Une moto disparaît toutes les dix minutes en France, trois sur quatre ne reviendront jamais
Le phénomène des vols de deux-roues reste massif en France et se traduit par un taux de restitution extrêmement bas : autour de 27 à 28 pour cent.
Autrement dit, environ trois machines volées sur quatre ne reviennent jamais à leur propriétaire. Les assureurs enregistrent près de 16 000 vols déclarés sur l’année, tandis que le GIE Argos estime le nombre réel de disparitions à environ 60 000. La tendance annuelle semble toutefois orientée à la baisse.
Un taux de restitution étriqué, qui progresse à la marge
Le taux de restitution d’environ 27 à 28 pour cent traduit une réalité simple et douloureuse pour les usagers: la majorité des motos et scooters dérobés ne sont pas retrouvés. Ce chiffre progresse légèrement, en partie grâce aux dispositifs de localisation, mais il reste bas. La comparaison avec l’automobile est le meilleur moyen de mesurer l’écart: près de 40 pour cent des voitures volées finissent par être retrouvées par les forces de l’ordre. Un deux-roues a donc nettement moins de chances de revenir qu’une voiture, alors qu’il est bien plus facile à dissimuler et à démonter.
Depuis 1937, une seule année s’est terminée sans aucun mort sur ce circuit
16 000 déclarations chez les assureurs, 60 000 disparitions selon Argos
Les deux chiffres clés à connaître sont distincts et complémentaires. Les assureurs comptabilisent près de 16 000 déclarations de vols sur l’année, données issues des polices et sinistres déclarés. Le GIE Argos, qui collecte et analyse les informations du marché des véhicules, estime quant à lui le nombre réel de disparitions autour de 60 000. L’écart s’explique par les machines jamais déclarées, souvent anciennes, peu ou pas assurées, ou dont le propriétaire renonce à la démarche. Ramenée au calendrier, l’estimation haute revient à une disparition toutes les dix minutes. Et la géographie est tout aussi nette: 55 pour cent de ces vols se concentrent dans trois régions seulement, l’Île-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes.
La pièce détachée, monnaie d’échange du marché noir
Le mécanisme économique derrière ces chiffres est central. Les machines retrouvées le sont rarement complètes: la plupart ont été endommagées ou dépouillées de leurs pièces. La pièce détachée devient alors la véritable unité commerciale pour les réseaux illicites. Contrairement à une machine entière, une pièce ne porte pas de carte grise et change de mains sans contrôle. Ce marché des pièces rend l’ensemble du vol plus rentable et moins risqué pour les voleurs, et explique largement le faible taux de restitution.
Les machines les plus volées sont celles que tout le monde possède
Le profil des machines ciblées confirme le lien avec le commerce des pièces. En 2025, le classement établi par le groupement des assureurs place en tête les BMW R 1200, R 1250 et R 1300 GS et RT, devant le Yamaha T-MAX, puis des scooters de très grande diffusion. Le point commun n’est pas le prix, c’est le nombre: le trail BMW est la grosse cylindrée la plus vendue du pays, le T-MAX le maxiscooter le plus répandu. Beaucoup d’exemplaires en circulation, donc beaucoup de propriétaires en attente d’une pièce, donc un débouché. Un modèle rare n’a pas ce marché, et il intéresse nettement moins.
Ce que signifie concrètement le taux pour un propriétaire
Chiffre simple et cru: une moto ou un scooter volé a environ trois chances sur quatre de ne jamais revenir, et si la machine est retrouvée, elle revient rarement complète et souvent dégradée. Cette donnée traduit non seulement la difficulté des forces de l’ordre à retrouver les engins, mais aussi la logique économique des trafics qui privilégient le démontage et la dispersion des pièces.
Le vol amateur a laissé la place à autre chose
Le bilan annuel publié par les assureurs consacre une section entière à la professionnalisation du vol de véhicules. L’acte isolé, opportuniste, recule au profit de filières organisées qui savent où écouler ce qu’elles prennent, en pièces comme à l’export. C’est cette organisation, plus que l’habileté du voleur, qui explique pourquoi les machines ne reviennent pas.
Le mur du box Yamaha n’avait rien à voir avec la rivalité des pilotes
Ce que ces chiffres déplacent
Tant que la pièce se revend sans être tracée, la moto entière reste un moyen plutôt qu’une fin, et le taux de restitution ne bougera pas beaucoup. Deux sujets déjà traités par le site éclairent les deux bouts de la chaîne: la manière dont le simple placement d’un antivol pèse sur le temps d’attaque, et le fait que des caméras retrouvent aujourd’hui une machine sans lire sa plaque.
Une éclaircie tout de même, et elle est réelle: les vols de véhicules ont reculé en France sur la dernière année comptabilisée, toutes catégories confondues. Mais le taux de restitution des deux-roues, lui, reste autour de 27 à 28 pour cent. Il en dit finalement moins sur l’efficacité des recherches que sur ce que devient une machine une fois partie: rarement un véhicule à revendre, le plus souvent un stock de pièces.
Sources :
