Un homme seul a conçu cette moto dans son jardin, elle a battu Ducati à Daytona
La Britten V1000 reste une anomalie dans l’histoire de la moto moderne, une machine de course née dans un atelier au fond d’un jardin à Christchurch, en Nouvelle-Zélande.
Conçue et bâtie par John Britten et une poignée d’artisans avec des moyens dérisoires, elle impose par son absence d’éléments habituels : pas de cadre au sens classique, pas de fourche télescopique, des pièces en fibre de carbone et une architecture pensée pour la compétition pure. Cette singularité technique a pris sens sur les circuits et les anneaux, où la petite équipe du bout du monde a affronté et souvent battu des équipes d’usine.
Tout est sorti d’un atelier au fond d’un jardin
John Britten, né à Christchurch en 1950 et dyslexique, a conçu la V1000 dans un atelier installé au fond de son jardin, rue Carlyle. L’équipe se composait essentiellement d’amis et d’artisans, qui étaient à la fois concepteurs, mécaniciens et façonniers. Le projet avançait sans budget d’envergure, par bricolage ingénieux et détermination. Britten voulait une production limitée, et il en fut ainsi : dix exemplaires seulement furent construits entre 1991 et 1998, sortis de cet atelier plutôt que d’une chaîne industrielle. Une machine antérieure avait précédé la V1000, l’Aero-D-One, mais c’est la V1000 qui marqua durablement les esprits.
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Une moto définie par ce qu’elle n’a pas
La Britten V1000 se distingue d’emblée par l’absence d’un châssis traditionnel. Le moteur devient élément porteur, supportant les trains roulants et la carrosserie. La carrosserie et les roues sont en fibre de carbone, un choix qui allège l’ensemble et modifie les contraintes mécaniques. La suspension avant abandonne la fourche télescopique, solution que la quasi-totalité des motos de course employait alors et emploie encore aujourd’hui. Autre singularité, le radiateur n’est pas devant le moteur mais logé sous la selle, ce qui libère l’avant et permet un profil beaucoup plus compact. Ensemble, ces choix confèrent à la V1000 une architecture radicale et orientée performance.
Cent trente-huit kilos et un V-twin dessiné maison
Le cœur de la Britten est un V-twin à 60 degrés de 998,7 cm3, refroidi par eau, animé par quatre arbres à cames et fonctionnant en quatre temps. L’alésage et la course sont de 98,9 mm et 65,0 mm. Les sources disponibles situent la puissance autour de 170 ch à 9 500 tr/min, ce chiffre étant présenté comme un ordre de grandeur plutôt que comme une valeur précise et immuable.
La machine affiche des chiffres qui étonnent pour une réalisation artisanale : 138 kg tous pleins faits, un empattement de 1 420 mm, un réservoir de 24 litres et une boîte à cinq rapports, avec une option à six rapports. Le freinage repose sur deux disques avant de 320 mm en fonte et un disque arrière de 210 mm. En pointe, la V1000 atteint 303 km/h sur piste, performance confirmée en compétition.
À Daytona, elle est partie douzième et a fini par mener
La V1000 n’est pas restée un objet de curiosité technique, elle est devenue une moto de course crédible et victorieuse. En 1992, elle remporte la manche néerlandaise de la Battle of the Twins. La même année, à Daytona, la machine part de la 12e position et remonte jusqu’à se battre pour la victoire face à la Ducati du Canadien Pascal Picotte, mais un problème de batterie privera l’équipe du succès final. Cette performance avait déjà prouvé la compétitivité du concept face aux machines d’usine plus conventionnelles.
En 1994, la Britten remporte la Battle of the Twins de Daytona avec le Néo-Zélandais Andrew Stroud, et signe au passage la vitesse de pointe la plus élevée relevée pour une moto sur l’anneau. Andrew Stroud s’illustrera à plusieurs reprises au guidon de la Britten, remportant la course à quatre reprises au total.
Le palmarès international poursuit son essor en 1995, année où Stroud décroche le championnat du monde BEARS, plaçant une Britten aux première et deuxième places du classement général, et remportant aussi la manche européenne Pro Twins à Assen. L’année suivante, il décroche le championnat de Nouvelle-Zélande Superbike sur une Britten.
La V1000 a établi des records reconnus par la FIM dans la catégorie 1 000 cm3 et moins : mile lancé à 302,705 km/h, quart de mile départ arrêté à 134,617 km/h, mile départ arrêté à 213,512 km/h, et kilomètre départ arrêté à 186,245 km/h. Ces performances alimentent la réputation de la machine comme une véritable fusée artisanale.
Une V1000 ouvrait la marche devant le corbillard
John Britten meurt d’un cancer le 5 septembre 1995, à 45 ans. Les obsèques rassemblent des milliers de personnes, le convoi partant de la cathédrale de Christchurch. Une Britten V1000 ouvre la marche devant le corbillard, suivie de véhicules aimés par Britten, dont une Triumph Gloria et une roulotte qu’il avait restaurée pour observer le vol des oiseaux, passion qu’il cultivait. Sur les Port Hills, une réserve naturelle de 35 hectares porte aujourd’hui son nom, geste de reconnaissance publique pour son apport local et international.
Au total, dix Britten V1000 existent, conservées dans des collections et des musées autour du monde. La décision délibérée de limiter la production à dix exemplaires est révélatrice d’une approche artisanale et téméraire qui a placé l’ingénierie et la performance avant la logique commerciale.
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Sans doute la dernière du genre
La Britten V1000 incarne un paradoxe du patrimoine industriel : conçue hors des systèmes habituels de production, elle a su rivaliser avec des équipes d’usine bien dotées. Elle est probablement l’une des dernières motos de course entièrement conçues par un particulier à avoir battu des équipes d’usine. Son histoire, commencée dans un jardin de Christchurch, reste un récit de défi technique et de créativité appliquée à la course, un patrimoine à la fois local et universel.
Sources :
