Ce record de vitesse à moto résiste depuis plus de dix ans, un homme retente sa chance
Le BUB Seven Streamliner, un engin caréné conçu par la figure de Bonneville Denis Manning, revient sur le lac salé pour tenter de franchir la barre symbolique des 644 km/h.
Piloté par l’Américain Chris Rivas, ce streamliner abrite un moteur V4 turbocompressé de 2 997 cm3, installé longitudinalement dans une coque étroite. L’objectif annoncé est de dépasser la vitesse actuelle à battre, 605,697 km/h, et d’atteindre l’équivalent de 400 miles par heure, soit environ 644 km/h.
Une machine née de la rigueur et de l’extrême
Le BUB Seven n’est pas une moto de route modifiée, mais un tube caréné pensé uniquement pour la vitesse sur piste saline. Le pilote s’allonge à l’intérieur de la coque, attaché par un harnais à sept points, et contrôle l’engin depuis une position très couchée. La stabilisation repose notamment sur des patins pneumatiques qui prennent le relais au fur et à mesure que la vitesse augmente, et sur une longue partie arrière susceptible de capter le vent lorsque les conditions ne sont pas parfaitement calmes.
Par sa conception et sa philosophie, le streamliner appartient à une lignée d’engins hors norme, conçus pour franchir des seuils que refusent les routes ordinaires. Denis Manning, reconnu pour son travail sur des machines de vitesse, a dessiné une architecture qui privilégie le coefficient de traînée et la tenue longitudinale, au détriment de toute aptitude routière. L’ensemble est conçu pour un seul but, une seule piste, et des instants très précis où l’environnement se montre coopératif.
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Le sel et le vent, adversaires inattendus
À Bonneville, l’histoire ne se joue pas uniquement entre pilotes et moteurs, mais aussi entre équipes et surface. L’état du sel et la direction du vent dictent souvent si une tentative se déroule ou doit être différée. Chris Rivas a appris à ses dépens que la patience est une vertu essentielle: des vents violents ont interrompu plusieurs tentatives, et des conditions de sel dégradées ont empêché la machine de s’exprimer comme prévu. Cette contrainte environnementale peut annuler des mois de préparation, car un bon passage suppose la concordance d’une fenêtre météo, d’une surface portante et d’un fonctionnement parfait du streamliner.
Cela change profondément la calendrière et la stratégie. Contrairement aux disciplines où l’équipe peut répéter et ajuster à l’envie, ici il faut souvent attendre le bref moment où la nature ouvre la porte. Pour un engin qui vise des vitesses proches de 644 km/h, tout souffle latéral, toute plaque de sel molle ou toute irrégularité peut compromettre l’équilibre et rendre un run impossible ou impraticable.

Des révisions ciblées, mais peu d’essais réels
Après une tentative antérieure perturbée, Denis Manning est retourné travailler sur la suspension et le système de patins du BUB Seven. Ces modifications visent à rendre le streamliner plus tolérant face à des surfaces de sel moins idéales. Le handicap, pour l’équipe, reste le manque d’occasions de tester en conditions réelles: ces machines sont conçues pour un usage très spécifique et ne peuvent pas être simplement sorties sur route pour des essais. L’impossibilité de reproduire la totalité des contraintes rencontrées à Bonneville complique la validation des changements entrepris.
Rivas a déjà connu des vitesses élevées sur d’autres surfaces, avec une expérience à El Mirage où il a approché 378 km/h sur une moto « sit-on » sur un lac asséché, mais il souligne que la sensation change radicalement une fois enfermé dans un streamliner. L’équilibre n’est plus assuré par le pilote en position assise, mais par les patins et la stabilité longitudinale, ce qui impose des réglages spécifiques et des marges de sécurité différentes.
Un objectif historique et une seule cible pour 2026
Pour l’édition 2026 des Bonneville Motorcycle Speed Trials, programmée du 23 au 27 août, Chris Rivas se présentera comme le seul pilote visant spécifiquement le record absolu. L’enjeu est double: rapprocher une machine de son potentiel théorique et tomber sur la conjonction rare où vent, sel et mécanique sont alignés. Le record actuel à battre, établi par Rocky Robinson à 605,697 km/h, résiste depuis plus d’une décennie et sert de point de référence. Rivas affiche l’ambition de franchir la barre suivante, symbolique, de 644 km/h.
Atteindre cette vitesse implique plus que d’ajouter quelques chevaux: il faut une fenêtre météo courte, une piste suffisamment dure et l’assurance que la mécanique tiendra sur la distance requise. Les streamliners opèrent dans un domaine où la moindre perturbation aérodynamique devient critique. La course se joue autant contre les éléments que contre les compteurs.

Patrimoine, camaraderie et singularité du défi
Au-delà de la compétition, la tentative s’inscrit dans une tradition singulière de l’histoire de la vitesse. Les streamliners, rares et presque anachroniques, évoquent une esthétique de la performance extrême: longues silhouettes fermées, position couchée du pilote, ingénierie dédiée à la pénétration d’air. Dans cet univers, les artisans et les pilotes forment un petit cercle, où la camaraderie cohabite avec l’esprit de rivalité. Chris Rivas a noué des rapports avec d’autres acteurs clefs de la discipline, qui se traduisent par des encouragements et des échanges techniques, alors que tous partagent la même quête des limites physiques.
Le BUB Seven incarne cette anomalie patrimoniale: un moteur de presque trois litres enfermé dans une coque étroite, destiné à des heures rares sur un lac qui change d’humeur. L’histoire de ces tentatives raconte une tension entre ambition humaine et fragilité du terrain, entre ingénierie pointue et caprices de la nature.
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Pourquoi 2026 pourrait être révélateur
Pour 2026, l’équation est claire: l’enjeu n’est pas seulement d’extraire quelques kilomètres-heure supplémentaires d’un moteur déjà puissant, mais de réunir les conditions permettant à la machine de faire ce pour quoi elle a été conçue. Les améliorations apportées à la suspension et au système de patins cherchent à accroître la tolérance du streamliner aux surfaces imparfaites, mais elles n’ont pas encore été éprouvées pleinement en contexte. Rester attentif aux fenêtres météo et accepter la patience imposée par le sel restent des atouts décisifs.
Si la conjonction favorable survient, le BUB Seven pourrait approcher, voire franchir, le seuil des 644 km/h que vise Rivas. Si la nature contrarie de nouveau, l’histoire de la tentative 2026 s’ajoutera à la longue liste d’efforts interrompus par le vent ou par un sel inattendu. Quelle que soit l’issue, la démarche rappelle que, à Bonneville, la mécanique partage la scène avec un paysage changeant, et que la vitesse la plus pure se gagne souvent en silence et en patience.
Sources :
- Visordown
- MCNews
