Un changement de pneus pourrait renverser la hiérarchie du MotoGP en 2027
Pol Espargaró, pilote essayeur de KTM chargé du développement du prototype 850 cm3, tire la sonnette d’alarme sur l’impact attendu du changement de fournisseur de pneus en MotoGP.
Selon le pilote espagnol, qui a accumulé un kilométrage important avec les gommes Pirelli, la transition programmée pour 2027 ne sera pas une simple évolution, mais un changement radical susceptible d’inverser la hiérarchie actuelle.
Un avertissement venu du cœur des essais
Espargaró rappelle d’abord son expérience personnelle et la différence qu’il perçoit entre les enveloppes. « Ce sont des pneus très différents, et j’ai le sentiment que les pilotes ne sont pas vraiment conscients du changement qui arrive », a-t-il déclaré. L’homme qui participe au développement des machines KTM insiste sur le fait que sa position de testeur lui permet d’observer en détail les réactions des motos et des pilotes face à ces gommes.
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Un changement plus important que celui de 2016
Pour illustrer la rupture attendue, Espargaró rappelle le souvenir du passage de Bridgestone à Michelin, intervenu en 2016. « J’ai vécu le passage de Bridgestone à Michelin, et maintenant celui de Michelin à Pirelli, et le changement est brutal, bien plus important que ce que nous avons connu en 2016 », a-t-il affirmé. Il conclut sans ambiguïté sur l’ampleur du phénomène : « Maintenant, avec les Pirelli, tout change complètement. La moto est un autre monde. »

Le précédent du Moto2 donne du poids à la mise en garde
Le pilote met en avant un précédent récent, celui du passage du Moto2 à Pirelli en 2024, où Pirelli a remplacé Dunlop comme fournisseur officiel de la catégorie intermédiaire. « En Moto2, quand le pneu a changé, on a vu des pilotes qui ne performaient pas se mettre à performer, et d’autres pilotes compétitifs disparaître », remarque Espargaró. Ce constat fonde sa prédiction selon laquelle la hiérarchie en MotoGP pourrait être bouleversée lorsque Pirelli deviendra l’unique fournisseur en 2027.
L’avantage ira à ceux qui connaissent déjà ces gommes
Espargaró élargit ensuite l’analyse aux trajectoires des pilotes, et c’est là que son avertissement devient concret.
Le pilote testeur évoque aussi des noms déjà cités comme références de cette adaptation. Toprak Razgatlıoğlu, venu du World Superbike, est donné en exemple dans les comparaisons techniques, et Nicolo Bulega, attendu chez VR46 en provenance du Superbike, est présenté comme un pilote susceptible de démarrer la saison 2027 avec un net avantage. Espargaró insiste sur le fait que l’atout ne viendra pas seulement du talent individuel, mais surtout de la connaissance préalable des pneus : « Ils vont avoir un énorme avantage, pas seulement ceux qui viennent du Superbike, mais aussi ceux qui viennent du Moto2. »
Calendrier serré pour les pilotes MotoGP
Le calendrier d’essais prévu avant et pendant la saison 2027 laisse très peu de temps aux pilotes MotoGP pour se familiariser avec les Pirelli. Hormis deux essais officiels durant la saison, un test est programmé à Valence en décembre. Pour des pilotes qui changent de marque, comme Fabio Quartararo et Jorge Martín, la période d’essais pratique sera encore plus réduite : ils ne pourront pas rouler avec les nouvelles gommes avant le 1er décembre, selon les informations disponibles. Espargaró tire la conséquence logique : « Les pilotes MotoGP vont avoir très peu de temps, alors que les pilotes Moto2 et Superbike vont arriver en connaissant très bien les pneus. »
Moins de vitesse de pointe, mais pas moins d’accélération
La nature du changement technique lié à la réforme 2027 conduit à des conclusions paradoxales, souligne Espargaró. « Ce sera différent. Bon pour certains et mauvais pour d’autres. C’est une catégorie dans laquelle les motos vont être plus lentes, mais elles n’auront pas moins d’accélération. » Autrement dit, la baisse de cylindrée prévue pour 2027 réduira la vitesse de pointe sans forcément entamer la motricité à la sortie des virages, là où se gagnent les places.
Ce que la source ne permet pas de trancher
Reste une question que ses déclarations ne tranchent pas : combien de temps durerait ce déséquilibre. Un avantage de connaissance des pneus peut s’éroder dès que les équipes accumulent des données, mais rien dans ses propos ne permet de dire au bout de combien de courses, ni si certaines marques rattraperaient plus vite que d’autres.
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Ce que Pol Espargaró ne révèle pas
Malgré ses observations, plusieurs éléments restent absents des déclarations d’Espargaró. Aucun détail technique précis sur la construction des pneus Pirelli n’a été communiqué, ni sur la carcasse, ni sur la gomme, ni sur les plages de pression. Il n’est non plus question de données mesurées de grip ou de températures de fonctionnement, ni de chronos, ni de lieux d’essais précis, ni de kilométrage chiffré accompli. Enfin, aucune réaction officielle de pilotes MotoGP en activité n’accompagne cet avis de testeur.
Pol Espargaró pose toutefois un diagnostic clair : l’arrivée des Pirelli en 2027 est susceptible de redistribuer les cartes, au bénéfice de ceux qui auront déjà apprivoisé ces gommes en Superbike ou en Moto2, et au détriment de pilotes qui, faute de temps de mise au point, risquent d’être surpris par une radicale modification des comportements des machines.
Sources : Motorsport.com
