Yamaha assemble les motos de la gendarmerie dans l’usine d’une marque française disparue
La moto aperçue derrière un véhicule de police ou en tête d’un convoi de gendarmerie cache une histoire industrielle que sa marque ne raconte pas.
Celle que conduit un gendarme est souvent plus française qu’elle n’en a l’air : la Yamaha Tracer 7 Police est assemblée à Saint-Quentin, dans l’Aisne, sur le site héritier de Motobécane, tandis que les grosses routières BMW R 1300 GS et R 1300 RT destinées aux mêmes forces sont post-équipées en Normandie par une entreprise française.
Saint-Quentin, l’héritière de Motobécane devenue usine Yamaha
Motobécane naît en 1923 à Pantin et installe sa production à Saint-Quentin en 1951. En 1986, l’entité passe sous contrôle total de Yamaha et prend le nom de MBK Industrie. Le 1er janvier 2024, ce site a pris officiellement le nom de Yamaha Motor Manufacturing Europe.
Cette usine est aujourd’hui la plus grande implantation Yamaha en Europe et le premier producteur de deux-roues motorisés en France. Elle emploie environ 650 salariés et a dégagé un chiffre d’affaires de 418 millions d’euros en 2023. Le site a atteint une production proche de 70 000 véhicules en 2020, signe de sa capacité industrielle et de sa vocation multi-produits.
La Tracer 7 Police : une japonaise montée dans l’Aisne
La Yamaha Tracer 7 figure au catalogue de l’Union des groupements d’achats publics, UGAP, sous la référence 3637779. La version « Police » annoncée par le constructeur affiche 74,8 ch et 7 chevaux fiscaux, avec une garantie de trois ans. Yamaha avait remporté l’appel d’offres UGAP en novembre 2021, pour des livraisons à partir de 2022 et une durée initiale de trois ans.
Sur le site de Saint-Quentin sont assemblés plusieurs modèles destinés au marché civil et, pour certaines variantes, aux flottes professionnelles : Ténéré 700, MT-125, XMAX, Tracer 700. Le site produit aussi des moteurs eDrive pour vélos électriques et procède à l’assemblage de vélos électriques Yamaha. La Tracer 7 sort de ces mêmes chaînes.
Au-dessus de 1 200 cm3, BMW n’a eu personne en face
En revanche, pour les segments supérieurs à 1 200 cm3, la donne est différente. En janvier 2026, BMW Motorrad a été reconduit sur les deux lots UGAP réservés aux grosses cylindrées : la R 1300 GS a été retenue pour le grand trail routier et la R 1300 RT pour la grande routière. Ces motos ont été sélectionnées sans concurrence sur ces deux lots. Le marché couvre la Gendarmerie nationale, la Police nationale et les Douanes françaises pour une période de trois ans, jusqu’en 2028 au moins, avec des premières livraisons prévues au premier trimestre 2026.
Sur les quatre années précédentes, BMW et son partenaire ont livré plus de 1 800 motos aux forces de l’ordre. Les machines proviennent des chaînes allemandes puis sont adaptées aux spécifications nationales en France : l’installation des systèmes radios et les sérigraphies propres à chaque administration sont réalisées par l’entreprise Scorbel, implantée en Normandie.
Un maillage français entre assemblage et post-équipement
Le schéma de fourniture aux forces de l’ordre ressemble à un maillage industriel franco-japonais-allemand. À Saint-Quentin, l’héritière de Motobécane assemble des modèles Yamaha qui figurent au catalogue UGAP et équipent certaines flottes. Les grosses cylindrées, elles, sont issues de la production allemande mais passent par une étape nationale de post-équipement en Normandie, qui inclut les radios et les habillages visuels spécifiques à chaque corps.
Ce montage produit un paradoxe visible sur la route : le gendarme qui circule sur autoroute à bord d’une moto marquée « Yamaha » roule sur un engin assemblé en France dans une usine au long passé national, tandis que le véhicule allemand qui le double peut être habillé en Normandie avant sa mise en service. Dans le seul segment des très grosses cylindrées, aucune machine assemblée en France n’a été retenue lors du dernier renouvellement UGAP, ce qui a laissé le champ libre à BMW.
Yamaha vend le même moteur avec 6 500 euros d’écart selon la version
Ce que le dernier appel d’offres a laissé de côté
La continuité du site est réelle. De Motobécane à MBK Industrie, puis à Yamaha Motor Manufacturing Europe, Saint-Quentin a changé trois fois de nom sans jamais cesser de sortir des deux-roues, et en produit aujourd’hui plus que n’importe quel autre site français. Le catalogue de la centrale d’achat public en garde la trace, avec une Tracer 7 en version Police référencée sous le numéro 3637779.
Le dernier renouvellement raconte pourtant autre chose. Sur les deux lots réservés aux plus de 1 200 cm3, aucun constructeur n’est venu se mesurer à BMW. Pas de machine assemblée en France, pas de concurrent du tout. La production nationale s’arrête donc à une limite de cylindrée. En dessous, une usine de l’Aisne peut fournir. Au-dessus, le marché se joue à un seul candidat.
Sources :
- Fiche Moto Yamaha Tracer 7 Police, référence 3637779 (UGAP)
- BMW continue de fournir les grosses motos des forces de l’ordre (Moto-Net)
- Police et gendarmerie rouleront aussi en Yamaha Tracer 7 (Caradisiac)
- Présentation du site de Saint-Quentin (Yamaha Motor Europe)
- L’usine historique MBK devient Yamaha Motor Manufacturing Europe (Auto Infos)
