résultats d’abrasion que des modèles analysés entre 2019 et 2024. Cas particulièrement frappant, certaines pièces classées AA, considérées comme aptes, résistent désormais moins d’une seconde à l’abrasion lors des tests. Ces chutes de performance soulèvent la question de la pertinence d’une étiquette qui, apparemment identique, ne traduit plus la même marge de sécurité.
MotoCAP fournit des points de repère pour situer ces chiffres : une résistance proche de trois secondes est déjà considérée comme acceptable, tandis que les meilleurs produits dépassent 5,6 secondes. Ces valeurs servent d’échelle pour comparer les résultats des différents vêtements testés.
Pourquoi ces secondes ne se transposent pas à une route française
Il est essentiel de préciser que le test d’abrasion utilisé par MotoCAP est calibré sur les revêtements australiens et néo-zélandais dits chip seal, qui sont environ quatre fois et demie plus abrasifs que l’asphalte. Par conséquent, les secondes annoncées par MotoCAP ne se transposent pas telles quelles à une route française. En revanche la comparaison entre deux versions d’un même vêtement, testées de la même manière, reste valide et c’est précisément cette comparaison qui met en évidence la régression de performance.
Ce que l’étiquette ne dit pas au moment de l’achat
La certification EN 17092 atteste la conformité, elle ne renseigne pas sur la marge que le fabricant a conservée au-dessus du minimum. En comparant plusieurs générations d’un même produit acheté en magasin, un essai indépendant rend visible un glissement que rien n’indique en boutique. Le motard qui remplace un blouson par sa version plus récente n’a, en l’état, aucun moyen de savoir s’il achète mieux ou moins bien. La question rejoint celle que posent déjà deux jeans moto d’apparence identique aux niveaux de protection très éloignés.
Sources :
