Un motard peut transporter 60 litres d’essence, à condition que le bidon soit homologué
Pour le motard engagé dans une longue balade, un raid ou une traversée, emporter une réserve d’essence peut sembler une nécessité logistique.
La réglementation française est pourtant précise et parfois surprenante : la règle de volume est plus permissive qu’on l’imagine, mais l’exigence sur le type de récipient est stricte et source d’infractions fréquentes. L’accord européen ADR, transposé en France par l’arrêté du 29 mai 2009, encadre le transport routier des marchandises dangereuses et fixe les conditions qui s’appliquent au carburant nommé sous le numéro ONU 1203.
Le cadre légal : l’ADR et l’exemption pour les particuliers
Le transport de carburant relève de l’ADR (Accord européen relatif au transport international des marchandises dangereuses par route), appliqué en France via l’arrêté du 29 mai 2009. L’ADR prévoit toutefois une exonération pour les particuliers au point 1.1.3.1 a), à condition que les marchandises soient conditionnées pour la vente au détail et destinées à un usage personnel, domestique, de loisir ou de sport, et que des mesures soient prises pour empêcher toute fuite dans des conditions normales de transport. Cette porte de sortie juridique autorise donc le transport de carburant en jerrican, sous certaines limites de volume et sous réserve du respect des règles de sécurité.
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Les volumes autorisés : 60 litres par récipient, 240 litres par véhicule
Contrairement à l’idée reçue selon laquelle transporter quelques bidons serait systématiquement illégal, la réglementation autorise des quantités significatives. Pour des liquides inflammables placés dans des récipients rechargeables remplis par un particulier, la limite est de 60 litres par récipient et de 240 litres par unité de transport. Au-delà de ces seuils, l’ADR s’applique intégralement : le véhicule doit alors arborer des panneaux orange, le conducteur doit disposer d’un certificat ADR et des documents de bord deviennent obligatoires. L’essence est identifiée sous le numéro ONU 1203 et rangée parmi les liquides inflammables.
Le récipient, point de contrôle auquel il faut prêter attention
La contrainte qui fait le plus souvent défaut chez les motards n’est pas la limite de litres mais la conformité du récipient. Seuls les jerricans homologués, repérables au marquage ONU gravé ou moulé, sont admis. Le code 3H1 désigne un jerrican en plastique rigide à paroi non amovible, le code 3A1 un jerrican en acier. Le marquage comporte également la masse maximale autorisée, la pression d’épreuve, l’année de fabrication et, pour les récipients plastiques, le mois et l’année de fabrication.
Ce dernier détail est déterminant : les jerricans en plastique ne peuvent être utilisés au-delà de cinq ans à compter de leur fabrication. La date figurant sur le bidon n’est pas un simple repère marketing, elle matérialise la durée d’usage légale, la matière plastique pouvant se dégrader et perdre ses propriétés mécaniques et chimiques. Le recours à des récipients improvisés, tels qu’une bouteille d’eau ou un ancien bidon de lave-glace, est strictement interdit : les plastiques alimentaires ou non adaptés peuvent se dégrader au contact de l’essence et provoquer des fuites, ruptures ou réactions chimiques.
Manipulation, sécurité et cas particuliers pratiques
Les règles de manipulation sont claires : avant toute opération de remplissage ou de transfert, le moteur doit être arrêté, le véhicule immobilisé sur une surface plane et toute source de chaleur ou d’inflammation doit être écartée. Les jerricans doivent être calés et arrimés pour éviter tout mouvement ou renversement, l’espace de chargement rester propre et aéré, et l’ouverture d’un récipient pendant le trajet est évidemment à proscrire. Il est également recommandé de prévoir un extincteur et des protections individuelles lors des manœuvres.
Plusieurs situations méritent une vigilance particulière. Sur les navettes passagers d’Eurotunnel, contrairement à une croyance répandue, le carburant en jerrican est autorisé mais plafonné à 30 litres au total : cela correspond soit à trois récipients plastique de 10 litres, soit à un récipient métallique de 20 litres. Au-delà, le chargement doit être déclaré comme marchandise dangereuse et ne peut voyager que sur les navettes fret. Autre précision peu connue, un récipient vidé mais non nettoyé, qui a contenu du carburant, doit lui aussi être considéré comme marchandise dangereuse et déclaré en conséquence.
Sanctions spécifiques et pouvoirs préfectoraux en période de tension
En période de pénurie ou de tension, un arrêté préfectoral peut interdire le remplissage ou le transport de jerricans. La violation d’un tel arrêté de police est réprimée par l’article R610-5 du code pénal. Le décret n° 2022-185 du 15 février 2022 a fait passer cette infraction de la 1re à la 2e classe, ce qui porte l’amende encourue à 150 euros au plus. Cette sanction vise la violation d’un arrêté de police, et non le simple fait de transporter une réserve d’essence dans la limite réglementaire.
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Vérifications pratiques avant le départ pour un raid ou une grande balade
Avant de prendre la route, le motard prudent vérifie systématiquement le marquage ONU du jerrican, contrôle la présence du code 3H1 ou 3A1, et s’assure que pour un récipient plastique le mois et l’année de fabrication restent dans la période d’usage de cinq ans. Il confirme que la contenance par récipient ne dépasse pas 60 litres et que la charge totale n’excède pas 240 litres. Pour une traversée par Eurotunnel, il adapte la quantité au plafond de 30 litres et privilégie un récipient métallique si la configuration l’exige. Enfin, la manipulation s’effectue moteur coupé, sur une surface plane et avec les précautions élémentaires contre l’inflammation.
La loi apparaît donc double : tolérante sur les volumes pour l’usage personnel, stricte sur la sécurité des contenants. La plupart des infractions constatées tiennent moins à la quantité transportée qu’à l’usage de récipients non homologués ou à l’ignorance de la limite des cinq ans pour le plastique. Pour une grande traversée, la conformité du jerrican et la prudence opérationnelle sont les garants d’un déplacement légal et sûr.
Sources :
- Décret n° 2022-185 du 15 février 2022 (Légifrance)
- Article 131-13 du code pénal (Légifrance)
- Transport de marchandises dangereuses (Eurotunnel LeShuttle)
- Exemption ADR applicable aux particuliers
- Normes et marquage des jerricans homologués
